Jazz et cinéma français, une vieille idylle

A l'occasion du Festival de Cannes, retour sur la place que le cinéma français des années 1950 et 1960 a donné à la note bleue.

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Du jazz chez Louis Malle et Jean-Pierre Melville

Le film "Ascenseur pour l'échafaud" de Louis Malle, avec Maurice Ronet, Jeanne Moreau et Lino Ventura, montre les aléas du crime parfait, quand un ascenseur a la mauvaise idée de tomber en panne.

On a parlé alors d'un film de Miles Davies plus que de Louis Malle.

Maurice Ronet et Jeanne Moreau dans "Ascenseur pour l'échafaud" de Louis Malle, 1957.
Maurice Ronet et Jeanne Moreau dans "Ascenseur pour l'échafaud" de Louis Malle, 1957. [ - Nouvelle Editions / The Kobal Collection / AFP]
 

 

 

Miles Davis fut présenté par Juliette Greco au cinéaste et il improvisa avec ses musiciens en découvrant la pellicule.

Deux ans plus tard, Jean-Pierre Melville raconte l'histoire d'un délégué français à l'ONU dans le film "Deux hommes dans Manhattan", une enquête dans ce quartier de New York sur un fond de jazz assuré par Martial Solal et Christian Chevalier.

L'affiche du film "Deux hommes dans Manhattan".
L'affiche du film "Deux hommes dans Manhattan". [DR]

 

 

 

Du jazz chez Jacques Becker

L'idylle de Paris avec le jazz a débuté une première fois après la Première Guerre mondiale lorsque des soldats américains venus se battre sur le front de la Marne emportaient avec eux les premiers disques de jazz.

Et le phénomène se reproduisit après la Seconde Guerre mondiale dans les caves de Saint-Germain-des-Prés où on peut entendre du jazz joué par des noirs américains venus se réfugier en France du ségrégationnisme américain.

On y trouve de nombreux cinéastes et cinéphiles qui se réunissent autour de la figure de Claude Luter. Claude Luter qui composera la musique de "Rendez-vous de juillet", un film de Jacques Becker datant de 1949.

 

Claude Luter, clarinettiste de jazz français. Paris, 1962.
Claude Luter, clarinettiste de jazz français. Paris, 1962. [AFP]

Cinq ans après "Rendez-vous de juillet", Jacques Becker tourne un film culte pour le cinéma noir français: "Touchez pas au grisbi" qui va révéler notamment Lino Ventura et pour lequel Marc Lanjean compose une musique qui deviendra hyper-célèbre, interprétée à l'harmonica par Jean Wiéner.

 

>> À voir, la bande annonce du film "Touchez pas au grisbi":

 

 

 

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Du jazz chez Jacques Tati

Alain Romans, compositeur, a une existence pour le moins particulière. Né en Pologne en 1905, il étudie la musique à Berlin, Leipzig et à Paris auprès de Vincent d'Indy. Mais il travaille aussi avec Joséphine Baker et Django Reinhardt; voilà qui nous amène vers le jazz, ou disons un certain jazz...

C'est lui qui signe la musique de deux films de Jacques Tati, "Mon Oncle" et "Les Vacances de Monsieur Hulot" en 1953 avec cet air qui nous ramène en surface immédiatement les images du film: "Quel temps fait-il à Paris?".

>> À voir, la bande annonce du film "Les vacances de Monsieur Hulot":

 

Du jazz chez Roger Vadim

Parmi les cinéastes français qui utilisèrent le jazz dans leur film, il y a Roger Vadim par exemple pour "Sait-on jamais" avec Françoise Arnoul et Robert Hossein. Une histoire qui se passe au sein de l'aristocratie et dans un palais vénitien. On se demande ce que le jazz vient y faire et pourtant, il colle parfaitement à l'esprit du film.

C'est un jazz plus avant-gardiste que celui que nous avons entendu avec Jacques Tati. Pour "Sait-on jamais", c'est John Lewis qui est aux commandes à la tête de son Modern Jazz Quartet.

Une scène du film "Sait-on jamais" avec Françoise Arnoul et Robert Hossein.
Une scène du film "Sait-on jamais" avec Françoise Arnoul et Robert Hossein. [AFP]
 

Du jazz chez Jean-Luc Godard

On ne peut pas s'intéresser à la place du jazz dans le cinéma français sans mentionner un film de la Nouvelle Vague. Étonnement, les représentants de ce mouvement ne se sont pas vraiment intéressés au genre. Ils préféraient le classique ou une imitation du classique.

 

Il y a tout de même une exception avec Jean-Luc Godard qui s'est laissé influencer par deux films, dont "Deux hommes dans Manhattan" de Melville. Grâce à Martial Solal, Godard va donner à "A bout de souffle" une forte empreinte jazz .

L'affiche du film "À bout de souffle" de Jean-Luc Godard.
L'affiche du film "À bout de souffle" de Jean-Luc Godard. [Productions Georges de Beaureg - AFP]

Du jazz chez Bertrand Tavernier

Un exemple plus récent (tout de même vieux de trente ans déjà!): "Autour de Minuit" ("Round Midnight"), le film de Bertrand Tavernier qui raconte les années parisiennes du saxophoniste Lester Young.

Le film nous plonge dans le 5e arrondissement de Paris avec ses ambiances nocturnes peuplées de grands noms du jazz. On y entend tour à tour et parfois ensemble Herbie Hancock, Freddie Hubbard, John McLaughlin, Wayne Shorter Bobby Mac Ferrin...

>> À voir, la bande annonce du film:

 

Poussière d'étoile

>> À écouter, l'émission "Poussière d'étoile" consacrée au jazz dans le cinéma français:

Des sonorités jazz dans ce 5e concert de l'OCL.
Poussière d'étoile - Publié le 14 mai 2017
 

Crédits

Une proposition de Jean-Pierre Amann pour l'émission "Poussière d'étoile" sur Espace 2.

Réalisation web: Lara Donnet

Mai 2017

RTS Culture