Un an après le calvaire des 33 mineurs chiliens
05.08.2011 10:42Ils ont connu l'enfer, puis la célébrité planétaire, ils ont pris l'avion pour la première fois, reçu des cadeaux de stars du rock, du football, du pape. Mais un an après leur calvaire de 69 jours, peu des 33 mineurs miraculés d'Atacama ont renoué le fil d'une vie normale. La plupart sont encore très atteints psychologiquement.
Certains animent des conférences-causeries à partir de leur expérience, une poignée est revenue à la mine par nécessité, ou par atavisme. Mais la plupart enchaînent les petits boulots: mécanique, bâtiment, vente sur les marchés et sont sans emploi stable.
Engouement les premiers mois
Luis Urzua, le dernier mineur à avoir refait surface, accueilli comme tous les autres par le président Sebastian Pinera. [Reuters]
Sept des miraculés de la mine de San Jose sont encore en arrêt maladie, sous suivi médical et psychologique. Cauchemars, troubles du sommeil, peur de l'obscurité figurent parmi les symptômes. Le benjamin du groupe Jimmy Sanchez (20 ans), ou Jose Ojeda, 47 ans, sont parmi les plus affectés. "Pour certains, il est encore pénible de se souvenir, ils souffrent", explique le mineur Luis Urzua, qui fut chef de quart des 33 au moment de l'accident le 5 août, et le dernier à sortir de la mine, le 13 octobre, lors du spectaculaire sauvetage suivi par le monde entier.
Le médecin de l'Association chilienne de sécurité chargé du suivi des mineurs, assure que la plupart de ceux qui ne sont plus en arrêt-maladie mène "une vie normale, et sont traités chez eux pour un quelconque trouble". Une forme de normalité est revenue: les invitations et l'attention dévorantes des premiers mois, qui vit les mineurs visiter jusqu'à 14 pays, pour un show aux Etats-Unis, une télévision en Espagne, un match de football en Angleterre, un pèlerinage en Terre Sainte, est retombée depuis de longs mois.
Seuls quelques uns, comme Edison Pena, le "fan d'Elvis", ou Mario Sepulveda "l'extraverti" ont exploité cette veine au mieux, et sont encore régulièrement sollicité à l'étranger. Sepulveda a un agent aux Etats-Unis, Pena était fin juillet l'invité d'un festival de fans d'Elvis Presley au Canada. "Je m'en suis super bien sorti, expliquait récemment Sepulveda. Parce que je suis un monstre de travail, et je sais qu'il faut savoir profiter des circonstances de la vie".
Multiples conférences
Le président chilien Sebastian Pinera pose en compagnie des mineurs rescapés. [José Manuel de la Maza - AFP]
Plusieurs mineurs continuent de parler, parler de leur cauchemar souterrain: de ce qui les fit tenir, des vertus de la solidarité, de la foi, et... de la sécurité au travail, dont la mine San Jose fut un tragique contre-exemple. Luis Urzua, Omar Reygadas, Claudio Yanez, Jorge Galleguillos sont parmi une demi-douzaine qui vivent en partie de conférences-causeries, le plus souvent dans un cadre d'entreprises privées.
Mais la subsistance stable reste un souci pour la plupart des 33, à mesure que sont sont éteintes les indemnités-maladie pour les valides, et l'argent offert par un excentrique magnat minier, Leonardo Farkas (l'équivalent de 7500 euros par mineur, plus une petite moto). Quatorze d'entre eux ont demandé une retraite anticipée.
Des indemnités attendues
Tous ont aussi au feu une ou des actions en justice: une demande d'indemnité de 12 millions de dollars au total contre les propriétaires de la mine, et une autre contre l'Etat chilien pour négligence, pour laquelle ils réclament quelque 540'000 dollars chacun.
Judiciaire, médicale ou médiatique, la fin de l'incroyable épopée des "33" n'est pas encore écrite. Des films sont en préparation, de nouveaux livres doivent être publiés, cette fois avec confidences des mineurs eux-mêmes, confidences aux droits protégés par une société anonyme qu'ils ont fondée. Un an après, ces bribes de souvenirs devraient encore fasciner. "L'histoire a rassemblé le monde entier, qui n'a pas l'habitude de ce genre de choses heureuses", analyse Luis Urzua.
afp/boi