Modifié le 08 août 2018

L'émission de Sacha Baron Cohen, "Who is America?", fait polémique

L'acteur Sacha Baron Cohen, grimé en ex-colonel israélien Erran Morad dans "Who Is America?".
L'émission "Who is America?" fait polémique pour sa méthode taxée de déloyale Forum / 8 min. / le 07 août 2018
La dernière émission de Sacha Baron Cohen "Who is America?" fait polémique aux Etats-Unis. L'humoriste se grime en ancien instructeur des services secrets israéliens et piège des personnalités américaines.

L’humoriste britannique doit sa renommée aux canulars du Da Ali G Show dans les années 2000. Il incarne des personnages excentriques – le faux rappeur Ali G, le reporter kazakh Borat ou le journaliste homosexuel autrichien Brüno – et il piégeait politiques et célébrités au cours d’interviews totalement loufoques.

Dans cette nouvelle série diffusée sur la chaîne Showtime, l'humoriste propose une galérie de quatre nouveaux alter-ego. Il se grime en ancien instructeur des services secrets israéliens, le capitaine Erran Moran, il devient le conférencier en gender studies, le Dr. Nira Cain-N’Degeocello, caricature de démocrate en tee-shirt NPR (la chaîne américaine de radios de service public), il est aussi un conspirationniste alt-right, Billy Wayne Ruddick Jr., créateur du site de réinformation "Truthbrary.org", qu’il oppose à Bernie Sanders et un ancien détenu utilisant ses fluides corporels pour produire des œuvres d’art.

Il piège ainsi des personnalités américaines, comme Sarah Palin, l'ancienne colistière du Républicain John McCain, ou Bernie Sanders, candidat malheureux à l'investiture démocrate.

Des canulars censés montrer le vrai visage de l'Amérique, démasquer le racisme ou l'homophobie.

>> A voir, un extrait de l'émission:

Une méthode déloyale pour piéger des personnalités?

Matthieu Béguelin, comédien, metteur en scène et défenseur de la liberté d'expression, rappelle que la première personne à avoir dénoncé l'émission est Sarah Palin, elle-même piégée par Sacha Baron Cohen. Pour lui, la duperie et le canular font partie des ressorts de l'humour, notamment dans les médias.

Je vois mal des gens se méprendre sur la nature parodique, satirique, du projet de Sacha Baron Cohen "Who is America?". Je vois mal comment on pourrait se faire avoir.

Matthieu Béguelin, comédien et metteur en scène

Pour Matthieu Béguelin, il y a une distinction claire à faire entre information et émission humoristique: "la cible de prédilection de l'humour, c'est la bêtise. Il ne faut pas confondre le travail d'humoriste et de journaliste", ajoute-t-il au micro de la RTS.

Montrer les travers de l'Amérique

Pantalon sur les chevilles et fesses à l'air, Jason Spencer crie "Amérique, Amérique" en reculant vers un ancien instructeur des services secrets israéliens, incarné par l'humoriste. Cette scène, surréaliste, est issue de l'émission "Who is America?" diffusée sur la chaîne Showtime, lundi 23 juillet. Cet élu républicain de l'État de Georgie suit ainsi les consignes du capitaine Erran Moran, qui lui assure que les terroristes du groupe État islamique craignent d'être confrontés à un homosexuel, de peur de devenir eux-mêmes homosexuels. Suite à cette séquence, l'élu républicain a été contraint à démissionner pour avoir proféré des propos racistes.

Les idées défendues par Jason Spencer auraient sans doute pu être révélées par une enquête journalistique plutôt qu'au travers de ce canular. Mais pour Matthieu Béguelin, le rire ouvre aussi les portes de la réflexion.

Je ris à gorge déployée de ce bonhomme, et ce bonhomme a réussi à être élu. Qu'est-ce que ça dit sur notre système démocratique?

Matthieu Béguelin, comédien et metteur en scène

Propos recueillis par Chrystel Domenjoz pour l'émission "Forum"

Adaptation web: Lara Donnet

Publié le 08 août 2018 - Modifié le 08 août 2018