La Suisse n'est pas un exemple de démocratie
Neuf critères articulés autour des principes de liberté, d'égalité et de contrôle ont servi à l'élaboration de ce baromètre. Parmi eux figurent la protection de la liberté individuelle, l'Etat de droit, la transparence, la participation démocratique, la concurrence politique, le contrôle des trois pouvoirs (exécutif, législatif, judiciaire) et la capacité d'appliquer les décisions démocratiques.
Deux monarchies sur le podium
Au bout du compte, c'est le Danemark qui réalise le meilleur résultat (88,3 points), devant la Finlande (87,7) et la Belgique (85,1). Les Etats-Unis figurent en 10e position. L'Allemagne est 11e. La Grande-Bretagne (26e) et la France (27e) figurent en queue de peloton, alors que la Pologne, l'Afrique du Sud et le Costa Rica (dernier) ferment la marche.
Sur dix ans, "les résultats n'ont toutefois pas mis en évidence de crise globale ni de déclin de la qualité de la démocratie", a souligné Marc Buehlmann, chercheur à l'université de Zurich. De manière générale, il observe que la qualité a augmenté dans la grande majorité de ces 30 pays au cours des ans.
En revanche, elle a baissé en Italie, en France, en Allemagne, en République tchèque, au Portugal, aux Etats-Unis, au Costa Rica et en Australie.
La Confédération en milieu de peloton
La Suisse ne se situe elle qu'en milieu de classement. Un rang "décevant", estime Marc Bühlmann. La Confédération constitue certes un "modèle démocratique" en matière de respect des libertés individuelles, de la concurrence politique et de la gouvernabilité, observent les spécialistes.
Mais elle pourrait faire mieux dans les domaines du contrôle des trois pouvoirs, de la transparence et de la participation. Au chapitre des faiblesses du système suisse, le parlement ne peut pas contrôler suffisamment le gouvernement.
Le pouvoir judiciaire helvétique manque en outre d'indépendance par rapport à d'autres démocraties. Autre point négatif pour les chercheurs, le financement des partis suisses n'est pas transparent. La garantie légale de la liberté d'information n'a, elle, été introduite qu'en 2005.
Une classe politique vieillissante
La Suisse est par ailleurs en retard sur la plupart des autres démocraties au niveau de la participation en politique, tant au niveau des scrutins que de l'engagement. Ce sont ainsi surtout les hommes aisés disposant d'un bon niveau de formation qui s'engagent en politique.
Et les jeunes politiciens sont peu nombreux dans le pays. Si la Confédération concrétise bien le principe de liberté, elle est loin de réussir à établir entièrement celui d'égalité, conclut Marc Bühlmann.
Les chercheurs se montrent toutefois optimistes sur son évolution: la Suisse est en effet le pays qui a le mieux progressé entre 1995 et 2005.
Le baromètre 1995-2005 sur la qualité de la démocratie est une première du genre. Il a été réalisé par le Centre pour la démocratie de l'Université de Zurich et le Wissenschaftszentrum de Berlin.
ats/ap/jeh