Modifié le 12 janvier 2018

Le scandale des produits Lactalis contaminés s'étend en Europe

Le siège du groupe français Lactalis à Laval, dans l'ouest de la France.
Le siège du groupe français Lactalis à Laval, dans l'ouest de la France. [Damien Meyer - AFP]
L'industriel français Lactalis devra reprendre, sans distinction, tous les lots de lait infantile produits dans son usine affectée par une contamination à la salmonelle, alors que la crise s'étend à d'autres pays européens.

Le ministre français de l'Economie Bruno Le Maire a élargi vendredi le précédent rappel qui courait à partir de février 2017. Il souhaitait ainsi mettre un terme à une crise sanitaire d'autant plus retentissante qu'on apprenait quelques minutes après son point presse qu'un cas de salmonellose avéré avait été découvert en Espagne concernant un bébé ayant consommé du lait infantile contaminé de l'industriel français. Un autre cas reste à confirmer en Grèce.

"Ce sont deux cas touchant des enfants qui ont consommé le lait en question. Le cas espagnol est confirmé (...) Le cas grec ne l'est pas, mais il y a des signes", a expliqué à l'AFP François-Xavier Weill, bactériologiste de l'Institut Pasteur de Paris, revenant sur une information publiée dans la revue médicale Eurosurveillance.

Afin de mettre fin à l'inquiétude des familles et d'éviter que ce scandale ne vienne éprouver la "réputation" d'une filière laitière française déjà en crise, Bruno Le Maire a "demandé à M. Besnier, le président de Lactalis, de faire preuve de davantage de transparence".

Fermeture de l'usine écartée

Le ministre s'est finalement présenté seul devant la presse, après avoir reçu pendant une bonne heure le très secret patron du groupe qui, en dépit d'un appel à venir s'exprimer publiquement lancé par le gouvernement, est arrivé à Bercy par une entrée dérobée, évitant les caméras.

"Le président de Lactalis communiquera publiquement sur les causes de la contamination dès qu'elles seront établies", a toutefois assuré Bruno Le Maire. Il a tancé à plusieurs reprises la direction du groupe laitier lors des dernières 48 heures.

"Lactalis fera ensuite tous les investissements nécessaires sur le site de Craon pour garantir la sécurité sanitaire du site", a-t-il ajouté. Il a implicitement écarté le spectre d'une fermeture de l'usine actuellement à l'arrêt, et dont 250 des 327 salariés sont au chômage technique.

"Défaillance systémique"

Les distributeurs, dont certains ont continué à vendre des produits potentiellement contaminés après l'annonce de leur retrait, avaient déjà été convoqués à Bercy jeudi soir. Mais ils refusent d'être cloués seuls au pilori. Le patron de E.Leclerc, Michel-Edouard Leclerc, a estimé jeudi qu'il y avait eu une "défaillance systémique et pas seulement sectorielle", épinglant au passage "des services de l'Etat".

>> Lire: Des produits infantiles contaminés ont été vendus en France malgré un rappel

Plusieurs responsables politiques et syndicaux ont également critiqué l'attitude de l'Etat, dénonçant notamment une baisse du budget et du personnel à la DGCCRF, le service de Bercy chargé de la répression des fraudes.

Enquête ouverte en France

Fin décembre, le Parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire pour "blessures involontaires", "mise en danger de la vie d'autrui", "tromperie aggravée par le danger pour la santé humaine" et "inexécution d'une procédure de retrait ou de rappel d'un produit" préjudiciable à la santé.

Au 9 janvier, les autorités de santé avaient recensé en France 35 nourrissons atteints de salmonellose et ayant consommé un lait ou un produit d'alimentation infantile de l'usine Lactalis incriminée. Dix-huit nourrissons ont été hospitalisés, mais tous avaient été sortis de l'hôpital, selon la même source.

agences/jgal

Publié le 12 janvier 2018 - Modifié le 12 janvier 2018

Révélée début décembre au public

La contamination à la salmonelle dans l'usine de Craon avait été révélée début décembre au public. La salmonelle avait toutefois été identifiée plus tôt par le groupe lors d'auto-contrôles en août et novembre, mais seulement dans l'environnement du site et pas dans les produits.

"Notre hypothèse est que la salmonelle était présente et qu'il y a eu résurgence lors de travaux que nous avons effectués au cours du premier semestre", a dit jeudi le porte-parole du groupe, Michel Nalet, lors d'un point-presse. Le ministère de l'Agriculture avait pour sa part affirmé début janvier n'avoir "pas eu connaissance" des résultats des auto-contrôles menés par le groupe.

C'est le rappel des lots de lait infantile en trois étapes en décembre qui a semé la zizanie. Faute d'accord avec Lactalis, le ministre de l'économie a expliqué avoir dû signer lui-même le 9 décembre un arrêté demandant la suspension de la commercialisation des laits infantiles et le rappel de quelque 600 lots.