La carte de l'embrasement du monde arabe

Manifestations, attentats, combats, sommets diplomatiques, réfugiés, ... Les crises se sont multipliées au Moyen-Orient à la suite du Printemps arabe en 2011, jusqu'aux frontières de l'Europe. Retour sur cinq ans d'événements avec notre carte interactive.

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Cinq ans d'archives visualisées

Le 17 décembre 2010, Mohamed Bouazizi s'immole par le feu à Sidi Bouzid, petite ville du centre de la Tunisie étouffée par le chômage et la corruption. Le jeune vendeur ambulant déclenche un mouvement de contestations qui s'étend au reste du pays, puis à ses voisins. Cinq ans plus tard, plusieurs de ces Etats, la Syrie en tête, ne cesse de figurer en Une des médias.

Pour montrer la diffusion et l'ampleur des crises au Maghreb et au Moyen-Orient, la RTS s'est plongée dans ses archives. La première mention des troubles sociaux en Tunisie remonte au 29 décembre 2010. Depuis, le site rtsinfo.ch a publié quelque 3250 articles exposant l'actualité des pays touchés par le flot de révoltes.

Bien qu'elle ne soit pas exhaustive, cette couverture médiatique permet de revenir sur les événements qui ont marqué les suites du Printemps arabe.

Cliquez sur le bouton play (en bas à gauche de la carte) pour lancer l'animation. Il est également possible de naviguer manuellement en déplaçant le curseur sous la carte. En sélectionnant un cercle, les articles liés à la localisation et à la période choisies apparaissent sous la carte.

La guerre en Syrie omniprésente

Depuis les premières manifestations en mars 2011, la Syrie n'a pas quitté le devant de la scène médiatique. Plus de 40% des articles de rtsinfo.ch consacrés aux suites du Printemps arabe ont abordé le pays de Bachar al-Assad.

Signe de la gravité de la situation, pas une semaine ne s'est déroulée sans qu'un article ne rapporte de violents combats. De plus, ce chiffre ne tient pas compte des grands sommets diplomatiques organisés à l'étranger, notamment à Genève.

A titre de comparaison, la Tunisie a cumulé moins de 5% des nouvelles relatant les crises dans le monde arabe. Le pays qui a initié les mouvements sociaux avait vu son président Zine el Abidine Ben Ali fuir le 14 janvier 2011, moins d'un mois après le début des manifestations.

La couverture de la RTS dévoile aussi l'importance des retombées en Europe des conflits au Moyen-Orient. D'une part, en raison des nombreux sommets diplomatiques qu'elle a accueilli, et, d'autre part, avec les dizaines de milliers de réfugiés fuyant les combats.

 

De la révolution tunisienne à la crise migratoire

L'évolution des conflits

 

2011: L'enlisement du conflit libyen

L'année 2011 a été particulièrement marquée par la crise libyenne. Contrairement aux révolutions tunisienne et égyptienne qui se sont produites après quelques semaines de protestations, la Libye est restée au coeur de l'actualité durant 10 mois, jusqu'à la mort de son dictateur Mouammar Kadhafi le 20 octobre.

Plus d'un article reportant les crises arabes sur trois (37%) a concerné l'enlisement de la guerre en Libye. Parmi ces nouvelles, une sur deux rapportait des combats, entre autres en lien avec l'intervention militaire conduite par l'OTAN.

Cette année-là a également montré l'évolution rapide du Printemps arabe. Alors qu'en janvier et février plus d'un article sur deux traitait de manifestations, ce taux est tombé à 8% sur l'ensemble de la période observée, laissant la place aux combats et aux discussions politiques.

2012: La Syrie et encore la Syrie

Après la chute du régime libyen en automne 2011, le curseur médiatique s'est déplacé sur la Syrie. Près de 60% des articles publiés en 2012 sur les suites du Printemps arabe ont porté sur le pays de Bachar al-Assad, théâtre d'une violente répression. Ce chiffre ne prend pas en compte les discussions diplomatiques lors d'importants sommets à l'étranger, notamment à Genève.

Les villes de Homs, Alep et Damas représentent à elles seules 75% des articles relatant des violences, des combats et des manifestations en Syrie.

2013: Rebondissements en Egypte

L'Egypte a effectué son retour sur le devant de la scène en 2013. Marquée par le renversement du président islamiste Mohamed Morsi à la suite d'un coup d'Etat organisé le 3 juillet par l'armée, l'actualité du pays a suscité 117 articles, soit près d'un quart des nouvelles sur les crises observées.

Pendant ce temps, la guerre civile en Syrie, qui a fait à ce jour au moins 270'000 morts et 11 millions de réfugiés, est largement restée en tête du nombre d'articles produits par la RTS sur la région (45,4%).

2014: Un nouvel acteur, le groupe Etat islamique

En 2014, les combats se sont poursuivis à Homs, Damas, Alep. Mais l'attention médiatique sur le conflit syrien s'est étendue aux zones disputées par le groupe Etat islamique en Syrie et en Irak, comme Raqqa, Kobané et Mossoul.

L'organisation terroriste, qui a proclamé le 29 juin l'instauration de son califat, a ravivé par conséquence l'intérêt porté à l'Irak, en proie à de violents conflits confessionnels.

2015: Les retombées en Europe

Encore marginale les années précédentes, la question des réfugiés a explosé en 2015. Plus de 20% des articles ont été consacrés à cette conséquence des conflits. D'abord en mer Méditerranée, l'attention s'est ensuite progressivement tournée vers la route des Balkans, qui mène à l'Allemagne.

Ce transfert partiel de l'attention médiatique vers l'Europe s'est aussi traduit par une forte augmentation du nombre d'articles produits. Ceux-ci sont passés de 603 en 2014 à 835 en 2015 (+36%), soit en moyenne plus de deux articles par jour.

En janvier et février 2016, la tendance s'est encore amplifiée puisque la crise migratoire a occupé près de 30% des articles liés aux crises du monde arabe.

>> Geopolitis décrypte le destin tragique d'une génération de Syriens

Des enfants syriens déplacés près de la frontière turque.
Geopolitis - Publié le 16 février 2016
 

Crédits

Développeur: Frédéric Vergez

Journaliste: Valentin Tombez