Élections fédérales 2011: le PDC à l'interview
29.09.2011 16:10Votre slogan "le PDC est responsable du succès de la Suisse", n'est-il pas un peu prétentieux?
Christophe Darbellay: non, parce que ce slogan est vrai, tout simplement. Si l'on regarde les récents succès de la Suisse, on retrouve toujours le PDC: baisse des impôts pour les familles de la classe moyenne, lutte contre la vie chère, libre accès aux marchés pour notre industrie d'exportation grâce à notre soutien de la voie bilatérale. Et cela ce voit aussi dans les résultats. Nous remportons 80% des votations populaires et plus de 90% des décisions au Parlement. Un record national.
En somme, tout ce qui ne va pas est de la faute des autres partis?
Si nos adversaires à droite comme à gauche nous attribue la responsabilité du 5% qui ne fonctionne pas, nous revendiquons la paternité du 95% qui fonctionne bien. Nous assumons nos responsabilités et nous sommes aussi capables de reconnaître les bonnes idées de nos adversaires. C’est ça la Suisse. Aussi, je suis convaincu que, sans le PDC, la Suisse ne serait pas aussi prospère et sûre.
Vous êtes donc confiant pour octobre? La campagne se déroule bien?
Oui, je suis positif, du moins si l'on est payé en fonction de ce qu'on a fait. Malheureusement, en Suisse, le fond compte souvent moins que la forme. Et comme le PDC met davantage l'accent sur le fond, il faudra se battre. Mais je suis confiant, car la population finira par soutenir un Parti qui est en adéquation avec ses besoins. Diverses études prouvent que le PDC est le parti le plus proche des positions des citoyennes et citoyens.
Pourtant, le dernier sondage SSR place votre parti en dernière place des partis les plus à même de résoudre les problèmes du pays, selon les sondés. Etes-vous sûr d'être vraiment en adéquation?
C'est totalement injuste. Ce résultat tient de la perception en noir et blanc relayée par de nombreux médias, qui donne beaucoup plus de visibilité aux positions extrêmes. Si on regarde dans le détail, on voit aussi que nos personnalités ressortent fréquemment en tête des sondages d'opinion. D'un autre côté, le PS n'a jamais résolu les problèmes sociaux et l'UDC n'a jamais résolu les problèmes de la migration, preuve que les partis qui misent sur la campagne permanente le font au détriment des solutions. Le PDC n’est pas un parti monomaniaque. Nous avons des idées et de bonnes solutions pour faire avancer la Suisse dans un contexte plus difficile.
Alors justement, quel est le point de votre programme qui agit en ce sens?
Nous défendons en priorité la famille et la classe moyenne. Nous avons lancé deux initiatives - pour faire cesser la pénalisation des couples mariés et exonérer d’impôts les allocations pour enfants et jeunes en formation. Nous réclamons la gratuité des primes d’assurance-maladie pour les enfants. C’est un paquet vitaminé pour la famille et la classe moyenne. Et lorsque vous dites à une famille que grâce à nous elle aura plus d’argent à la fin du mois, c’est du concret.
Et selon vous, où la Confédération doit-elle investir et réduire ses dépenses?
Il faut investir avant tout dans la formation et les infrastructures. C’est l’avenir du pays. Notre pays a besoin d'améliorer son réseau, notamment la 3e voie CFF entre Lausanne et Genève, le CEVA ou l'achèvement des autoroutes dans le Valais et dans le Jura. Je pense que c'est le bon contexte pour le faire, car cela permettra de maintenir des emplois, en faisant travailler en priorité les entreprises suisses. C'est un soutien dans le contexte difficile pour l'économie tout en étant un investissement pour le futur. A l'inverse, je défends l’armée mais suis opposé à augmenter les dépenses militaires de 700 millions. Selon moi, les 4,4 milliards de francs qui lui sont déjà alloués sont largement suffisants. La Suisse a d’autres priorités.
La famille et les infrastructures ne sont pourtant pas dans les priorités des Suisses, selon le dernier sondage.
C’est surtout que les sondages ne posent pas les bonnes questions. Parce que certes, la famille est un sujet moins spectaculaire que le nucléaire ou le franc fort, mais je suis persuadé que c’est la première préoccupation d'énormément de gens. Prenez un petit exemple les horaires scolaires, qui sont un vrai casse-tête et qui les touche dans leur quotidien. Nous proposons de les harmoniser, ce qui simplifierait la vie de nombre de familles. Mais nous avons aussi des idées sur les autres thèmes, notamment sur l'énergie et le franc fort. Pourquoi ne pas faire une pierre deux coups: en profitant de donner un coup d'accélérateur aux énergies renouvelables. Une solution win-win, puisque les investissements soutiendront l'économie suisse et garantiront l'avenir énergétique du pays.
Vous donnez l’impression de vouloir ménager la chèvre et le chou.
C’est vrai. Mais le PDC prône une politique basée sur le consensus, qui est la seule qui vaille dans notre pays. Détruisez le consensus et la politique du Centre, vous détruirez la Suisse ! Le défendre c’est s’assurer qu’elle reste un succès. De plus, au contraire de la gauche qui hyperventile et de la droite qui ne fait rien, nous proposons des mesures concrètes. Concernant l’énergie, par exemple, nous, nous ne faisons pas de l'écologie en sandales. Notre but est de concilier écologie et économie. Et je vous rappelle que, sans Doris Leuthard, nous ne sortirions pas du nucléaire. Nous jouons un rôle-clé.
Concilier écologie et économie, un dogme qui fait penser au nouveau parti des Verts’libéraux. Arrivés sur la scène politique après les élections de 2007, comme le PBD, quel sera l’impact de ce morcellement du centre selon vous?
C’est une difficulté pour le PDC. On peut craindre l’effet de la nouveauté, d’autant plus que les Verts’libéraux correspondent à un mégatrend. Tous les Suisses sont pour l’environnement et pour l’économie. Mais notre but est avant tout de renforcer le centre. Nous avons donc fait des apparentements de listes dans certains cantons avec le PBD et les Verts’libéraux.
Donc quel est votre objectif pour les élections du 23 octobre?
Rester numéro 1 aux Conseil des Etats et gagner 3 sièges au National.
Comment comptez-vous l’atteindre?
Au National, nous comptons obtenir davantage de sièges grâce au Jura, à Obwald et à quelques autres cantons. Aux Etats, il faudra serrer les coudes à St-Gall, en Thurgovie et à Uri. En tout cas, je ne crains pas la grande attaque promise par l’UDC. Ils ne pourront pas investir la chambre des cantons qui est celle où règne la qualité et la profondeur des débats.
Des personnalités font leur apparition dans la course aux Etats. Vous lancez Claude Béglé, ancien patron de la Poste, dans le Canton de Vaud. C’est du marketing ?
Oui. Pour faire émerger le PDC dans le canton de Vaud, on compte sur la notoriété de nos stars, comme Béglé, mais aussi Neyrinck ou Mossi.
Et quelle sera votre position en décembre, pour le Conseil fédéral ?
Si la question porte sur les sortants, tout ce que je peux dire pour le moment, c’est que oui, je voterai pour Eveline Widmer-Schlumpf, parce qu’elle fait vraiment un bon travail. Et je préfère voter sur la qualité du travail que selon des petits calculs politiques. Pour le reste, il faudra attendre la composition de l’Assemblée fédérale après le 23 octobre pour décider.
Un deuxième siège PDC ? Au détriment de qui ?
Cela fait évidemment partie de notre stratégie politique. Mais il faudra voir les rapports de force après les élections d’octobre. En tout cas, je crois à la concordance, c’est un bon système à condition que les partis jouent le jeu…
Propos recueillis par Victorien Kissling