Modifié le 17 février 2017

Le réveil de l'Iran dans un Moyen-Orient en pleine recomposition

La capitale iranienne Téhéran.
Le réveil de l'Iran Geopolitis / 15 min. / le 19 février 2017
Un an après la levée des sanctions économiques, la République islamique d'Iran, désignée par la nouvelle administration américaine comme le "principal ennemi" avec le groupe Etat islamique, entame son grand retour sur la scène internationale.

La participation de la République islamique aux négociations sur le conflit syrien, aux côtés de la Russie et de la Turquie, démontre qu'elle entend jouer toutes ses cartes face à son rival saoudien et avec l'appui d'un Vladimir Poutine qui a fait de Téhéran un partenaire stratégique. L'Iran entend surtout tirer un maximum de bénéfices de l'accord historique sur son programme nucléaire signé à Vienne en juillet 2015.

L'embellie pétrolière

Les bénéfices sont déjà visibles pour l'industrie du pétrole. En 2016, les exportations de brut iranien ont doublé. La production, elle, renoue avec les mêmes niveaux d'avant les sanctions internationales, autour de 3,9 millions de barils par jour, selon les chiffres de l'organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP). Et le pays n'entend pas en rester là. Il vise une production de 5 millions de barils d'ici 2021.

Les retombées ne sont pas encore perceptibles par la population.

Mohammad-Reza Djalili, ex-professeur IHEID Genève

Quatrième réservoir d'or noir de la planète, le pétrole est l'une des sources principales de revenus pour l'Iran. Cette année d'embellie économique est palpable pour le gouvernement de Hassan Rohani, l'est-elle aussi pour les 80 millions d'Iraniens? "Indirectement oui, parce qu'il y a une amélioration de la situation économique du pays. L'inflation a diminué. Mais directement, non. Les retombées ne sont pas encore perceptibles par la population. C'est trop tôt", relève dans Géopolitis le professeur et expert de l'Iran contemporain Mohammad-Reza Djalili.

Rohani et l'inconnue américaine

2017 est une année de renouveau économique pour l'Iran, mais c'est aussi une année électorale. Le scrutin présidentiel du 19 mai devrait tourner en faveur de l'actuel chef de l'Etat Hassan Rohani, pronostique Mohammad-Reza Djalili: "Les modérés ont une chance de profiter de cette situation. Sauf accident, c'est Rohani qui restera au pouvoir durant quatre années encore". Et d'ajouter: "Il n'y a pas véritablement de candidat conservateur valable. Je ne crois pas aux chances du maire de Téhéran".

L'ex-professeur à l'IHEID de Genève conclut sur l'actuelle "difficulté pour le régime iranien", soit "l'inconnue de la politique américaine à l'égard de l'Iran, qui n'est pas encore clarifiée". Si les relations diplomatiques entre les deux pays se sont réchauffées sous l'ère Obama, le nouveau locataire de la Maison Blanche Donald Trump ne semble pas enclin à poursuivre cette voie. L'accord sur le nucléaire iranien est à ses yeux "le pire jamais négocié par les Etats-Unis" et son récent décret anti-immigration vise aussi les ressortissants de l'Iran, "pays ennemi".

Mélanie Ohayon, Marcel Mione

Publié le 17 février 2017 - Modifié le 17 février 2017