La Suisse réussit à s'enrichir... en empruntant
08.12.2011 22:13Fritz Zurbrügg, directeur de l'Administration fédérale des finances n'a jamais vu ça. Il y a trois mois un emprunt fédéral a été lancé avec un taux négatif de 1%. Loin de décourager les investisseurs, ce prêt à 6 mois à la Suisse a été sursouscrit. La Confédération n'avait besoin que de 600 millions, mais les offres des investisseurs se montaient à 8,8 milliards de francs.
La sécurité à tout prix
L'explication est simple. La Suisse bénéficie de son statut de havre de sécurité. Aujourd'hui, plus aucun investissement n'est sûr. Les investisseurs institutionnels sont donc prêts à payer un intérêt pour être sûr de revoir leur argent.
Selon Fritz Zurbrügg, le cas de la Suisse est unique. Les autres pays européens sont eux en effet confrontés au phénomène inverse, c'est-à-dire à une hausse, voire à une explosion de leurs taux. Ainsi la Grèce a vu ses taux à court terme dépasser les 40%.
Grosses économies pour la Suisse
Il n'y a pas que les taux à court terme qui sont intéressants pour la Suisse. Les emprunts à moins d'une année pèsent 10 milliards. Cependant, le gros des créances, 80 milliards, est constitué d'engagements à plus d'une année. Les emprunts suisses les plus fréquents, à 10 ans, ne sont plus rémunérés qu'à 0,72%, un record international.
Au même moment, les taux d'intérêt sur les obligations des pays européens prennent l'ascenseur. L'Allemagne dépasse les 2%, la France les 3% et la Grèce a frôlé les 30%. Le résultat de cette situation est qu'en 2011, la Suisse va massivement économiser sur les intérêts de la dette. Sur les 2,9 milliards qui ont été budgetés, 300 millions seront économisés.
Et sur les créances à court terme qui totalisent 10 milliards cette année, la Suisse pourrait gagner quelques millions alors qu'elle aurait dû en débourser 150.
La dette suisse fond
Conséquence de cet état de grâce, la dette de la Confédération diminue, de 130 milliards il y a 10 ans à 109 milliards fin 2011. Ainsi, la charge d'intérêt sera de 2,6 milliards cette année contre 4 milliards en 2006.
Nicolas Rossé