Drones, SMS et blog pour protéger la forêt de Bornéo

RTSinfo vous propose une série spéciale sur l'île de Bornéo, l'un des écosystèmes les plus riches du monde qui disparaît peu à peu. Mais les nouvelles technologies donnent des armes aux défenseurs de la nature.

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Un écosystème précieux

L'île de Bornéo abrite l'une des forêts les plus précieuses au monde, dont la biodiversité est aussi riche que celle d'Amazonie. Mais cette richesse a attisé l'appétit de grandes compagnies d'exploitation. Depuis les années 60, l'île a perdu la moitié de ses forêts. Huile de palme, minerais, exploitation de bois... La déforestation est un fléau qui s'accélère de plus en plus.

Depuis quelques années, les habitants de la forêt ont ouvert les yeux et pris conscience de l'urgence de la situation. Des initiatives citoyennes naissent un peu partout, souvent soutenues par l'émergence des nouvelles technologies. Comme le montrent nos reportages au Kalimantan occidental, une province indonésienne de Bornéo.

Dans ce grand format, découvrez comment des petits drones faits maison, de simples SMS ou encore un blog sur la vie dans la forêt tropicale peuvent faire avancer la cause des militants anti-déforestation et même bousculer l'impunité des grandes compagnies d'exploitation.

                                          !!! Click here to see this report in english !!!

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>> Situer Bornéo

Bornéo est à cheval sur trois pays: l'Indonésie, la Malaisie et le Brunei.

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>> La couverture forestière de Bornéo

Depuis les années 60, l'île a perdu plus de la moitié de ses forêts.

 

La couverture forestière à Bornéo. 

>> La déforestation, ça ressemble à quoi?

 

 

 

Naviguez grâce à la carte

Pour naviguer dans ce grand format, vous pouvez cliquer sur la carte ci-dessous ou sur les liens qui suivent, ou tout simplement faire défiler le texte.

Note pour les utilisateurs de l'application mobile RTSinfo: utilisez les liens sous la carte pour naviguer.

 

 

 

 

 

 

>> Partez à la découverte des lieux emblématiques de la forêt tropicale.
 

> Le lac asséché et les drones: une compagnie minière a déversé les déchets d'une mine de bauxite directement dans le lac Semenduk, qui a complètement disparu. Des drones faits maison ont pu prouver que la compagnie avait agi illégalement.

> La forêt marécageuse polluée et les alertes par SMS: les pesticides et fertilisants dispersés sur les palmiers à huile ont provoqué une pollution dramatique. Une station de télévision locale a formé une communauté de paysans qui l'alertent par SMS de tels dommages.

> La forêt tropicale préservée et le blog, où les indigènes tentent de sauver leur mode de vie. Dans le village de Loncek, la création d'un simple blog a mis internet à la portée de tous, une petite révolution.

> La palmiers à huile qui prolifèrent. Les palmiers empiètent toujours plus sur la forêt tropicale et anéantissent la biodiversité de Bornéo. Les grandes compagnies profitent de toutes les failles du système pour gagner de nouveaux territoires.

> La jungle dévastée. Témoignage de Helmi et Apen, deux petits bûcherons qui coupent du bois illégalement. Une activité très pénible et qui rapporte à peine de quoi vivre. Mais Helmi et Apen disent qu'ils n'ont pas eu le choix.

 

 

Episode 1: Le lac asséché et les drones

 

 

 

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Le lac Semenduk, en pleine forêt tropicale, était très prisé des habitants de la forêt pour se ravitailler en poissons. Mais en 2010, une compagnie a ouvert une mine de bauxite et a déversé les déchets directement dans le lac, qui a été complètement asséché.

Grâce à des drones qu'ils ont eux-mêmes bricolés, des militants ont réussi à prouver que la compagnie avait agi en dehors de sa concession. Contactée, la compagnie en question s'est bornée à indiquer que le lac était en réalité un marais. Mais n'a pas répondu sur le dépassement de sa concession.

Plus généralement, les vols de drones permettent de rendre compte de l'ampleur de la déforestation sur l'île.

Depuis le ciel, on peut se rendre compte que les destructions sont massives, très grandes et on voit tous les problèmes dans la forêt

Arif Munandar, militant au Swandiri Institute

>> Le reportage à Bornéo

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Info - Publié le 26 septembre 2016

 

>> Le lac Semenduk, avant-après

 

 

 

 

>> La cartographie, un enjeu capital contre la déforestation

La cartographie est aujourd'hui un élément essentiel dans la lutte contre la déforestation. Car c'est à partir de cartes que les concessions d'exploitation sont allouées ou non. Les relevés officiels sont réalisés par des consultants et des offices gouvernementaux, ce qui tend à favoriser les intérêts des élites.

Irendra Radjawali.

En 2012, Irendra Radjawali, un chercheur indonésien de l'Université de Bonn, a eu l'idée d'utiliser la technologie des drones pour cartographier la forêt tropicale. Sans moyens financiers, il a appris sur internet comment construire des drones. Il s'est associé aux chercheurs du Swandiri Institute de Pontianak.

La démarche du Swandiri Institute est avant tout participative. Les activistes ont créé une "école de drones" où chacun peut venir se former. Ils ont aussi impliqué les habitants de la forêt. Ce sont eux désormais qui appellent les chercheurs à la rescousse quand ils sont témoins d'une exaction.

>> L'utilisation de drones a permis plusieurs avancées.

> Elle a mis en évidence l'ampleur des dégradations dans la forêt et leur accélération.

> Elle a permis une prise de conscience des communautés vivant dans la jungle et de certains politiciens.

> Les drones ont également permis aux habitants de la forêt et aux activistes de reprendre le pouvoir sur les données.

> Les activistes utilisent leurs relevés pour envoyer des rapports au gouvernement, qui peut ensuite prendre des mesures.

La cartographie des activistes du Swandiri Institute.
La cartographie des activistes du Swandiri Institute. [RTS]
 

>> Les liens

Le site du Swandiri Institute de Pontianak.

La cartographie effectuée par les activistes du Swandiri Institute sur une partie du Kalimantan occidental.

En Suisse, le projet Terra-i

 

En Suisse aussi, la cartographie est utilisée contre la déforestation. A la Haute Ecole d'Ingénierie et de Gestion du canton de Vaud à Yverdon, une petite équipe menée par le professeur Andres Perez-Uribe participe à Terra-i, un projet de surveillance du déboisement mondial presque en temps réel.

Terra-i se base sur les données des satellites de la NASA, qui produisent une image de la Terre tous les huit jours. A Yverdon, les chercheurs travaillent sur un algorithme qui détecte les brusques changements dans la végétation. Et si lors de trois contrôles successifs les données ont changé, c'est qu'un cas de déforestation est probable. Et bientôt, l'algorithme permettra aussi de dire par quoi la forêt a été remplacée (huile de palme, cacao...).

"On tente de faire l'empreinte digitale de la forêt et on la compare dans le temps pour voir si elle change", explique le professeur Perez-Uribe.

Les données récoltées sont transmises à l'organisation Global Forest Watch, qui produit des cartes utilisées par les gouvernements pour lutter contre la déforestation.

 

 

Episode 2: La forêt marécageuse protégée par des SMS

 

 

 

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La forêt marécageuse qui entoure le village de Subah est polluée depuis une trentaine d'années par les produits chimiques déversés sur les plantations d'huile de palme toutes proches. Une chaîne de télévision locale a créé une communauté d'habitants de la forêt qui l'alertent par de simples SMS lorsqu'ils sont témoins de tels abus.

Ce programme a eu beaucoup d'impacts positifs. On peut envoyer des informations au gouvernement et informer les citoyens grâce à la télévision.

Abdul Magid, paysan-journaliste

>> Le reportage à Bornéo

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Info - Publié le 28 septembre 2016

 

>> La pollution est visible sur l'eau

 

 

 

 

>> L'huile de palme, produite là-bas mais consommée ici

L'huile de palme est l'huile végétale la plus consommée au monde. Elle est produite dans les Tropiques mais c'est ici qu'elle est consommée. On la retrouve dans de nombreux produits alimentaires transformés de nos supermarchés ainsi que dans nos cosmétiques.

Des palmiers à perte de vue. 

L'huile de palme est intéressante pour les industries car elle a un très bon rendement par hectare et est bon marché. Mais sa production a des impacts sur l'environnement:

> Pour répondre à la demande mondiale, les cultures de palmiers à huile s'étendent de plus en plus, surtout au détriment des forêts tropicales. Sur Bornéo, ce défrichement se fait souvent par brûlis, une technique polluante et très nocive pour la santé.

> Cette déforestation et la monoculture du palmier provoquent une réduction dramatique de la biodiversité et la destruction de l'habitat d'animaux rares, comme l'orang-outan emblématique de Bornéo. Ce dernier est menacé et pourrait disparaître dans dix ans.

> Et ces plantations nécessitent des fertilisants et des pesticides qui s'écoulent dans l'eau et polluent tout l'écosystème.

>> Lien

Le site internet de Ruai TV.

Et en Suisse?

 

La Suisse est aussi concernée par ce débat car elle importe 35'000 tonnes d'huile de palme par an, selon les chiffres du Secrétariat d'Etat à l'Economie.

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En Suisse, depuis janvier 2014, la liste des ingrédients des denrées alimentaires doit mentionner si le produit contient de l'huile de palme. Auparavant, la mention "huile végétale" suffisait. Cette mesure répond à une des demandes des consommateurs.

Certains producteurs et distributeurs suisses se sont engagés à utiliser une huile certifiée RSPO. Selon le dernier classement de WWF, Coop et Migros occupent une position de pointe sur l'échelle mondiale.

Mais ces entreprises misent trop souvent sur le commerce de certificats. C'est-à-dire qu'elles soutiennent financièrement les producteurs pour qu'ils cultivent de l'huile certifiée. Les produits vendus par ces entreprises obtiennent ainsi le label "GreenPalm". Mais ces produits peuvent tout de même contenir de l'huile de palme non durable.

>> Lien

Le classement du WWF sur les entreprises suisses

 

 

Episode 3: La forêt tropicale préservée et le blog

 

 

 

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Dans la forêt tropicale préservée de Bornéo, les jeunes du village de Loncek ont lancé un blog pour raconter leur vie quotidienne. Une façon de s'occuper dans une région où les places de travail sont rares, mais aussi d'acquérir de nouvelles compétences. Et ce simple blog est devenu une fenêtre sur le monde pour tout le village de Loncek...

L'impact est incroyable. Avant dans ce village, c'étaient les jeunes qui apprenaient de leurs parents. Maintenant c'est le contraire.

Laurensius Edi, responsable du blog

>> Le reportage à Bornéo

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Info - Publié le 28 septembre 2016

 

>> Aperçu de la vie dans la forêt tropicale

 

 

 

 

>> L'attitude ambiguë des communautés de la forêt

Pendant longtemps, les habitants de la forêt n'étaient pas sensibles à la destruction de leur jungle. Ils avaient une vision "utilitaire" de la forêt: elle devait leur apporter de quoi vivre. Et lorsque l'industrialisation a touché Bornéo dans les années 60, ces communautés ont voulu profiter de l'occasion. Si une compagnie leur proposait une belle somme d'argent ou la construction d'un pont en échange de l'exploitation d'une parcelle, pourquoi s'en priver?

 

Mais des projets comme celui des drones (voir le reportage ci-dessus) et les promesses non tenues des compagnies leur ont fait prendre conscience que la disparition de la jungle n'était en rien dans leur intérêt. Les communautés locales ont commencé à s'impliquer dans des projets visant à valoriser et protéger la forêt. Le blog tenu par les jeunes de Loncek fait partie de ces projets, tout comme les drones cartographiques et le système d'alerte par SMS.

>> Lien

Le blog écrit par les jeunes de Loncek.

 

 

Epidose 4: Les palmiers à huile qui prolifèrent

 

 

 

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Les plantations d'huile de palme gagnent toujours plus de terrain sur la forêt tropicale, et ce malgré les mesures prises par l'Indonésie. Toutes les trois minutes, la surface d'un terrain de football de forêt est anéanti au profit de l'huile de palme au Kalimantan, province indonésienne de Bornéo.

Cela s'explique par des stratégies mises en place par les grandes compagnies, qui profitent de toutes les failles d'un système pourri par la corruption.

Quand les compagnies sont arrivées, elles ont promis la prospérité, du travail et même d'envoyer les enfants à l'université. Mais rien n'est venu.

Antonius Anam, chef du village de Subah
 

>> Le reportage à Bornéo:

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Info - Publié le 29 septembre 2016
 

 

 

 

>> La responsabilité de l'Etat

L'un des enjeux principaux dans la lutte contre la déforestation est l'attribution des concessions d'exploitation. Actuellement, les compagnies obtiennent facilement de la part des autorités le déclassement de zones forestières en zones exploitables.

 

Entre 2009 et 2015, 2,2 millions d'hectares ont ainsi été déclassés par le gouvernement du Kalimantan occidental, indique le chercheur Arif Munandar. Et la plus grande partie a été utilisée pour l'huile de palme.

L'Indonésie a pourtant donné des signes de bonne volonté pour mieux contrôler l'exploitation industrielle de la forêt tropicale. Mais pour l'heure les résultats restent limités, notamment en raison de la corruption.

 

 

 

Et en Suisse?

 

La Suisse est concernée par ce débat car elle importe 35'000 tonnes d'huile de palme par an, selon les chiffres du Secrétariat d'Etat à l'Economie.

La Suisse négocie actuellement un accord de libre-échange avec la Malaisie, qui concerne la production d'huile de palme. L'accord tel qu'il est prévu pourrait favoriser l'importation d'huile de palme dans notre pays car il entraînerait une réduction des droits de douane pour ce produit. Selon ses détracteurs, cela constituerait une incitation pour la Malaisie de défricher davantage.

Des ONG et le syndicat paysan Uniterre ont lancé une pétition pour que ce produit soit exclu de l'accord.

Au cours des 6 dernières années, les importations suisses d’huile de palme provenant de Malaisie ont presque quadruplé.

 

 

Episode 5: La jungle défrichée

 

 

 

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Les bûcherons illégaux sont des habitants de la forêt qui coupent du bois dans des zones protégées. Deux d'entre eux ont accepté de nous parler. Ils évoquent les difficultés de leur activité et disent ne pas avoir eu le choix.

Si j'ai un jour de l'argent, je voudrais que mes enfants fassent un autre travail.

Helmi, bûcheron illégal

>>Le reportage à Bornéo

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Info - Publié le 26 septembre 2016

 

>> Le travail des bûcherons

 

 

 

 

>> Un système qui perdure

L'abattage illégal de bois est un fléau pour Bornéo, au même titre que les plantations d'huile de palme. Helmi, un des bûcherons qui apparaît dans le reportage vidéo, nous explique le système. Lui prend tous les risques: il se rend dans la forêt, abat des arbres parfois dans des endroits dangereux et n'a aucune sécurité s'il est blessé. Il revend ensuite les arbres à son "patron", qui s'occupe de les convoyer vers de petites scieries illégales qui débitent du bois à longueur de journée.

Selon les activistes rencontrés sur place, les autorités et la police ne font rien pour mettre fin à ces activités. Et le système a de beaux jours devant lui. Car la demande mondiale en bois est en augmentation, notamment pour la production de granulés qui sont utilisés comme carburant.

Et en Suisse?

 

La Suisse n'a pas de loi interdisant l'importation de bois issu d'un abattage illégal, alors que l'Union européenne a mis en place une interdiction en 2013.

Le WWF a établi un classement en 2014 des pays qui appliquent le règlement de l'UE, qui comprend la Suisse. Très peu d'Etats obtiennent de bonnes notes (14 sur 16 pour le Royaume-Uni et 11 sur 16 pour le Danemark). La Suisse récolte 3 points, ce qui fait d'elle l'un des plus mauvais élèves de l'étude.

Par ailleurs, selon une étude du WWF datant de 2006, près de 8% des produits forestiers importés en Suisse sont d’origine illégale et sont introduits la plupart du temps de façon détournée via des pays tiers.

>> Lien

Le communiqué du WWF sur le classement des pays

 

 

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Ces reportages ont été tournés du 19 au 27 juin 2016 dans la province indonésienne du Kalimantan occidental, sur l'île de Bornéo.

Ils ont été réalisés dans le cadre du programme d'échange journalistique En Quête d'Ailleurs. 

>> Lien

Le site d'En Quête d'Ailleurs

 

 

Crédits

Reportages à Bornéo: Cécile Rais

Avec l'aide de Dian Lestari.

Montage vidéos: Christelle Travelletti et Cécile Rais

Graphisme: Yvain Revaclier

Traduction en anglais: Boris Kenov (vidéos) et Terence MacNamee (textes).