Mise à jour le 28 juin 2010

Cartes bancaires trafiquées: les plaintes pleuvent

Le "skimming" ou comment copier la bande magnétique d'une carte.
Le "skimming" ou comment copier la bande magnétique d'une carte. [Keystone]
Retirer de l'argent au bancomat n'est pas sans danger. Une flambée de cas de "skimming" a été constatée dans le canton de Fribourg. Aujourd'hui, nul ne sait où les malfaiteurs ont installé leurs collets dupliquant les cartes bancaires.

Une recrudescence de cas de skimming, un système de copie des données des bandes magnétiques des cartes bancaires (lire explications ci-contre), a été constatée ces derniers temps dans le canton de Fribourg. Un réseau international qui vend et pose des

est impliqué, selon la police.

Des plaintes ont aussi été recensées dans le canton de Vaud, mais les faits ne sont pas produits sur le vol vaudois, précise la police cantonale. Les cartes des clients lésés ont été "skimmées" lors de retraits effectués à l'étranger. La police vaudoise n'enregistre elle pas de recrudescence et comptabilise entre 80 et 100 plaintes à ce sujet chaque année, précise la porte-parole Olivia Cutruzzolà.

Quelques cas ont aussi été recensés dans les cantons du Jura, de Zurich et de Bâle, précise Benoît Dumas, chef de la communication de la police cantonale fribourgeoise. Les banques se montrent elles discrètes sur le sujet.

Un type de bancomat en cause

La discrétion est de mise lorsque l'on tape son code.
La discrétion est de mise lorsque l'on tape son code. [Keystone]
La banque Raiffeisen a vu quelques-uns de ses distributeurs être victimes de malfrats dans le canton de Fribourg. Philippe Thévoz, porte-parole de la banque, indique qu'une demi-douzaine de clients de la Raiffeisen ont été touchés.

Benoît Dumas explique que les malfrats s'en prennent à un type spécifique de distributeurs pour lesquels ils ont un collet ad hoc. Il a pour sa part reçu jusqu'à présent 93 plaintes cette année, contre zéro l'an dernier.

Selon Benoît Dumas, les délits sur sol fribourgeois ont eu lieu principalement en mai et en juin. Si les plaintes ne tombent que ces derniers temps, c'est que les clients ont constaté le délit lors de la vérification de leurs relevés de compte, qui sont arrivés dans leurs boîtes aux lettres en juin et juillet. Le décalage est aussi dû aux vacances et au fait que les cartes contrefaites sont vendues à l'étranger et que les malfrats ne font pas forcément de retrait directement après avoir piraté le distributeur.

La police fribourgeoise, qui ne dit rien de l'état d'avancement de son enquête, a reçu des plaintes de clients qui ont découvert sur leurs relevés de compte des retraits effectués au Panama, en Australie, en Espagne ou en Italie, par exemple. Les montants varient, mais sont en général peu élevés. Les voleurs espèrent ainsi passer inaperçus. Toutefois, dans certains cas, les sommes prélevées vont jusqu'à 1500 francs.

Un réseau qui se déplace

Et si aujourd'hui les "skimmeurs" ont sévi dans le canton de Fribourg, il n'est pas exclu qu'ils se soient déplacés ailleurs en Suisse pour poursuivre leurs activités délictueuses et brouiller les pistes, note Benoît Dumas, qui compare leur parcours à une colonne de grêle se déplaçant de façon imprévisible à travers le pays et ailleurs.

Le porte-parole de Raiffeisen, Philippe Thévoz, explique les mesures prises après les soucis rencontrés par les clients de la banque, sans toutefois entrer dans les détails "pour des raisons de sécurité". Des mesures techniques de sécurisation des distributeurs sont en discussion avec les fabricants de bancomats. La Raiffeisen dit faire un effort permanent pour garantir la sécurité des clients, notamment en matière de prévention, en informant la clientèle des risques liés au skimming.

Aussi une question de lieu?

Alex Josty, le porte-parole de PostFinance, qui compte quelque 180 postomats rien qu'en Suisse romande, explique que la sécurité est liée à différents critères, notamment l'emplacement des distributeurs. Le choix de l'emplacement des postomats, qui n'ont "heureusement" jamais été victimes de "skimming" selon Alex Josty, est "réfléchi". Il se fait en fonction de la fréquentation (plus le postomat est central, moins il est facile d'installer un lecteur de cartes sans être vu) et de la sécurité du lieu.

PostFinance travaille en collaboration avec les banques pour trouver des solutions afin d'augmenter la sécurité des distributeurs d'argent et se dit très concerné par la question du "skimming". Une part importante de la prévention se fait au niveau de l'information donnée à la clientèle, que ce soit dans le journal de PostFinance ou aux distributeurs-mêmes, où il est recommandé d'être discret au moment de taper le code et de vérifier que l'on est seul devant le postomat. Quant au personnel de PostFinance, s'il vérifie qu'il n'y a rien de louche ou de bricolé sur les postomats, il n'est pas particulièrement briefé pour surveiller les installations, précise encore Alex Josty.

Des banques discrètes

Vérifier que personne ne regarde l'écran est recommandé.
Vérifier que personne ne regarde l'écran est recommandé. [Keystone]
A l'UBS, on répond que les bancomats de la grande banque répondent à de hauts standards de sécurité. La banque affirme n'avoir recensé aucun cas de "skimming" en Suisse et ne publie pas de détails concernant son système de sécurité. Mais elle note que ses clients en sont souvent victimes à l'étranger. Car avoir une carte de l'UBS ne protège pas du skimming, les lecteurs délictueux pouvant être installés sur un distributeur trafiqué d'un autre établissement qui accepte les cartes de l'UBS.

Du côté du Credit Suisse Group, le porte-parole Jean-Paul Darbellay relève que "relativement peu de cas" ont été comptabilisés, sans nier l'existence du phénomène. Il note que la politique de la banque est de ne pas communiquer sur le sujet, pour éviter de donner des informations aux malfrats. Il affirme que le skimming n'est pas un sujet de préoccupation majeur de la grande banque, même si des mesures - qu'il tait, "pour des raisons de sécurité" toujours - ont été prises.

La Banque cantonale vaudoise, qui compte 173 distributeurs d'argent, affirme de son côté qu'elle n'a recensé aucun cas de "skimming" cette année parmi ses clients. En 2007, la BCV avait été victime de cette escroquerie à Montagny, près d'Yverdon. Sur son site, des sont disponibles.

Au final, face à ce phénomène, c'est au client pour l'heure de faire attention (lire conseils détaillés ci-contre), notamment lors de séjours à l'étranger, mais aussi en Suisse, en étant attentif à l'état du distributeur de billets, en contrôlant les relevés ou en étant discret lors d'un retrait d'argent. Last but not least, il faut noter, souligne notamment la BCV, que les banques prennent en charge les frais liés à ce problème et indemnisent à 100% leurs clients victimes de "skimming".

Nathalie Hof

Qu'est-ce que le "skimming"?

Le skimming, qui vient de l'anglais "to skim", signifie lecture rapide. Le système sert à copier des cartes bancaires pour ensuite les utiliser et prélever de l'argent à l'insu des titulaires des cartes détournées. Le skimming se fait aux distributeurs de billets des banques.

Différent du collet marseillais, le système consiste en la pose d'un lecteur très fin à l'intérieur de la fente dans laquelle le client insère la carte au bancomat. Le lecteur enregistre les données de la bande de la carte.

Deuxième étape, l'installation d'une caméra, qui permet aux malfrats de filmer les clients en train de taper le code de leur carte.

Ne reste plus qu'aux indélicats de créer une nouvelle carte de crédit, appelée "white card", en copiant les données de la bande magnétique détournée, puis d'y associer le code du client que la caméra a capturé.

Les malfrats peuvent ensuite se servir de la carte et vider le compte des clients qui sont venus chercher de l'argent dans le distributeur de billets.

Mais le système ne s'arrête pas là, souligne le chef de la communication de la police cantonale fribourgeoise, Benoît Dumas. Il explique qu'une fois les cartes dupliquées, elles sont revendues, avec leurs codes, à l'étranger. Parfois, ce sont des listes entières de données qui sont revendues.

Ensuite, d'autres personnes, les acquéreurs des cartes ou des listes, font des achats à l'aide des cartes de crédit clonées. D'où les plaintes de clients qui voient leurs comptes débités pour des achats à l'autre bout du monde, alors qu'ils étaient en Suisse.

Les règles d'or devant le bancomat

Etre attentif. Polices, banques et émetteurs de cartes mettent en garde contre le skimming. Ils conseillent de se méfier de tout ce qui semble anormal devant un bancomat.

Observer et alerter. Par exemple, si la fente dans laquelle l'on insère sa carte semble obsolète, il est recommandé de se méfier: il est possible que ce soit un lecteur destiné à copier les bandes magnétiques. Le chef de presse de Police Cantonale Fribourg recommande, en cas de découverte d'un collet, de prévenir la police, qui aura ainsi à disposition un élément qui pourra servir dans le cadre de son enquête.

Choisir son distributeur. Deuxième conseil donné par Benoît Dumas: préférer les distributeurs à l'intérieur des banques, postes ou centres commerciaux, où il est moins aisé pour les malfrats d'installer leur système de skimming sans se faire repérer. Bref, éviter les distributeurs isolés.

S'assurer qu'on n'est pas observé. Comme d'autres, l'UBS recommande de maintenir une distance suffisante avec les personnes dans la file devant le bancomat au moment de taper son code.

Cacher son code. Il est bon de couvrir le clavier avec la main libre en insérant le nip.

Contrôler ses comptes. Enfin, vérifier régulièrement ses relevés de compte pour voir s'il n'y a pas de prélèvements effectués par des tiers. En cas de problème, alerter sa banque, mais aussi la police. Benoît Dumas souligne que chaque plainte est un indice qui peut être utile à la police pour démanteler un réseau de malfaiteurs.