Modifié le 10 décembre 2014

"Les pays européens se sont engagés à accorder l'immunité totale à la CIA"

Rapport du Sénat dénonçant les tortures infligées par la CIA: l'analyse de Dick Marty, ancien rapporteur du Conseil de l'Europe
L'analyse de Dick Marty sur les tortures de la CIA 19h30 / 3 min. / le 10 décembre 2014
Dans une interview à la RTS mercredi, l'ex-rapporteur du Conseil de l'Europe Dick Marty a détaillé le "système" qui a entouré les pratiques de la CIA dans le monde et explique la complicité des pays européens.

Ancien rapporteur du Conseil de l'Europe et ancien parlementaire à Berne, Dick Marty a donné mercredi à la RTS quelques détails quant aux pratiques des agents de la CIA à travers le monde, au lendemain de la publication d'un rapport accablant sur les cas de torture commis par l'agence américaine.

En plus d'expliquer que les agents n'étaient de loin pas tous en accord avec l'utilisation de la torture, le Tessinois indique que les pays européens ont fermé les yeux sur les pratiques de l'agence américaine.

"Je crois qu'il faut rappeler, et c'est très important, que cette opération, cette politique antiterroriste, a été décidée et effectuée sous le manteau de l'Otan", précise Dick Mary.

Immunité totale accordée

"Les Etats-Unis ont invoqué l'article 5 du Traité de l'atlantique nord, qui dit que si un membre de l'alliance est attaqué militairement (on pense notamment au 11-Septembre, ndlr), les autres membres sont tenus de prêter assistance".

Mais dès que l'application de cet article a été acceptée, "il y a eu toute une série d'accords secrets entre les Etats-Unis et les pays européens. Et tout les pays européens se sont engagés à accorder l'immunité totale aux agents de la CIA, ce qui est manifestement illégal", poursuit Dick Marty.

Les agents de la CIA divisés

"Ce sont surtout Donald Rumsfeld et Dick Cheney, ministre de la Défense et vice-président des Etats-Unis (de l'époque, ndlr), qui ont imposé ces méthodes à la CIA. Une partie importante de l'agence a essayé de s'opposer en disant: 'nous sommes des gens d'informations, (...) nous ne sommes pas ici pour torturer'", indique celui qui fut aussi procureur du canton du Tessin.

"Et, au fond, c'est grâce à ces gens qu'on a pu connaître la vérité", conclut Dick Marty.

gchi

Publié le 10 décembre 2014 - Modifié le 10 décembre 2014

Vers des poursuites judiciaires?

Dick Marty s'exprimait au lendemain de la publication d'un rapport accablant sur les méthodes d'interrogatoire utilisées par la CIA pour obtenir des informations.

Dans ce contexte, les appels se sont multipliés aux Etats-Unis et dans le monde pour réclamer des poursuites judiciaires sur l'usage de la torture, un dossier que l'administration Obama semble cependant considérer comme clos.

Berlin a dénoncé "une violation grave des valeurs démocratiques", tandis que l'Union européenne a estimé que ces révélations "soulèvent d'importantes questions sur la violation des droits de l'homme par les autorités américaines".

Ce texte "n'épargne personne"

"La convention contre la torture est extrêmement claire: elle dit qu'aucune circonstance exceptionnelle, quelle qu'elle soit, (...) ne peut être invoquée pour justifier la torture", a rappelé à Genève le Haut Commissaire de l'ONU pour les droits de l'homme, Zeid Ra'ad Al Hussein.

Ce texte "n'épargne personne, pas plus les tortionnaires eux-mêmes que les décideurs politiques ou les responsables publics qui définissent la politique ou donnent les ordres", a-t-il ajouté.

"Crimes inexcusables", selon Edward Snowden

Le lanceur d'alerte Edward Snowden, qui avait révélé l'ampleur du système de surveillance américain, a qualifié mercredi de "crimes inexcusables" les pratiques de torture du renseignement américain.

Il s'exprimait pour la première fois en public en France, via une liaison vidéo, à l'invitation d'Amnesty International.