Modifié le 19 mai 2016

Ahmed, menacé de mort pour la défense des homosexuels en Tunisie

Depuis son apparition sur une chaîne nationale pour défendre la cause homosexuelle, Ahmed Ben Amor, 20 ans, a reçu plus de 300 menaces de morts.
Témoignage d'un jeune homosexuel menacé de mort en Tunisie Le 12h30 / 4 min. / le 18 mai 2016
Une vague homophobe sans précédent sévit en Tunise, depuis que le vice-président d'une association de défense des homosexuels, Ahmed Ben Amor, est venu défendre les droits des homosexuels à la télévision.

Via son téléphone, Ahmed, 20 ans, a reçu déjà des centaines de menaces en à peine un mois, depuis cette fameuse émission: "J'ai reçu plus de 300 messages de menaces de mort", confie-t-il à l'occasion d'une rencontre avec une correspondante de la RTS.

Des messages explicites pour la plupart: "Là, c'est une fille qui me dit 'tu dois mourir, tu n'es pas un homme, tu ne mérites pas d'exister. Je sais où tu habites, je vais t'égorger...'", raconte le jeune homme qui ne sort plus de chez lui seul.

Un débat "vraiment dirigé"

En avril dernier, Ahmed participait à un débat pour défendre les droits des homosexuels pour la première fois sur une chaîne de télévision nationale, face à deux contradicteurs. "J'essayais de parler, mais le dialogue a été vraiment dirigé. L'imam a dit que les homosexuels doivent être massacrés, j'ai essayé de garder mon sang-froid..."

Or, à peine dix minutes après ce débat, les menaces de mort commençaient à tomber sur les réseaux sociaux. Et quelques jours plus tard, un autre imam appelait au meurtre dans un prêche stipulant que les homosexuels ne peuvent être soignés. "Il faut les tuer, la meilleur manière de s'en débarrasser est de les jeter dans le vide et de les lapider à mort." Un prêche qui n'a par ailleurs suscité aucune réaction du gouvernement tunisien.

Risque d'emprisonnement

Face à cette situation, Ahmed ne peut compter sur aucune protection. "Quelqu'un a failli m'écraser avec sa voiture. Je suis allé porter plainte et on m'a dit qu'on ne pouvait pas me protéger, 'on ne protège pas les pédés, tu dois assumer ce que tu as fait' ", lui a-t-on indiqué.

"La police aujourd'hui ne te protège pas, elle t'attaque. En plus, un homosexuel est menacé d'un test anal pour prouver son homosexualité et pourrait être emprisonné. Donc l'Etat te refuse... la société te marginalise."

"Toute la Tunisie est contre"

Son apparition à la TV a déclenché une vague de haine inédite en Tunisie dans la population. Un homme de 30 ans - qui explique avoir participé à la révolution - confirme: "Ce n'est pas notre culture, ce n'est pas notre religion... Toute la Tunisie est contre!"

Mais malgré la peur, Ahmed participerait à nouveau à ce débat si c'était à refaire: "Mourir pour défendre cette cause pourrait être un honneur pour moi. Si quelque chose m'arrive, ça sera la responsabilité de l'Etat tunisien qui ne m'a pas protégé. Et je vais continuer jusqu'au dernier jour de ma vie."

Maurine Mercier/jzim

Publié le 18 mai 2016 - Modifié le 19 mai 2016