Deux opposants iraniens récompensés par le prix Sakharov
Le Parlement européen a décerné vendredi son prix Sakharov pour la liberté de l'esprit, qui fait figure de "Nobel de la paix européen", au cinéaste iranien Jafar Panahi et à sa compatriote l'avocate Nasrin Sotoudeh, opposants au régime de Téhéran. Le prix sera remis le 12 décembre.
Cette distinction octroyée par les eurodéputés survient alors que l'Union européenne vient de nettement renforcer l'arsenal de ses sanctions financières et commerciales contre l'Iran. Elle survient également à la veille d'une visite controversée en Iran d'une délégation de cinq eurodéputés écologistes et de gauche.
Lourdes condamnations
Distingué par les plus grands festivals internationaux mais interdit en Iran où ses satires sociales grinçantes lui ont valu d'être considéré comme subversif par les autorités, le cinéaste Jafar Panahi, 52 ans, a été arrêté alors qu'il préparait un film sur les manifestations contre la réélection contestée du président Mahmoud Ahmadinejad en juin 2009.
Assigné à résidence à Téhéran, il a été condamné en octobre 2011 à six ans de prison et 20 ans d'interdiction de réaliser ou écrire des films, voyager ou s'exprimer, pour "propagande contre le régime".
De son côté l'avocate Nasrin Sotoudeh est l'une des grandes figures de la défense des droits de l'Homme en Iran où elle a été condamnée en janvier 2011 à 11 ans de prison et 20 ans d'interdiction d'exercer son métier d'avocate pour son action notamment aux côtés du prix Nobel de la paix Shirin Ebadi.
Jafar Panahi et Nasrin Sotoudeh ont été préférés aux deux autres nominés pour le prix: les trois jeunes femmes du groupe russe contestataire Pussy Riot et le dissident bélarusse Ales Beliatski.
Un prix très politique
L'attribution de ce prix, décidée à l'unanimité des groupes politiques du Parlement, doit être interprétée comme un "non très clair au régime iranien", qui "ne respecte aucune des libertés fondamentales", a souligné le président de l'institution, Martin Schulz, devant les députés réunis en plénière à Strasbourg.
"Nous voulons par ce choix exprimer notre admiration pour une femme et un homme qui résistent à l'intimidation dont sont victimes les Iraniens", a expliqué l'élu allemand, observant que les lauréats ont "placé au-dessus de leur sécurité personnelle le sort de leur pays".
Le prix Sakharov pour la liberté de l'esprit, doté de 50'000 euros, a été créé en 1988 par le Parlement européen pour honorer les personnes ou les organisations qui ont consacré leur existence à la défense des droits de l'homme et des libertés.
ats/dk