Brûler un Coran serait "idiot et dangereux"
09.09.2010 19:02Le "Dove World Outreach Center" ("Centre colombe pour aider le monde"), un groupe fondamentaliste chrétien basé en Floride, prévoit de brûler en public un exemplaire du Coran samedi à Gainesville à l'occasion du neuvième anniversaire des attentats du 11 septembre 2001.
Ce projet est "source d'inquiétude" et "place nos troupes en danger", a déclaré mardi la Maison Blanche, appuyant les craintes soulevées par le général David Petraeus, commandant des forces internationales en Afghanistan. "Je suis très inquiet des répercussions possibles", a déclaré le haut gradé, qui a estimé que cela servirait la propagande des talibans en Afghanistan et renforcerait le sentiment anti-américain dans le monde musulman.
"Ne pas reculer devant l'Islam"
Le pasteur de l'Eglise fondamentaliste, Terry Jones, a assuré sur la chaîne CNN que les "paroles du général étaient prises très au sérieux", mais qu'il était "fermement résolu" à mener le projet à bien. Il assure aussi qu'il réalise que cet acte pourrait offenser les musulmans. "Mais nous estimons que le message que nous essayons de faire passer est bien plus important que le fait que des gens soient offensés. Nous croyons qu'on ne peut pas reculer devant les dangers de l'islam".
L'initiative, censée glorifier le souvenir des victimes des attentats, tombe à un moment sensible: les musulmans célèbrent autour du 10 septembre la fin du ramadan.
Des associations musulmanes ont estimé que cette démarche confirmait l'augmentation de l'islamophobie aux Etats-Unis où un projet de centre islamique près de "Ground Zero" à New York déchaîne les passions.
"Rien à gagner, tout à perdre"
Le ministre de la Justice américain Eric Holder, qui a reçu mardi soir 16 associations religieuses toutes croyances confondues afin d'examiner les mesures que l'administration peut prendre contre les attaques anti-musulmans, a pour sa part déclaré que ce projet est "idiot et dangereux", selon des propos rapportés par une des représentantes de la communauté musulmane.
Une association de vétérans américains, les Veterans of Foreign Wars (VFW) a elle estimé qu'il n'y avait "rien à gagner et tout à perdre dans ce geste égoïste", dénonçant dans un communiqué l'oeuvre "d'extrémistes religieux". "Nous pensons que l'acte consistant à brûler un Coran (...) est contraire à nos valeurs", a insisté de son côté le département d'Etat, évoquant une idée "provocatrice, irrespectueuse, intolérante".
L'Otan et le Vatican dénoncent
L'initiative a également été condamnée par le secrétaire général de l'Otan Anders Fogh Rasmussen, qui a souligné qu'elle "risque d'avoir des conséquences néfastes sur la sécurité de nos troupes". L'Iran a conseillé "aux pays occidentaux d'empêcher l'exploitation de la liberté d'expression pour insulter les livres saints" au risque de provoquer des réactions "incontrôlables".
Sous le titre: "Que personne ne brûle le Coran", l'Osservatore Romano, le quotidien du Vatican, s'est fait mardi l'écho des multiples condamnations. En Indonésie, pays musulman le plus peuplé du monde, la minorité chrétienne craint des "tensions" et l'Union des 20'000 églises chrétiennes protestantes d'Indonésie a écrit au président Barack Obama pour l'exhorter à intervenir. Une centaine de radicaux musulmans avaient déjà manifesté fin août devant l'ambassade des Etats-Unis à Jakarta et menacé de déclencher une guerre sainte si le "Dove World Outreach Center" persistait.
La secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton s'est dite "encouragée par la condamnation claire et sans équivoque de ce geste irrespectueux, qui est venue des chefs américains de toutes les religions ainsi que des dirigeants américains laïques et des leaders d'opinion".
agences/boi