Modifié le 10 juillet 2018

La semaine de travail de 52 heures est une révolution en Corée du Sud

Officiellement, les Sud-Coréens travaillent 2024 heures par an en moyenne.
La semaine de travail de 52 heures est une révolution en Corée du Sud Tout un monde / 4 min. / le 10 juillet 2018
La durée de travail hebdomadaire maximale autorisée est passée de 68 heures à 52 heures depuis le 1er juillet en Corée du Sud. C'est un changement radical dans un pays réputé pour ses journées de labeur interminables.

La nouvelle loi maintient la durée légale du travail à 40 heures par semaine mais limite à 12 le nombre d’heures supplémentaires autorisées. Elle prévoit des peines allant jusqu'à deux ans de prison et 18'000 francs d’amende pour les patrons récalcitrants. La loi s’applique dans un premier temps aux grandes entreprises et sera étendue ensuite aux PME.

Cette réduction du temps de travail était l’une des promesses de campagne du gouvernement de centre-gauche élu l’an dernier. Le président Moon Jae-in défend ce qu’il appelle "le droit au repos" alors que sa ministre de la Famille a reconnu que la semaine de 68 heures était "inhumainement longue."

Un dévouement historique au travail

Les grands conglomérats coréens ont une culture d’entreprise très militaire, qui a longtemps exigé un dévouement absolu de la part des employés. Historiquement, les immenses sacrifices consentis par tous ont permis à la Corée du Sud - pays parmi les plus pauvres au monde dans les années 1950 - de devenir la 11e économie mondiale.

Cette culture d’entreprise martiale oblige souvent les salariés à rester le soir assis à leur bureau tant que leur chef n’a pas quitté le sien. Et changer ces habitudes profondément ancrées n’est pas facile: la mairie de Séoul en a été ainsi réduite à couper l’électricité dans ses bureaux le vendredi soir à 19h00 pour obliger ses fonctionnaires à rentrer chez eux.

Vie privée réduite au minimum

Officiellement - mais c'est sans doute plus en réalité -, les Sud-Coréens travaillent 2024 heures par an en moyenne, contre 1570 heures en Suisse. Les conséquences sont une productivité horaire très faible, beaucoup de stress et une vie personnelle et familiale réduite au minimum.

En réduisant la durée du travail, le gouvernement espère créer des centaines de milliers d’emplois, favoriser la consommation et relancer une natalité qui s’est effondrée à 1,05 enfant par femme en 2017.

Frédéric Ojardias/oang

Publié le 10 juillet 2018 - Modifié le 10 juillet 2018

Forte réticence des entreprises

Beaucoup d’employeurs étaient déjà opposés à la hausse de 16,5% du salaire minimum en début d’année et assurent aujourd'hui que la réduction du temps de travail va leur imposer des coûts trop élevés.

Ils estiment aussi que la limitation des heures supplémentaires va provoquer une baisse du revenu des salariés.

Certains restaurants et magasins ont déjà commencé à s’adapter en réduisant leurs horaires d’ouverture. On assiste ainsi à la disparition progressive des restaurants ouverts 24 heures sur 24, autrefois courants en Corée du Sud.