Modifié le 24 novembre 2016

"En Syrie, je me disais qu'est-ce que je viens faire ici, on m'a embrigadée"

Laura Passoni.
Une jeune convertie belge repentie du djihad raconte son expérience dans un livre Le Journal du matin / 4 min. / le 24 novembre 2016
Après neuf mois passés sous la coupe de l’organisation Etat islamique en Syrie, Laura Passoni, partie volontairement avec son compagnon et son enfant, témoigne pour "se racheter et aider les autres".

Pleine d’illusion et d’espoir pour une nouvelle vie et pour aider le peuple syrien, la jeune femme belge a peu à peu ouvert les yeux sur les exactions des islamistes. Elle raconte son histoire dans l'ouvrage "Au cœur de Daesh avec mon fils", coécrit avec la journaliste Catherine Rossignol.

"J'ai détruit ma famille, mes parents se sont endettés à cause de moi. Ils ne sont plus les mêmes, ils sont apeurés, tristes, dévastés. Mon petit garçon heureusement a repris le fil de la vie, mais je ne me pardonnerai jamais en tant que mère d'avoir mis en danger mon enfant", raconte l'habitante de Charleroi lors d'une rencontre face à des étudiants en journalisme à Courtrai, en Flandre occidentale.

Je ne me pardonnerai jamais en tant que mère d'avoir mis en danger mon enfant.

Laura Passoni
 

La prévention devenue sa cause

Maman de deux petits garçons, la jeune femme de 31 ans a rejoint la Syrie en juin 2014 pour en revenir en mars 2015. "J'ai repris ma vie, mais avec un casier judiciaire c'est très dur d'avoir du travail et d'être surveillée constamment." Laura Passoni a fait de la prévention sa cause.

Ces prochains mois, de nombreuses rencontres sont prévues dans des écoles avec toujours son même credo en guise de conclusion de son livre: "se racheter et aider les autres!" "Heureusement que mon fils n'avait que 4 ans à ce moment-là, c'est à partir de 8 ans qu'ils commencent à les entraîner aux armes. A 10-12 ans aux combats et aux attentats suicides."

"Cette vie ici a commencé à me manquer"

"Je ne savais pas qu'ils allaient faire ça avec mon enfant, j'étais contre. J'apprends aussi qu'à 12 ans il doit se marier avec une femme qui peut faire des enfants. Cette vie ici a commencé à me manquer... J'avais la haine de la Belgique, et quand j'étais en Syrie je me disais, mais en fait la Belgique me manque, mon pays me manque, qu'est-ce que je viens faire ici, on m'a manipulée, on m'a embrigadée."

Romain Clivaz/lgr

Publié le 24 novembre 2016 - Modifié le 24 novembre 2016

"Entrer en empathie"

"Il faut entrer en empathie pour tenter de comprendre, pas pour excuser. Pour essayer d'expliquer pourquoi des jeunes qui ont grandi ici ne se reconnaissent plus dans notre modèle de vie et finissent par retourner un modèle de violence contre la société qui les a vus naître", a expliqué l'islamologue franco-marocain Rachind Benzine, invité jeudi dans le Journal du matin de la RTS.

"On réduit souvent le départ de ces jeunes à des problèmes psychologiques ou d'intégration sociale et économique", estime Rachid Benzine. Or, il observe que ce discours touche pas que des "jeunes paumés", mais des personnes de toutes les catégories sociales et parfois "très loin du religieux".

"Il y a une puissance en terme de pensée qu'il nous faut absolument comprendre", insiste-t-il.

Rachid Benzine dans le Journal du matin: