Ankara menace de rompre ses relations avec Paris
24.01.2012 09:41En Turquie, majorité comme opposition se sont dressées vent debout contre la proposition de loi pénalisant le génocide arménien que les sénateurs français ont voté lundi soir, attestant d'un sentiment commun d'atteinte à l'honneur national. Premier à réagir à ce vote, le ministre turc de la Justice, Sadullah Ergin, a porté témoignage de cette indignation, en évoquant "un manque total de respect pour la Turquie". Il a déclaré le texte de loi français "nul et non avenu".
"La Turquie est déterminée à prendre toutes les mesures nécessaires contre cette mesure injuste", indique le ministère turc des Affaires étrangères dans un communiqué, dénonçant un acte "irresponsable". Le document accuse en outre la France d'avoir "transformé en victime" les relations turco-françaises, pour des visées électoralistes. "Il s'agit d'une initiative très malencontreuse au nom de la politique française", ajoute le communiqué.
Menaces d'Ankara
Quelques heures seulement après l'adoption par le Sénat français de la proposition de loi, Ankara, qui ne reconnaît pas l'existence du génocide arménien, a également menacé de réduire sa présence diplomatique en France. "Quand je parle de rupture totale des relations diplomatiques, cela comprend mon départ définitif", a déclaré l'ambassadeur de Turquie en France, Tahsin Burcuoglu, à la presse.
"On peut aussi s'attendre à ce que les relations diplomatiques se passent désormais au niveau des chargés d'affaires et non plus au niveau des ambassadeurs." Selon la convention de Vienne sur les relations diplomatiques, le chargé d'affaire correspond à la dernière classe de la mission diplomatique.
Loi contre la négation du génocide en cause
Le Sénat français a validé lundi par 127 voix contre 86 le texte que l'Assemblée nationale avait déjà adopté le 22 décembre. La proposition de loi prévoit de punir d'un an d'emprisonnement, d'une amende de 45'000 euros ou des deux à la fois la négation d'un génocide que le Parlement français avait reconnu par une loi adoptée en 2001.
Lors de l'adoption du texte à l'Assemblée nationale, la Turquie avait rappelé son ambassadeur à Paris et annulé toutes les rencontres politiques, économiques et militaires prévues avec la France ainsi que l'autorisation accordée aux avions de chasse et aux bâtiments de l'armée française d'atterrir ou d'accoster en Turquie.
La Turquie réfute le terme de génocide, même si elle reconnaît que des massacres ont été commis et que quelque 500.000 Arméniens ont péri en Anatolie entre 1915 et 1917, les Arméniens évoquant 1,5 million de morts.
agences/pbug