Modifié le 14 septembre 2017

Pour les banquiers suisses, pas d'aide à l'UE sans accès au marché européen

Claude-Alain Margelisch, directeur de l'Association suisse des banquiers.
Interview de Claude Alain Margelisch, directeur de l'ASB Forum / 5 min. / le 14 septembre 2017
L'Association suisse des banquiers (ASB) veut utiliser comme moyen de pression la contribution de la Suisse aux pays de l'est de l'UE. Elle exige de Berne de lier "le milliard de cohésion" à l'accès au marché européen.

L'ASB prône des marchés ouverts et demande avec insistance que Bruxelles reconnaisse l'équivalence des lois suisses dans le domaine financier, écrit l'association jeudi à l'occasion de la Journée des banquiers.

A défaut de reconnaissance, "il n'y a pas lieu d'aller plus loin dans les discussions avec l'Union européenne sur la contribution à la cohésion", tranche-t-elle.

"Les banques helvétiques bénéficient d'une place financière stable, solide et fiable", a déclaré à Zurich le président de l'ASB, Herbert Scheidt. "Mais cela ne suffit pas pour rester à la pointe, car la concurrence nationale et internationale est rude."

Rester à la pointe en s'adaptant aux normes internationales, oui, mais pas aller au-delà. "En matière réglementaire, nous n'avons pas besoin d'un swiss finish (finition suisse), mais d'un swiss way (voie suisse)", estime Herbert Scheidt. Mettre les nouvelles prescriptions internationales en oeuvre avant les autres reviendrait à "nous couper l'herbe sous le pied", selon lui.

L'UE "trop lente" sur la question de l'équivalence

"Les dossiers concernant l'accès au marché de certains pays, en particulier l'Italie et la France, n'évoluent pas de manière satisfaisante à nos yeux", a insisté Herbert Scheidt. Il juge l'UE "trop lente" sur la question de l'équivalence et veut à ce titre subordonner la contribution à la cohésion à la reconnaissance des lois financières suisses par l'UE.

"L'idée n'est pas nouvelle", a dit Herbert Scheidt. Berne réfléchit en effet à reconduire la contribution de la Suisse au profit de la réduction des inégalités économiques et sociales dans les pays de l'UE - le fameux "milliard de cohésion".

Le Conseil fédéral s'est donné le temps jusqu'au début de l'automne pour avoir une appréciation générale de l'évolution des dossiers. Car il attend lui aussi des signaux clairs et des actes concrets de Bruxelles dans les négociations en cours sur un accord-cadre institutionnel.

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ats/tmun

Publié le 14 septembre 2017 - Modifié le 14 septembre 2017

L'ASB optimiste quant à la voie bilatérale

Le lobby des banquiers se dit optimiste quant au dialogue bilatéral. En Suisse, les projets de lois sur les services financiers (LSFin) et sur les établissements financiers (LEFin) vont dans la bonne direction en matière de "protection moderne" des investisseurs, juge l'ASB.

L'ASB se démène par ailleurs pour prouver à l'UE "que la Suisse n'est pas n'importe quel Etat tiers", notamment dans le contexte post-Brexit. Les banques suisses versent des impôts dans l'UE ou ont investi en Europe orientale, contribuant au développement de cette région.

Pas de marche arrière avec l'échange automatique de données fiscales

Depuis le 1er janvier 2017, la Suisse pratique l'échange automatique dans le domaine fiscal avec 38 Etats, rappelle l'ASB. Dès l'automne 2018, elle échangera les premières données avec l'ensemble de l'UE plus dix pays tiers. En 2019, 43 autres pays viendront s'ajouter à la liste.

Sur ce terrain, il n'y a pas de marche arrière possible, dit l'ASB. Pour la Suisse, l'enjeu est la confidentialité, la sécurité et la protection des données. L'association salue donc l'arrêté du Conseil fédéral présenté mardi, qui prévoit des mécanismes de contrôle afin de garantir la protection des individus concernés.