Modifié le 09 novembre 2017

Quand scène rock et dérapages pédophiles faisaient bon ménage

Le vétéran du glam rock anglais Gary Glitter, reconnu coupable d'actes pédophiles sur trois filles mineures entre 1975 et 1980, a été condamné à seize ans de prison en 2015.
Le vétéran du glam rock anglais Gary Glitter, reconnu coupable d'actes pédophiles sur trois filles mineures entre 1975 et 1980, a été condamné à seize ans de prison en 2015. [Barry Batchelor - EPA/Keystone]
L'affaire Weinstein et ses suites en disent long sur les moeurs de Hollywood. Mais, à quelques exceptions près, le monde de la musique est peu éclaboussé. Et pourtant, l'histoire du rock regorge de scandales sexuels, impliquant souvent des mineurs.

L’actrice Evan Rachel Wood, elle-même victime d'un viol, a récemment prédit que le prochain scandale hollywoodien sera celui de la pédophilie. Depuis, les noms de Roman Polanski, Woody Allen ou Kevin Spacey sont apparus ou réapparus mais les musiciens sont peu mis en cause, hormis les cas gravissimes qui ont fini devant un tribunal, comme celui de Gary Glitter, condamné à 16 ans de prison en 2015.

>>Lire : Pour Evan Rachel Wood, la pédophilie sera le prochain scandale à Hollywood

Car, pendant des décennies, le milieu a fait complaisamment étalage de ses moeurs "dissolues-mais-tellement-rebelles" à longueur de pochettes de disques, de chansons ou de biographies sulfureuses. Consommer de très jeunes groupies était presque obligatoire pour toute rock star digne de ce nom, ce qui paraît inimaginable aujourd'hui. Et pourtant...

Baby groupies

Quand, en 1958, Jerry Lee Lewis révèle qu'il a épousé sa cousine âgée de 13 ans, quand Chuck Berry est arrêté pour avoir ramené une mineure d'un Etat voisin, ce qui lui vaut deux ans de prison en 1960, le scandale est tel que ces pionniers du rock'n'roll voient leur carrière très compromise, au moins pour un temps.

Mais dix ans après, ça n'est plus la même chanson. Si elle attend 2015 pour le dire, une certaine Lori Mattix confesse qu'elle a perdu sa virginité avec David Bowie lorsqu'elle avait 14 ans, au début des années 1970. Par la suite, toujours mineure, elle fréquentera Jimmy Page de Led Zeppelin. Loin d'être une exception, Lori Mattix était l'une des célèbres "baby groupies" de Los Angeles. Elle dit ne rien regretter de l'expérience, mais ça n'est pas le cas de tout le monde.

Ainsi, Mandy Smith, qui épouse en 1989, à 19 ans, le Rolling Stone Bill Wyman, alors âgé de 53 ans. Le mariage ne durera pas. Mandy Smith explique en 2010 au Daily Mail qu'elle avait commencé à avoir des relations sexuelles avec Wyman dès ses 14 ans. Elle estime que c'est beaucoup trop jeune et qu'elle n'en est pas sortie émotionnellement indemne.

Pochettes surprises

Avant que l'industrie de la musique n'édulcore davantage pour vendre plus, le rock tenait à sa réputation sulfureuse. Il fallait choquer pour échapper à l'étiquette d'artiste de variété, tellement méprisée par les adolescents branchés.

La pochette était évidemment un excellent moyen d'annoncer la couleur, surtout au format 320 x 320 mm qui emballait les 33 tours vinyles. Si on censurait parfois des images violentes ou dénudées, l'ambiance générale était plutôt relâchée. Témoin, l'illustration de l'album de Blind Faith en 1969. La fillette avait 11 ans.

A l'époque, la pochette donne lieu à une controverse. Le groupe l'impose difficilement à la maison de disques en Grande-Bretagne. Mais, aux Etats-Unis, elle sera censurée sous la pression des associations puritaines, et le disque sortira "rhabillé" par une innocente photo des musiciens du groupe.

En revanche, Led Zeppelin ne connaît pas le moindre problème avec la pochette de l'album "Houses Of The Holy", sorti en 1973, malgré la présence de jeunes enfants dénudés.

D'autres poussent un peu trop le bouchon, comme les Allemands de Scorpions avec "Virgin Killer" en 1976. L'illustration, une fillette de 10 ans complètement nue dans une "pose aguicheuse", est censurée partout sauf en France.

Paroles, paroles

Les textes des chansons rock évoquent souvent l'amour, et pas seulement ses manifestations romantiques. On y décrit aussi de manière très crue des rapports physiques entre adultes, et à l'occasion, on va plus loin.

Le pionnier Chuck Berry chante les louanges de la "Sweet Little Sixteen", une "douce petite de 16 ans", dans "I Saw Her Standing There", les Beatles sont émus par la vision de celle qui "venait d'avoir dix-sept ans, si vous voyez ce que je veux dire".

Mais ce sont les Rolling Stones, soucieux de maintenir leur mauvaise réputation, qui osent "Stray Cat Blues" en 1968: la fille a 15 ans, le narrateur très pervers pépère lui affirme qu'il le sait, qu'il ne lui demandera pas sa carte d'identité, mais qu'il n'y a pas là "matière à pendaison" car "ça n'est pas un péché capital".

Et c'est jugé plus que limite par... les Stones eux-mêmes. En 2003, l'héroïne de "Stray Cat Blues" a désormais 16 ans, l'âge de la majorité sexuelle en Grande-Bretagne.

Mick Jagger semble être conscient que les temps ont changé. A l'instar du quotidien Libération qui fait son mea culpa et avoue en 2017 avoir "soutenu la pédophilie" dans les années 1970.

Pierre-Yves Maspoli

Publié le 09 novembre 2017 - Modifié le 09 novembre 2017