Modifié dimanche à 19:34

Nouvelle tribune: "Les porcs et leurs allié.e.s ont raison de s'inquiéter"

Caroline de Haas, au centre, avec le groupe féministe "Les Effrontées" en novembre 2017
Caroline de Haas, au centre, avec le groupe féministe "Les Effrontées" en novembre 2017 [Alain Jocard - AFP]
Des féministes réagissent à la tribune signée par cent femmes, dont Catherine Deneuve, pour "défendre" la "liberté d'importuner" des hommes. Elles les accusent de "refermer la chape de plomb" soulevée par l'affaire Weinstein.

"Dès que l'égalité avance, même d'un demi-millimètre, de bonnes âmes nous alertent immédiatement sur le fait qu'on risquerait de tomber dans l'excès", affirment les féministes signataires d'un texte publié sur le site francetvinfo.

Ce texte se veut une réponse à la tribune publiée mardi dans le quotidien français Le Monde par un collectif de cent femmes, dont les comédiennes Catherine Deneuve et Ingrid Caven, la journaliste Elisabeth Lévy, les écrivaines Catherine Millet et Catherine Robbe-Grillet, ainsi que Brigitte Lahaie.

Retour du puritanisme

Ces femmes s'inquiètent d'un retour du "puritanisme" après l'affaire Weinstein et la déferlante autour du hashtag #balancetonporc ou #metoo. Elles y dénoncent un féminisme victimaire, une haine des hommes et un "climat de société totalitaire".

>> Lire: Tribune cosignée par Catherine Deneuve pour la "liberté d'importuner"

"Le viol est un crime. Mais la drague insistante ou maladroite n'est pas un délit, ni la galanterie une agression machiste", écrivent-elles dans leur tribune. 

Nous défendons une liberté d’importuner, indispensable à la liberté sexuelle

Une phrase du texte publié par les cent femmes, dont Catherine Deneuve, dans une tribune publiée dans "Le Monde"

Il faut dire qu'une partie des signataires ont été du combat des années 1970 à disposer librement de leur corps et sexualité. Catherine Deneuve, notamment, avait signé le fameux manifeste des 343 salopes pour la libéralisation de l'avortement, paru en avril 1971 dans Le Nouvel Observateur.

Une gifle pour les victimes

Les réactions ne se sont pas faites attendre. Laurence Rossignol, l'ancienne ministre des Droits de l'enfance, des familles et des droits des femmes a évoqué sur les ondes de France Inter "une gifle qui ne rend service qu'aux prédateurs", tandis que l'ex-ministre Ségolène Royal regrettait que "notre grande Catherine Deneuve se soit jointe à ce texte consternant."

>> Ecouter le commentaire d'Ariane Hasler dans le 12h30:

Caroline de Haas, au centre, avec le groupe féministe "Les Effrontées" en novembre 2017
Le 12h30 - Publié le 10 janvier 2018

Mais la riposte la plus virulente provient d'un collectif de journalistes et de nombreuses militantes associatives, dont Caroline de Haas, qui ont répondu à ce texte par un autre. Elles dénoncent le mépris des victimes.

Caroline de Haas, militante féministe française.

En France, chaque jour, des centaines de milliers de femmes sont victimes de harcèlement. Des dizaines de milliers d'agressions sexuelles. Et des centaines de viols.

Caroline de Haas, militante féministe française.

Apologie du viol

Pour elles, les femmes qui ont signé la tribune du Monde "mélangent délibérément un rapport de séduction, basé sur le respect et le plaisir, avec une violence".

Affirmant que la plupart des personnalités citées dans Le Monde sont des "récidivistes en matière de défense de pédocriminels ou d'apologie du viol", les militantes féministes estiment qu'elles "utilisent une nouvelle fois leur visibilité médiatique pour banaliser les violences sexuelles" et "méprisent de fait les millions de femmes qui subissent ou ont subi ces violences".

La fin du vieux monde

"Avec ce texte, elles essayent de refermer la chape de plomb que nous avons commencé à soulever. Elles n'y arriveront pas". "Les porcs et leurs allié.e.s ont raison de s'inquiéter. Leur vieux monde est en train de disparaître", concluent les signataires qui ont rédigé leur texte en écriture inclusive, comme un marqueur de ce nouveau monde.

Marie-Claude Martin avec afp

Publié le 10 janvier 2018 - Modifié dimanche à 19:34