Anouar Brahem, retour vers le jazz

A l'occasion de la sortie de "Blue Maqams", 13e album de l'oudiste et compositeur tunisien, retour sur une carrière hors norme.

Scroll

Retour vers le jazz

Pour son 60e anniversaire, Anouar Brahem s'offre un 13e album qui sort le 13 novembre 2017 chez ECM, mais aussi un retour sur sa propre histoire et une célébration de son amour pour le jazz. Tant par sa forme que par son casting, "Blue Maqams" est sans aucun doute le disque qui franchit la frontière des genres et s'offre une véritable section rythmique de jazz.

Enregistré à New York, il met en scène Dave Holland à la contrebasse, Jack DeJohnette à la batterie et Django Bates au piano. Les deux premiers jouaient déjà ensemble auprès de Miles Davis dans les années 70. Quant à l'étonnant et versatile Django Bates, qui vient de publier une impressionnante relecture du "Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band" des Beatles et sort en novembre un disque de pur jazz en quartet, il a su mettre au service de l'écriture d'Anouar Brahem, non seulement une technique éblouissante, mais aussi une profonde et subtile inventivité.

Blue Maqams Anouar Brahem ECM
Versus-écouter - Publié le 24 octobre 2017

La rencontre d'Anouar Brahem avec le jazz ne date pas d'hier. À l'âge de 17 ans déjà, c'est une des formes d'expression contemporaine qui le séduit le plus, alors même qu'il ne la comprend pas toujours. Bien qu'esthétiquement très différentes, ses improvisations et sa spontanéité entrent en résonance avec la pratique du taqsîm arabe et ouvrent de nouveaux champs d'expérimentation instrumentale au jeune oudiste fasciné de nouveaux horizons.

Vidéo de présentation de l'album "Blue Maqams" d'Anouar Brahem

Live d'Anouar Brahem avec Françoise Couturier et Jean-Louis Matinier en 2004

Tradition et modernité

Anouar Brahem, oudiste et compositeur tunisien.
Anouar Brahem, oudiste et compositeur tunisien. [Marco Borggreve - anouarbrahem.com]
 

Anouar Brahem naît le 20 octobre 1957 dans la Médina de Tunis. Dès l'enfance, il se passionne pour la tradition du Maqam, la grande musique classique arabe. Mais au Conservatoire National de Musique de Tunis, il est un élève à l'âme rebelle, rebuté par l'académisme de l'enseignement et d'un jeu orchestral qui s'est développé de manière pléthorique. Diplôme en poche, il poursuit sa formation auprès du maître Ali Sriti qui lui enseigne l'art de l'improvisation arabe, le taqsîm.

Pour moi, il n’y a pas de tradition sans acte de modernité. Si elle ne se recrée pas, elle finit par mourir.

Anouar Brahem
 

Alors que sa première ambition est d'être un bon interprète du Maqam et de participer à la réhabilitation de ses formes épurées, Anouar Brahem prend alors conscience qu'une tradition qui ne se recrée pas finit par mourir et que sa survie ne peut se concevoir sans acte de modernité. Sa curiosité et son goût pour les arts contemporains, le cinéma et la danse, l'amènent à rompre avec le jeu conventionnel du oud. Pionnier d'une musique arabe ouverte et créative, il est un des premiers à y intégrer des éléments de jazz, de musique indienne et méditerranéenne et à interpréter en soliste ses propres compositions.

>> À voir le portrait d'Anouar Brahem réalisé par la Télévision Suisse Romande en 2005:

 

 

 

 

 

.

 

 

Le temps des rencontres

En 1981 Anouar Brahem s'installe à Paris pour quatre ans. Il y fait dialoguer son oud avec le piano, la clarinette et les percussions, collabore avec Maurice Béjart, compose pour le cinéma et le théâtre tunisiens. En 1989, il rencontre Manfred Eicher qui lui propose d'enregistrer pour son label, ECM. C'est le début d'une longue collaboration particulièrement féconde qui voit l'oudiste s'entourer des musiciens les plus talentueux, tous genres et cultures confondus, de François Couturier à Jan Garbarek ou Richard Galliano, entre autres.

Il m’est difficile, sinon impossible, de travailler avec des musiciens qui ne sont pas des improvisateurs, même quand il s’agit de parties écrites.

Anouar Brahem
 

Fidèle à son intuition, le compositeur n'hésite jamais à changer d'instrumentation, à oser la rencontre ou l'expérience. En 1997, il signe "Thimar", en trio avec le contrebassiste Dave Holland et le saxophoniste John Surman, un chef d'oeuvre de maturité qui consacre la possible universalité du oud. En 2013, profondément ému par les événements politiques qui bouleversent son pays depuis le printemps arabe de 2011, Anouar Brahem se lance dans l'écriture pour cordes et compose la musique de "Souvenance", un double album plein de grâce, de mystère et de force dramatique qu'il enregistre avec l'Orchestra della Svizzera italiana.

Anouar Brahem, John Surman et Dave Holland, en live au Festival de Jazz de Montréal

 

Anouar Brahem joue "Souvenance", en live au Festival de Carthage

 

 

 

 

.

 

 

Crédits

Une proposition de Vincent Zanetti

Réalisation web Meili Gernet

RTS Culture

Octobre 2017