"Moi Cheik Modibo Diarra, je démissionne avec mon gouvernement", a déclaré mardi le Premier ministre malien lors d'une brève allocution à l'Office de radio-télévision du Mali (ORTM) sans donner plus d'explication.
Le chef du gouvernement avait auparavant été arrêté dans la nuit de lundi à mardi à son domicile de Bamako par des militaires. L'ordre de son arrestation a été donné par le capitaine Amadou Haya Sanogo, ancien chef des auteurs du coup d'Etat de mars dernier au Mali.
En résidence surveillée
Le porte-parole de l'ex-junte malienne Bakary Mariko a démenti mardi tout "coup d'Etat". Tandis que le président malien par intérim, Dioncounda Traoré, lui a rapidement nommé un successeur, le médiateur de la République Diango Sissoko (lire ci-contre).
Le premier ministre est en résidence surveillée à son domicile à Bamako. "Il ne peut pas recevoir qui il veut, ni aller où il veut. Il y a des militaires à sa résidence et il n'est pas libre de ses mouvements", a indiqué un membre de sa famille.
Crise sans précédent
Ce départ forcé survient enfin au lendemain de la décision de l'Union européenne d'envoyer au Mali 400 militaires début 2013 pour former l'armée malienne en vue de rétablir le contrôle de Bamako sur le Nord du pays, occupé depuis huit mois par des islamistes armés. Une intervention militaire étrangère est en outre à l'étude pour chasser ces islamistes.
Cette démission survient aussi après le report de "concertations nationales" convoquées par le gouvernement de transition qui devaient se tenir pendant trois jours dès mardi. Cette concertation avait pour but de tenter d'établir une "feuille de route" pour les mois à venir entre tous les acteurs - politiques, militaires, sociaux, organisations de la société civile - face à la crise sans précédent que traverse le Mali depuis près d'un an.
afp/vtom/olhor
Condamnations de la communauté internationale
La Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao) a condamné les "agissements" des militaires et réclamé la mise en place d'un gouvernement "représentatif".
"Troublé", le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a "appelé une nouvelle fois à la fin de l'ingérence des militaires dans la politique" et les Etats-Unis ont exhorté la junte à "cesser ses ingérences perpétuelles". L'UE aussi a appelé l'armée à "cesser d'interférer".
La France a demandé la formation rapide d'un "nouveau gouvernement représentatif".