Mise à jour le 10 juin 2011

Bactérie tueuse: graines germées "coupables"

Photo de graines germées prise le 6 juin 2011 à Berlin.
Photo de graines germées prise le 6 juin 2011 à Berlin. [AFP]
Des graines germées sont bien à l'origine de l'épidémie de diarrhées mortelles qui a fait 31 morts en Europe, a annoncé vendredi le directeur de l'Institut fédéral allemand de veille sanitaire Reinhard Burger. L'avertissement contre la consommation de salades, concombres et tomates crus a été levé.

"Ce sont les graines germées" qui sont en cause, a déclaré Reinhard Burger, directeur de l'Institut Robert Koch (RKI), au cours d'une conférence de presse à Berlin des trois instituts sanitaires fédéraux impliqués dans le dossier. Selon les analyses, "les gens qui ont consommé ces graines ont neuf fois plus de chances d'avoir des diarrhées sanglantes et d'autres signes d'infection par la bactérie E.coli entérohémorragique (Eceh) que ceux qui n'en ont pas consommé".

Paquet de graines

Riches en vitamines et minéraux, les graines germées de lentilles, luzerne, soja etc... sont devenues populaires dans la restauration. Elles sont servies notamment dans les salades et les sandwichs. Mais elles sont élevées dans la chaleur et l'humidité et des chercheurs y voient des vecteurs de bactéries pathogènes, comme l'Eceh et la salmonelle.

A cette forte présomption statistique est venue s'ajouter la première identification formelle de la souche 0104 à l'oeuvre en Allemagne, dans un paquet de graines provenant manifestement de l'exploitation du Nord du pays soupçonnée depuis plusieurs jours d'être à l'origine de la contamination.

Ce paquet se trouvait dans la poubelle d'une famille dont deux membres avaient été malades après avoir été infectés par la bactérie, a précisé le ministère de la Consommation de Rhénanie-du-Nord-Westphalie (ouest). Jusqu'ici, les analyses "multiples" autour de l'exploitation agricole biologique suspecte à Bienenbüttel (nord), n'avaient pas prouvé la présence irréfutable de la bactérie.

Alerte levée

En revanche, comme des milliers d'analyses réalisées sur des tomates, des concombres et des salades se sont révélées négatives, l'alerte lancée le 25 mai en Allemagne contre ces aliments a été levée. "C'est une bonne nouvelle pour les maraîchers allemands et européens", a réagi le président de la Fédération des agriculteurs allemands, Gert Sonnleitner.

Cette alerte décrétée face à l'extension de l'épidémie a durement touché les agriculteurs européens, dont les marchandises ont été boudées. Les producteurs espagnols, incriminés à tort au début de la crise, disent avoir perdu 225 millions d'euros par semaine. Leurs homologues allemands chiffrent à 60 millions d'euros leur manque à gagner depuis le lancement de l'alerte.

L'Union européenne a proposé une aide de 210 millions d'euros aux agriculteurs touchés. Selon les autorités sanitaires allemandes, il semble que "la source de la contamination ne soit plus active" et "les chiffres de nouveaux malades contaminés baissent", même si "l'épidémie n'est pas terminée".

33 morts

Trois nouveaux décès ont toutefois été annoncés vendredi, portant à 33 morts le bilan de l'épidémie. Environ 3000 malades ont été recensés dans 14 pays en cinq semaines. Des dizaines d'entre eux avaient apparemment consommé des produits de l'exploitation de Bienenbüttel, selon le ministre de l'Agriculture de Basse-Saxe Gert Lindemann. L'entreprise a été fermée.

Un producteur espagnol bio de fruits et légumes, Frunet, a saisi en référé jeudi un tribunal de Hambourg (nord) pour accéder à des documents des autorités allemandes, en vue d'une éventuelle demande de dommages et intérêts.

afp/bkel

L'embargo russe va être levé

Les dirigeants de l'Union européenne et de la Russie, réunis vendredi pour un sommet à Nijni Novgorod, se sont mis d'accord sur la levée de l'embargo russe sur les légumes européens imposé le 2 juin en raison du risque bactérien.

Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a assuré que Moscou lèverait cet embargo, lors d'une conférence de presse, après des discussions avec le chef de l'Etat russe Dmitri Medvedev et le président de l'Union européenne Herman Van Rompuy.

Il n'a cependant pas précisé quand cela serait fait, mais a indiqué que l'UE enverrait des certificats à la Russie vendredi ou samedi pour permettre de mettre fin à l'embargo. "Nous sommes prêts à ce que ces livraisons reprennent avec la garantie des services compétents de l'Union européenne, c'est absolument vrai", a déclaré de son côté Dmitri Medvedev.

Le chef des services sanitaires russes, Guennadi Onichtchenko, a toutefois refusé de confirmer que l'embargo serait levé d'ici deux jours. "La balle est dans leur camp, donc tout va dépendre de leurs efforts", a-t-il déclaré à des journalistes.