Mise à jour le 12 février 2013

La presse suisse et mondiale surprise par la décision de Benoît XVI

) Les journaux romands reviennent abondamment sur la renonciation du pape Benoît XVI le 12 février 2013.
Les journaux romands reviennent abondamment sur la renonciation du pape Benoît XVI le 12 février 2013. [RTS]
L'annonce surprise de la démission du pape fait la Une des journaux en Suisse et dans le monde, traduisant le coup de semonce assené à l'Église par le renoncement de Benoît XVI ou spéculant sur son successeur qui pourrait, pour la première fois, ne pas être européen.

Surprise, courage, sagesse, clairvoyance et humanité: ces cinq mots résument le plus souvent, dans la presse suisse, la décision du pape Benoît XVI de démissionner. Plusieurs éditorialistes évoquent finalement un "pape de transition", par ailleurs peut-être fatigué par de nombreux scandales.

Suisse romande

"Il est le 'serviteur des serviteurs de Dieu' (...) C'est un service! Et en tant que tel, on peut y renoncer", écrivent L'Express et L'Impartial. En annonçant lundi sa démission, le pape Benoît XVI "a mis en valeur l'humanité de sa tâche". Pour les deux journaux, cette "autre voie, beaucoup plus humaine, de renoncer à sa charge et de retourner à la prière" est "probablement la plus belle action de son pontificat".

La Liberté partage cet avis: "Et si sa renonciation était la décision la plus forte de son pontificat? Elle marque une rupture avec la tradition. Elle humanise - et laïcise - le titulaire du trône de Pierre: un pape est d'abord un homme, qui n'est pas tenu à l'impossible".

Le Quotidien Jurassien va encore plus loin et parle de geste "historique et prophétique", évoquant au passage le paradoxe d'une démission "progressiste" pour un pape "conservateur". Le journal estime que Benoît XVI en prenant cette "décision sage" fait preuve de "clairvoyance".

Même écho dans Le Temps: "Il y a dans ce geste une grandeur et une lucidité qui forcent le respect (...) où la fragilité humaine est pleinement assumée". L'éditorial souligne que Benoît XVI est "un homme fidèle à lui-même, modeste et sans grands calculs". Un pape "acceptant l'aveu d'impuissance". "Un homme parmi les hommes, avec ses forces mais aussi ses faiblesses", résume Le Matin. Comme le "QJ", "Le Temps" qualifie le cardinal Ratzinger de "pape de transition".

Le pape lors de son élection, le 19 avril 2005, sur le balcon de la basilique Saint-Pierre.

Le pape lors de son élection, le 19 avril 2005, sur le balcon de la basilique Saint-Pierre. [EPA / MARI / VATICAN POOL]

 

D'autres médias évoquent évidemment l'aveu du pape, qui dit n'avoir plus "les forces" de diriger l'Eglise, à l'instar du Courrier de Genève. Le journal cite les multiples crises de l'Eglise catholique, dont les "plus douloureuses et récentes": le scandale des prêtres pédophiles et le Vatileaks.

Et oui, "pape n'est pas un métier facile", rappelle la Tribune de Genève, surtout "par les temps qui courent". Et d'écrire: "A 85 ans, un Benoît XVI fatigué envoie un signal messianique à ses successeurs: combattez jusqu'au bout, mais, au besoin, sachez renoncer! Ici est la surprise du chef".

Pour Le Matin, "s'il est entendu, le dernier message de ce pape est porteur d'espoir". "Une chance", "un vent de modernité", observe le quotidien. La plupart des journaux se montrent par ailleurs plutôt critiques sur le pontificat de Joseph Ratzinger. "Pas glorieux", écrit par exemple Le Matin. Avec des "couacs", de la "naïveté" et de la "déception", énumère pêle-mêle Le Temps.

24 heures a cette formule comparative: "Ce que Jean-Paul II a gagné pour l'Eglise, avec son bâton de pèlerin courant le monde, Benoît XVI l'a regagné par l'esprit en revenant à la tradition". Plusieurs médias mettent encore en avant la rigueur intellectuelle du pape actuel. "Restera donc l'image de l'interprète fidèle d'une partition figée", synthétise La Liberté.

Suisse alémanique

Dans la presse alémanique, l'opinion générale est aussi que Benoît XVI a pris la bonne décision. La Neue Zürcher Zeitung parle de "frontières humaines" de la fonction et salue une décision "honorable". Passée "l'énorme surprise", le Tages-Anzeiger et le Bund évoquent eux les nombreuses "crises" et "pannes" de son pontificat pour expliquer, peut-être, la démission du pape.

Les deux journaux se demandent toutefois si ce retrait apportera vraiment un vent frais et nouveau sur les réformes à mener dans l'Eglise catholique. Ils se disent plutôt sceptiques, tout comme la Berner Zeitung qui ne pense pas que le successeur de Joseph Ratzinger aura la tâche facile.

Même son de cloche à la Neue Luzerner Zeitung. Le journal lucernois ne pense pas que le "turbo" des réformes "ait été allumé (...) ce serait illusoire". Enfin pour la Basler Zeitung, le constat est sans équivoque: l'Eglise catholique romaine est "une organisation qui ne vit pas vraiment avec son monde".

agences/rber

Réactions européennes

Grande-Bretagne

La démission du pape, 85 ans, fait la Une de la plupart des journaux britanniques qui font font l'éloge de ses qualités personnelles mais cherche aussi à savoir de quel continent viendra son successeur, pour provoquer le changement.

Le Guardian publie en Une une photo du souverain pontife en et titre que la "démission du pape bouleverse l'Église". "Théologiquement et politiquement il était le prolongement de Jean-Paul II, avec ses qualités et défauts"

 "Je suis trop faible pour continuer", écrit le Times en manchette citant le pape dont la démission révèle, selon le quotidien, les immenses charges qui pèse sur la papauté au 21e siècle. Le quotidien commente le choix du pape comme une "décision digne et désintéressée" mais affirme que son successeur devra faire de l'Eglise catholique "une entreprise plus collégiale".

France

Toutes les Unes des journaux français nationaux et régionaux sont consacrées à la démission du pape. A la Une de La Croix : "Le pape choisit de s'effacer". Pour le quotidien catholique français, "la décision de Benoît XVI n'est qu'une demi-surprise. À plusieurs reprises au cours de son pontificat, il avait annoncé qu'il n'hésiterait pas à renoncer, s'il était dans l'incapacité physique, psychologique ou spirituelle d'accomplir les tâches de sa fonction."

Le Figaro publie une édition spéciale dans laquelle le journal conservateur salue notamment "l'humilité" de Benoît XVI qui "a senti que les défis de l'Église contemporaine excédaient ses forces." "Cette décision ouvre une ère inédite dans l'histoire de l'Église catholique moderne: le prochain conclave se tiendra du vivant d'un pape...", souligne le journal.

"Papus interruptus" titre en latin en Une Libération qui a écrit son édito, sur la démission du pape, en latin en page 3 et traduit en français page 11. "Personne ne saura jamais si Benoît XVI a cédé à la fatigue physique ou métaphysique. Si le corps mesure désormais trop chichement la puissance nécessaire à la tâche. Ou si c'est l'âme qui n'y croit plus..." estime le journal de gauche.

Asie et Amérique du Sud

Philippines

Aux Philippines, bastion catholique d'Asie, la décision du pape fait la Une des journaux et les principaux sites d'information de l'internet qui voient la personne du cardinal philippin Luis Antonio Tagle un éventuel successeur.

Argentine

"Un pape d'Amérique, d'Asie ou d'Afrique", s'interroge le quotidien argentin Clarin. "Après une décision quasiment inédite de l'actuel chef de l'Église de démissionner, les possibilités que les traditions et les critères établis pourraient varier lors de la prochaine élection papale et pourrait se produire une nouvelle surprise avec l'élection d'un latino-américain, un asiatique ou un africain", explique l'éditorial de Clarin.