Banner "The Tudors".

Décryptage d'une série culte

Publié le 18 décembre 2017 - Modifié le 15 janvier 2018

"The Tudors", la vie romancée d'Henry VIII d'Angleterre

> Véritable phénomène de société, les séries historiques ont la cote. Les meilleures d'entre elles ont été décryptées par un panel d'experts de l'Université de Genève, dans le cadre d'un programme visant à interroger notre rapport à l'histoire. Ce travail a donné lieu à un cycle de conférences intitulé "The Historians" et à une mise en image de certaines d'entre elles par la société de vidéo La Souris Verte, en coproduction avec RTS Découverte et RTS Culture, sous forme de cinq capsules de trois minutes environ.

> C'est le cas de "The Tudors", une série télévisée qui raconte de manière romancée et librement adaptée la réalité historique de la vie d'Henri VIII d'Angleterre, son règne tourmenté et ses mariages successifs. La série est une coproduction américaine, canadienne et irlandaise créée par Michael Hirst. Composée de 38 épisodes, elle a été diffusée de 2007 à 2010 sur Showtime.

> Décryptage de Nicolas Fornerod, chargé de cours suppléant à l'Institut d'histoire de la Réformation de l'Université de Genève, et Daniela Solfaroli Camillocci, Professeure associée à l'Institut d'histoire de la Réformation de l'Université de Genève.

>> A lire: Dossier "L'histoire dans les séries" sur le site de RTS Découverte

  • Références et détournements historiques

    Si elle a choisi de relater de manière très libre la vie d'Henri VIII, la série "The Tudors" est néanmoins truffée de références et d'allusions culturelles, qu'elles soient littéraires, artistiques ou de la culture populaire. Passage en revue de quelques-uns de ces clins d’oeil à la réalité historique.

    >> A voir: Capsule n°1 de "The Historians" consacrée à "The Tudors"

    TUDORS EP1
    Découverte - Publié le 30 octobre 2017

    Henri VIII, roi de la tradition populaire

    La série est écrite par un scénariste anglais, Michael Hirst, qui signe son premier travail pour la télévision. Dans les années précédentes, Michael Hirst a été le scénariste de films sur Elizabeth 1ère. Avec "The Tudors", il raconte la vie d'Henri VIII, le père d'Elizabeth.

    Les historiens considèrent qu'Henri VIII est à l'origine d'un changement qui marque la fondation des Etats modernes. Et le règne du roi à 6 femmes a joué un rôle important dans cette histoire. Henri VIII est un roi de la tradition populaire qui l'associe à une sorte de serial killer de ses femmes.

    La série dialogue avec toutes sortes de traditions culturelles, notamment avec Richard III de Shaekspeare.

  • La dramatisation du passé

    On a largement reproché à la série ses nombreux anachronismes et ses distorsions de la réalité historique. Pourquoi les auteurs ont-ils assumé des choix aussi radicaux et comment les ont-ils mis au service de la dramaturgie?

    La série a pris des libertés avec l'histoire, et il suffit d'aller sur internet pour trouver une liste d'erreurs, d'anachronismes et de libertés fictives.

    >> A voir: Capsule n°2 de "The Historians" consacrée à "The Tudors"

    TUDORS EP2
    Découverte - Publié le 30 octobre 2017
     

     

    Les avantages narratifs de la fiction

    Il est évident que la série procède par simplification narrative. La plus frappante est la scène qui ouvre la série. Une scène totalement fictive - celle de l'assassinat, par des Français, d'un oncle imaginaire d'Henri VIII - qui présente un avantage narratif: elle produit d'emblée une tension dramatique, et nous jette dans le drame que constitue la vie du roi. Cette scène permet aussi de faire l'économie d'une très longue mise en contexte.

    Ces éléments purement fictionnels sont des clins d'oeil à des événements historiquement attestés. Les anachronismes et les erreurs invitent les spectateurs à tenter de démêler le vrai du faux.

  • Le corps du roi

    La série met en scène un roi jeune au corps érotisé incarné par le ténébreux et charismatique Jonathan Rhys Meyers. Cette incarnation juvénile est aux antipodes des représentations d'Henri VIII que l'histoire retient traditionnellement. Comment ce choix iconoclaste a-t-il permis aux créateurs de la série de jouer avec nos propres codes culturels?

    >> A voir: Capsule n°3 de "The Historians" consacrée à "The Tudors"

    TUDORS EP3
    Découverte - Publié le 30 octobre 2017

     

    Un choc des représentations

    L'acteur Jonathan Rhys Meyer joue Henri VIII dans "The Tudors". Un choix étonnant, car on est très loin de l'image que l'on associe volontiers au vieil Henri VIII. La série produit un choc des représentations. L'acteur est beaucoup plus petit qu'Henri VIII, il est épilé, érotisé, et n'est pas roux. C'est un choix qui marque une rupture avec l'image que l'on associe traditionnellement au monarque.

    Le choix de Jonathan Rhys Meyer a suscité la polémique. Il n'en est pas moins réussi, dans la mesure où il nous invite à nous interroger sur nos représentations les plus figées de l'histoire.

  • Henri VIII et les femmes

    Tout au long de son règne, le souverain anglais a entretenu une relation paradoxale avec les femmes. Séducteur impénitent, Henri VIII a fait preuve d'un pragmatisme cruel envers ses épouses successives. Comment la série a-t-elle exploité la densité de sa vie affective?

    >> A voir: Capsule n°4 de "The Historians" consacrée à "The Tudors"

    TUDORS EP4
    Découverte - Publié le 30 octobre 2017

    La sexualité du roi

    Les affaires de mariages du roi ont joué et jouent un rôle central dans les discours historiques autour d'Henri VIII. Le roi, disaient les historiens, cherchait des héritiers mâles. Une quête longue et difficile. Il eut un seul héritier, le futur Edouard VI, et deux filles.

    Le vieillissement du roi n'est pas représenté dans la série à travers le vieillissement physique, mais à travers les rapports du roi au sexe. La sexualité du roi joue un rôle central dans la proposition d'une interprétation d'un roi qui est mis en échec dans sa quête d'héritier mâle.

    Le rapport du roi aux femmes et un rapport dominant/dominé. Relations intellectuelles et tensions politiques se mêlent à ces rapports à la sexualité.

  • La mis en scène de la religion

    La question religieuse a occupé une place centrale de l'époque d'Henri VIII. Les intérêts personnels du roi à ce sujet aboutiront au schisme de l'Eglise d'Angleterre et marqueront durablement l'équilibre des pouvoirs entre Eglise et Etat. Comment la série traite-t-elle cette question cruciale?

    >> A voir: Capsule n°5 de "The Historians" consacrée à "The Tudors"

    TUDORS EP5
    Découverte - Publié le 30 octobre 2017

     

    La question de la religion du roi

    La série propose un regard critique, voire négatif, de l'Eglise comme institution. En revanche, les drames du choix religieux individuel sont mis en valeur au-delà de l'appartenance confessionnelle de chaque individu. Le roi réunit les pouvoirs civils et religieux et nie la primauté du Pape. L'Eglise d'Angleterre se sépare de l'obéissance romaine.

    La question religieuse est assez bien représentée dans la série, et propose des solutions sur le plan de l'interprétation, notamment sur la question de la religion du roi. Les historiens divergent sur cette question. Henri VIII a été d'abord catholique et est devenu protestant. Il a été un roi pragmatique qui s'est limité à gérer les affaires personnelles et ecclésiastiques de son royaume. Il a été un roi soucieux du bien de son Eglise, et sensible aux idées des humanistes.

    La série représente aussi les aspects liés aux affaires internationales qui animent la question de l'Acte de Suprématie. Il y a donc beaucoup de représentations de la corruption de l'Eglise romaine et de l'Eglise d'Angleterre.

  • Crédits

    Réalisation web: Lara Donnet

    RTSCulture

    Décembre 2017