Modifié le 15 février 2017

Martin Scorsese et Mel Gibson interrogent la foi

L'affiche du film "Silence" de Martin Scorsese.
Martin Scorsese et Mel Gibson interrogent la foi catholique Nectar / 25 min. / le 08 février 2017
"Tu ne tueras point" de Mel Gibson et "Silence" de Martin Scorsese, deux films actuellement à l’affiche, questionnent de manière plutôt ambivalente la notion de foi chrétienne.

"Tu ne tueras point" de Mel Gibson raconte l’histoire vraie d’un chrétien qui refuse de porter une arme, mais tient à participer à la bataille d’Okinawa, pendant la Seconde Guerre mondiale. "Silence", de Martin Scorsese, adapté d’un roman de Shusako Endo, est le récit de deux prêtres jésuites partis au 17e siècle dans un Japon qui réprime violemment le christianisme.

Ces deux cinéastes se sont toujours intéressés à la question de la foi. Mel Gibson, chrétien affiché, avait déjà démontré toute sa ferveur avec sa "Passion du Christ". Et Martin Scorsese a hésité à devenir prêtre avant de s’orienter vers une carrière de réalisateur. De "Taxi Driver" au "Loup de Wall Street", en passant par "Raging Bull" ou "Les affranchis", Scorsese a toujours confronté ses antihéros qu'ils soient gangsters, traders ou boxeurs, au péché, à la rédemption et à la damnation.

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Des points communs

En apparence, il y a peu de liens entre les cinémas des deux réalisateurs. Et pourtant, on y trouve des points de convergence comme un goût certain et commun pour la violence exacerbée, le sang et le martyr, en particulier chez Gibson.

Il y a également quelques éléments récurrents qui sont dûs parfois au hasard, comme la présence dans les deux films, de l’acteur Andrew Garfield qui joue Desmond Doss (le chrétien pacifique de "Tu ne tueras point"), et le père Rodriguez, jésuite traversé par le doute dans "Silence".

Ces deux films posent le Japon comme antagoniste principal et poussent chacun leurs héros respectifs vers les limites de leur croyance, éprouvant leur foi dans une situation d’une brutalité extrême.

Plus que de purs films de propagande chrétienne, ils posent de vraies questions sur la nature de la foi et sur la difficulté à trouver un sens à un monde qui en paraît dépourvu.

Tous les gens qui croient en Dieu sont confrontés à un apparent silence de Dieu [...] et c'est ce sentiment d'abandon qu'aborde le film de Scorsese"

Patrick Bittar, critique cinéma pour la revue culturelle "Choisir" éditée par les Jésuites de Suisse romande
 

Traitements différents

Mel Gibson apparaît cependant plus attaché à la parole et au texte évangélique alors que Martin Scorsese, élevé dans une famille italienne très catholique, est davantage fasciné par l’imagerie religieuse et l’icône.

Tous deux soulignent la dimension christique de leur héros dans leur film, mais leur thématique n’est pas la même. "Silence" de Martin Scorsese évoque la question de l’apostasie, c’est à dire de l’abjuration publique de sa religion, tout comme la question de l’évangélisation, en l’occurrence d’un pays, le Japon, qui apparaît culturellement très éloigné du catholicisme, dans sa dimension non transcendantale.

De son côté, Mel Gibson s’intéresse à la question de la non-violence et, dans un paradoxe assez troublant, plonge tête baissée dans des scènes guerrières d’une violence inouïe tout en épousant le point de vue d’un personnage qui refuse de tuer.

Même si le film de Scorsese admet plus la notion de doute que celui de Mel Gibson, les spectateurs sont tout de même confrontés à deux visions du monde qui passent intégralement par le prisme de la foi, de Dieu et de Jésus.

Rafael Wolf/aq

 

Publié le 08 février 2017 - Modifié le 15 février 2017