Mon boulot est chamboulé

La numérisation et les changements dans les modes de consommation ont un impact déterminant sur de nombreuses professions, et certaines ont déjà entamé leur mutation. Zoom sur cinq métiers forcés à se réinventer.

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Les quincaillers

Avec la concurrence des grandes surfaces et des brico-loisirs, les quincailleries traditionnelles n'ont pas la vie facile. Le quincailler doit faire face à l'essor des ventes en ligne, et lui-même adapter son offre, y compris sur internet, afin de se démarquer.

La quincaillerie Morard à Bulle est active depuis 110 ans. Pour elle, l'adaptation est une question de survie. "On essaie de proposer des pièces que personne d'autre n'a", explique son gérant, José Chavaillaz.

Il raconte avoir vu fermer autour de lui toutes les autres quincailleries de la ville. "On est de plus en plus dans l'exception, mais on s'accroche et on tiendra jusqu'au bout", lance-t-il. "L'avenir? Internet nous le dira..."

>> Le reportage de Pierre-Etienne Joye à Bulle:

L'emblématique "Quincaillerie Morard", à Bulle, active depuis 1906.
Pierre-Etienne Joye - RTS
Les séries des fêtes de l'Info - Publié le 25 décembre 2017

Les caissiers des supermarchés

Les caissières et caissiers des supermarchés sont confrontés aux systèmes de paiement automatiques.

"La caisse automatique est arrivée comme une collègue antipathique. Pas de conversation, mais elle me pique un peu le job. Et de l'autre côté, elle m'en donne en plus", relate Hélène, caissière dans une supérette.

"Une formatrice est venue, elle nous a dit que la machine ne prendrait pas notre travail et qu'elle, elle ne se trompait jamais. J'ai beaucoup apprécié", soupire la vendeuse.

Solange, vendeuse en supermarché, assure que les bornes automatiques "ont encore besoin de nous", plus de trois ans après leur installation.

Yves, un formateur interrogé par la RTS assure, lui, que l'installation des machines poussera les caissières "à être polyvalentes et à apprendre un nouvel aspect du métier, l'accueil". Pour lui, "il y aura moins de caisse, mais d'autres métiers".

>> Le reportage de Simon Corthay:

Les mains expertes de la caissière.
Simon Corthay - RTS
Les séries de fin d'année - Publié le 26 décembre 2017

Les employés des centres d'appel

Les employés des centres d'appel vont devoir composer avec l'intelligence artificielle. Chez Swisscom, par exemple, ces systèmes s'appellent VoicePrint ou Cosmos, en attendant les futurs robots de discussion.

L'opérateur a réfléchi à une coexistence en harmonie avec ces nouvelles technologies. Il y a par exemple la reconnaissance de la voix du client, "plus confortable pour les collaborateurs", qui ne doivent pas poser des questions d'identification et gagnent ainsi du temps, explique Patrick Klopfenstein, responsable du call center pour la Suisse romande.

"L'intelligence artificielle, on doit lui apprendre à être intelligente", ajoute Julien Gschwind, un collaborateur du call center de Lausanne. Les employés doivent donc lui donner des milliers de cas de demandes typiques de clients, de la plus simple à la plus complexe, afin que le système soit capable de les reconnaître et d'y répondre de manière optimale.

Patrick Klopfenstein reconnaît les "craintes légitimes" des employés, mais assure qu'il ne compte pas les remplacer. Pour lui, les collaborateurs vont pouvoir "enrichir leur job". "Ils auront plus de questions complexes et pourront prendre plus de temps avec le client, pendant que les questions simples seront traitées par l'intelligence artificielle". estime-t-il.

>> Le reportage d'Olivier Schorderet à Lausanne:

Un open space d'une entreprise soleuroise (image d'illustration).
Gaetan Bally - Keystone
Les séries des fêtes de l'Info - Publié le 27 décembre 2017

Les garagistes

La Confédération anticipe que 10% des voitures seront électriques d'ici 2025, et l'électromobilité ne va pas s'arrêter là.

L'avènement de la voiture électrique va fortement modifier le travail du garagiste. "Un véhicule électrique est beaucoup plus simple qu'un véhicule à essence ou diesel, il a besoin de très peu de maintenance", explique François Vuille, directeur exécutif du centre Energie de l'EPFL. Il estime "qu'il y a 40% de coûts de maintenance et de réparation en moins" sur un véhicule électrique. Et cela aura forcément un impact sur le chiffre d'affaires du mécanicien automobile.

Au centre de formation des garagistes vaudois à Yverdon-les-Bains (UPSA), on anticipe déjà ce changement. Les véhicules hybrides et électriques ont déjà été intégrés dans la formation des apprentis mécatroniciens.

Pour Nicolas Leuba, président de l'UPSA Vaud, l'adaptation passera par une redéfinition du métier, où le service à la clientèle va encore gagner en importance. "Le garagiste traditionnel deviendra un fournisseur de mobilité", estime-t-il.

>> Ecouter le reportage d'Esther Coquoz:

Les garagistes doivent se réinventer.
Walter Bieri - Keystone
Les séries des fêtes de l'Info - Publié le 28 décembre 2017

Les facteurs

Le nombre de lettres envoyées ne cesse de diminuer et La Poste cherche à se repositionner dans le secteur du numérique. Elle investit donc depuis plusieurs années pour étendre son coeur de métier au vote électronique ou au transport de données liées à la santé.

Mais la concurrence n'attend pas: le canton de Genève a par exemple déjà développé son propre système de vote électronique, et plus globalement, des géants américains comme Google et Amazon sont déjà sur le marché de la récolte et du transfert des données.

Le facteur traditionnel va-t-il disparaître? Le syndicat Syndicom, déplore en tout cas la disparition de 300 places de postiers dans la distribution de lettres par année, en grande partie absorbée par les départs à la retraite.

Le facteur est pourtant la seule personne qui passe devant chaque maison de Suisse presque tous les jours. "Des données sont de toute façon générées par de nouveaux instruments connectés, qui sont là dans chaque maison. Le facteur pourrait les récolter avec des appareils, si le client est d'accord", explique Matteo Antonini, responsable du secteur logistique. Il donne un exemple de frigo connecté, qui commande automatiquement les produits manquants.

Autre possibilité: exploiter le rôle social du facteur, par exemple en développant le service aux personnes dans les vallées reculées.

>> Ecouter le reportage d'Esther Coquoz:

Le Conseil fédéral estime que l'introduction d'un délai de distribution générerait d'importants coûts.
Gaëtan Bally - Keystone
Les séries des fêtes de l'Info - Publié le 29 décembre 2017

Crédits

Reportages: rubriques économique et société/culture de la RTS radio

Esther Coquoz, Simon Corthay, Pierre-Etienne Joye, Olivier Schorderet

Réalisation web: Jessica Vial