Kadhafi monopolise la tribune de l'ONU
Pour sa première apparition en 40 ans de pouvoir, Mouammar
Kadhafi s'en est pris en particulier à la domination exercée sur le
Conseil de sécurité par ses cinq membres permanents (Chine,
Etats-Unis, France, Grande-Bretagne et Russie) et à leur droit de
veto.
«Le veto est contraire à la Charte de l'ONU, l'existence de
membres permanents est contraire à la Charte», a-t-il lancé,
brandissant le petit livre bleu contenant le texte fondateur des
Nations unies.
Il a également stigmatisé les grandes puissances, les accusant
d'avoir déclenché de nombreux conflits depuis 1945 pour poursuivre
leurs propres intérêts. Son discours est apparu très décousu, plein
d'improvisations mais surtout de redites, sur le thème de
l'injustice du monde.
Pas un mot sur la Suisse
Alors que certains en Suisse s'attendaient à ce que le leader
libyen réitère ses attaques contre la Confédération, il n'en a rien
été. Mouammar Kadhafi avait appelé par le passé au démantèlement de
la Suisse.
Le bouillant colonel, qui a fait attendre l'auditoire pendant plus
de cinq minutes avant de monter à la tribune, a parlé plus d'une
heure et demie alors que les orateurs ont été priés de ne pas
dépasser les 15 minutes en début de séance par le président de
l'Assemblée, Ali Triki, un ancien ministre... libyen.
Il est vrai que le prédécesseur de Mouammar Kadhafi à la tribune,
Barack Obama, avait lui aussi dépassé cette limite, parlant pendant
40 minutes. Prié d'abréger, le «Guide» de la révolution libyenne a
refusé, prenant justement prétexte du dépassement de temps du
président américain.
Obama appelle à l'union
Barack Obama a appelé les membres de l'ONU à
s'unir. [Keystone]
S'exprimant devant plus de 120 chefs
d'Etat et de gouvernement, le président américain a appelé le monde
à prendre «une nouvelle direction». «Nous devons ouvrir une
nouvelle ère de coopération multilatérale, basée sur un intérêt et
un respect mutuels», a déclaré Barack Obama.
«Nos actions ne sont pas au niveau de l'ampleur des défis auxquels
nous sommes confrontés. Il est désormais temps pour chacun d'entre
nous de prendre sa part de responsabilité dans la réponse globale
aux défis mondiaux», a-t-il estimé.
Lors de son allocution, le président américain, souvent applaudi
chaleureusement, a retracé toutes ses actions pour tourner
définitivement la page de l'ère Bush. Il a notamment mis en garde
l'Iran et la Corée du Nord.
La question du nucléaire
«Dans leurs actions jusqu'à présent, les gouvernements de Corée
du Nord et d'Iran menacent de nous entraîner sur une pente
dangereuse», a-t-il relevé. «Les nations qui refusent d'assumer
leurs obligations devront en assumer les conséquences. Si les
gouvernements d'Iran et de Corée du Nord choisissent d'ignorer les
règles internationales, si ces pays mettent la recherche d'armes
nucléaires avant la stabilité régionale et la sécurité, s'ils
ignorent les dangers d'une course aux armements nucléaires en Asie
de l'est et au Moyen-Orient, alors ils devront rendre des
comptes.»
Les Occidentaux soupçonnent l'Iran de vouloir se doter de l'arme
nucléaire sous couvert d'un programme civil, ce que dément Téhéran.
Une réunion est prévue le 1er octobre à Genève entre l'Iran et les
six pays chargés de ce dossier, les Etats-Unis, la Russie, la
Chine, la Grande-Bretagne, la France et l'Allemagne.
La Corée du Nord, de son côté, a récemment affirmé qu'elle allait
fabriquer de nouvelles armes nucléaires, faisant fi des appels des
Etats-Unis et de l'ONU à suspendre son programme.
Sarkozy, la finance et le climat
Nicolas Sarkozy a fait écho au président américain en affirmant
que les Iraniens «commettraient une tragique erreur» en «misant sur
la passivité de la communauté internationale pour poursuivre leur
programme nucléaire militaire».
Par ailleurs, le président français a proposé aux pays membres de
l'ONU de se mettre «d'accord avant la fin de cette année au moins
sur une réforme provisoire» du Conseil de sécurité, mercredi à New
York. Selon lui, «les pays les plus développés ne peuvent prétendre
gouverner seuls l'humanité».
Le chef de l'Elysée a également affirmé qu'il fallait «aller
jusqu'au bout de la refondation du capitalisme financier» et «en
finir avec les paradis fiscaux». Il aura l'occasion de développer
ces thèmes lors du G20 de Pittsburgh jeudi et vendredi.
Enfin, Nicolas Sarkozy a de nouveau plaidé pour que des
«engagements sur des objectifs chiffrés en matière d'émission de
gaz à effet de serre» soient fixés à Copenhague en décembre, ainsi
que pour la création d'une organisation mondiale de l'environnement
et pour une taxe carbone aux frontières.
ats/ap/sbo