Modifié le 29 août 2016

“Porter un burkini sur les plages de Nice est une provocation dégoûtante"

La philosophe Elisabeth Badinter.
La grande interview du dimanche Forum / 16 min. / le 28 août 2016
Elisabeth Badinter comprend l’interdiction du burkini après les attentats qui ont endeuillé la France, même si - en accord avec le Premier ministre Manuel Valls - il n’est pas question pour elle de légiférer sur la question.

Interviewée dimanche dans l'émission Forum à son domicile parisien, Elisabeth Badinter développe sa vision du voile et de l’islam en France dans un contexte extrêmement tendu où la classe politique se déchire, à gauche en particulier, autour de cette question.

La femme de lettres et philosophe française se dit "absolument contre une loi contre le burkini", car ce serait une atteinte à la loi de 1905 sur la laïcité qui donne à chacun le droit de s'habiller comme il veut dans l'espace public. "Ce serait absolument ridicule", ajoute-t-elle.

>> Extrait de l'interview sur le burkini:

Elisabeth Badinter, philosophe et femme de lettres française.
Le Journal du matin - Publié le 26 août 2016

"Le comble de l'impolitesse"

Cette figure du féminisme dit toutefois "comprendre qu'on puisse interdire ponctuellement le burkini sur une plage", notamment à Nice après l'attentat du 14 juillet. Pour elle, revêtir une tenue islamique sur une plage de Nice est aujourd'hui "une provocation dégoûtante", "le comble de l'impolitesse" et "le mépris absolu du chagrin éprouvé".

Il y a dans le comportement des islamistes et de ceux qui se réclament du salafisme une indifférence absolue aux autres doublée d'une volonté de séparation.

Elisabeth Badinter

Elisabeth Badinter suit également l'avis de l'ancien ministre Jean-Pierre Chevènement, pressenti pour présider la Fondation pour les oeuvres de l'islam de France, qui a demandé un peu de discrétion.

"Déni et soumission"

Plus généralement, la philosophe dénonce l’attitude des politiques de droite et plus encore de gauche face à la montée de l’islamisme en France. "Gauche et droite ont opté pour une attitude déni et de soumission", qui selon elle a grandement profité au Front national.

"La situation est grave", estime Elisabeth Badinter. Aujourd'hui, dans certains quartiers français, il arrive qu'"une personne qui n’est pas musulmane s’entende dire: 'sors d'ici, tu n'es pas chez toi'", relève-t-elle.

La femme de lettres se méfie néanmoins des projets identitaires: "Il faut s’en tenir aux valeurs de la République."

>> L'extrait de l'interview sur le "déni" des politiques:

La philosophe française Elisabeth Badinter, photographiée ici en 2008.
Forum - Publié le 28 août 2016

>> Lire aussi: Le burkini divise la France et le débat politique s'envenime encore

RTSinfo

Publié le 28 août 2016 - Modifié le 29 août 2016