Publié le 06 mars 2017

La maison du futur sera de sel et... imprimée en 3D

La maison du futur sera-t-elle en sel et imprimée en 3D?
La maison du futur sera-t-elle en sel et imprimée en 3D? [Ronald Rael - EMERGING OBJECTS]
Architectes et ingénieurs testent actuellement de nouveaux matériaux compatibles avec les imprimantes 3D. Pour les finitions de la Sagrada Familia à Barcelone, on utilise également des modèles issus de la technologie 3D.

Architectes et ingénieurs testent de nouveaux matériaux, comme par exemple le sel, pour fabriquer des éléments de construction. Ils introduisent la matière brute dans des imprimantes 3D, et il en ressort des cloisons en sciure ou encore des gobelets en peau de raisin. Ces matériaux sont compatibles avec les imprimantes 3D. Pour les finitions de la Sagrada Familia de Gaudí, à Barcelone, on utilise également des modèles issus de la technologie 3D.

Un igloo de sel

L'igloo de sel est rond et blanc, comme un igloo classique. Sauf qu'il n'est pas adapté aux conditions de l'Arctique, puisque ses blocs sont ultralégers, fins et poreux. Et ce n'est pas un hasard si ces blocs rappellent la structure géométrique des cristaux de sel. L'igloo de sel est né de l'imagination de Ronald Real, professeur d'architecture à l'Université de Californie, à Berkeley.

La région de San Francisco est grande productrice de sel. "Les matériaux traditionnels comme la boue et le bois me fascinent. Dans les régions côtières, le sel a été utilisé très tôt déjà dans la construction."

Un igloo, imprimé à partir de sel.
Un igloo, imprimé à partir de sel. [Ronald Rael - EMERGING OBJECTS]
 

Le fait que la matière première soit disponible sur place correspondait en outre parfaitement avec la philosophie de l'équipe de projet, à savoir réduire au maximum l'impact écologique.

Il ne restait plus qu'à savoir si l'on pouvait imprimer avec du sel. Eh bien, on peut. Pour autant qu'on le mélange avec de la colle. Le produit fini est léger, translucide et étanche.

>> A voir l'igloo de sel:

 

Plus de liberté, pas de brevet

Jusqu'ici, les architectes et les ingénieurs ne pouvaient guère tester en grand les possibilités de l'impression 3D. Les brevets posaient problème. "Les fabricants des imprimantes 3D exigeaient que l'on utilise une matière première particulièrement onéreuse qu'eux seuls pouvaient fournir", explique Ronald Rael.

Le sel est décanté et utilisé comme matière première pour l'impression 3D.
Le sel est décanté et utilisé comme matière première pour l'impression 3D. [Ronald Rael - EMERGING OBJECTS]
 

Lorsque 50 kg de cette matière coûtent 3000 dollars, on se limite à imprimer de petits objets. "Pas question de se risquer à utiliser ses propres matériaux, car si l'imprimante tombait en panne, la garantie devenait caduque." Aujourd'hui, bon nombre de brevets sont tombés dans le domaine public. La porte est donc grande ouverte aux expérimentations.

Le choix du matériau durable

Les architectes de l'Université de Californie sont parvenus à imprimer des cloisons en sciure et un service à thé en feuilles de thé. Dans les régions viticoles, comme dans la Nappa Valley aux portes de San Francisco, la source de peaux de raisin est quasi inépuisable. Si on les broie et les mélange avec du ciment, on peut aisément imprimer des gobelets avec la masse obtenue.

Pour l'architecte, "bien des ressources du futur existent d'ores et déjà dans nos poubelles." On teste par exemple les mélanges à base de poussière de papier, qui servent à imprimer des matériaux isolants. Les pneus sont aussi durables que le papier.

Rien qu'aux Etats-Unis, on met chaque année au rebut plus de 200 millions de pneus. Une fois conditionnés pour l'impression 3D, on peut en faire des meubles de jardin ou encore des plaques d'insonorisation.

>> A écouter l'émission de Radio SRF 2 Kultur sur les Saltygloo (à 12'30''):

 

Allier forme et fonction

En architecture, le gros avantage des imprimantes 3D a toujours été la possibilité de fabriquer des formes inhabituelles. Mark Burry, architecte à l'Université de Melbourne, travaille à l'achèvement de l'église de Gaudí, la Sagrada Familia, à Barcelone. Depuis des années, il fait imprimer les prototypes des pierres aux formes les plus originales, prototypes qui servent ensuite de modèle aux tailleurs de pierre.

>> A voir aussi:

Pour Mark Burry, si l'impression 3D est synonyme de liberté de forme, elle permet aussi d'allier forme et fonction. "J'aimerais bien savoir comment concevoir un mur peu gourmand en énergie, ou des parois périphériques absorbant l'eau tout en gardant leur esthétique."

Madeleine Amberger/mcc

Publié le 06 mars 2017