Sorties CD: Archive prend une direction plus sombre et moins rock
"When I close my eyes, I think of how you died, Died in me, So violently." Le dernier album d’Archive, "With Us Until You’re Dead", est à l’image de ces mots qui clôturent le premier single "Violently": dur, froid, presque sinistre.
Les guitares au second plan
Archive, qui se produira en concert à Montreux le 20 octobre prochain, ouvre l’album avec "Wiped Out", un de leurs plus beaux titres. On retrouve, lointaine, caverneuse, la voix si particulière de Pollard Berrier. Une batterie distorsionnée, des cordes et, aussi, des sonorités indus. Magie, ce chaos apparent se mue en chef-d’oeuvre.
La nouvelle recrue du collectif Archive, Holly Martin [http://archiveofficial.com/]
Suit "Interlace", titre très instrumental, moins réussi. Ensuite, "Stick Me In My Heart" prend aux tripes et le rock reprend ses droits - provisoirement - avec "Conflict".
Holly Martin, nouvelle recrue du collectif anglais, imprime sa marque sur deux titres. Dans "Violently", la chanteuse glace le sang. Plus enjouée, plus soul, sa prestation dans "Hatchet" est en revanche bien moins convaincante. L’autre chanteuse, Maria Q, n’a toutefois pas dit son dernier mot et elle le montre sur "Silent", de tendance trip-hop, et "Things Going Down", plus pop.
Avec cette neuvième galette, la bande à Danny Griffiths et Darius Keeler évolue vers un style plus électro et surtout moins rock, les guitares passant au second plan. Certains fans du collectif seront sans doute déçus. D’autres, j’en j’en suis, sont d’ores et déjà conquis.
Le clip de "Violently":
Get Well Soon, du cinéma en musique
Après deux albums largement salués par la critique, Konstantin Gropper, plus connu sous son nom de scène Get Well Soon, revient avec un nouvel opus, "The Scarlet Beast O’Seven Heads". Le génial musicien allemand est plus que jamais fidèle à son style: des compositions baroques, des orchestrations très denses, une voix de crooner nonchalant ou d’enfant de choeur et, justement, des choeurs intarissables.
Get Well Soon en concert au Rock-en-Seine, près de Paris, le 24 août 2012. [Thomas Samson - AFP]
Selon le label City Slang, l’album mêle 3227 sources d’influence. Histoire de montrer la richesse des 13 titres, qui mélangent musique de film, pop moderne, électro, classique et même bossa nova.
Parmi ces influences, le cinéma figure en bonne place. L’un des meilleurs titres de l’album a ainsi été écrit en référence à Roland Emmerich. "Roland, I Feel You" a même fait l’objet d’un clip en forme de mini-western fantastique. (à voir ci-dessous)
Parmi les autres perles, on peut citer le très 80’s "The Last Days of Rome" ou "The World’s Worst Shrine", aux sonorités latino. Côté négatif, la grandiloquence de l’ensemble peut rebuter.
Vous l’aurez compris, Get Well Soon livre un album inclassable. Un style inimitable précisément parce qu’il n’est qu’imitation, fusion et recomposition. "The Scarlet Beast", on aime! (A découvrir en live au Rocking Chair à Vevey le 6 octobre prochain)
Le clip de "Roland, I Feel You":
Oxmo Puccino, un "Roi sans carrosse"
Dans le milieu du rap hexagonal, on le surnomme le "Black Jacques Brel" pour ses textes poétiques et son souci du mot juste: 14 ans après "Opéra Puccino", Oxmo Puccino, 38 ans, sort un sixième album intitulé "Roi sans carrosse".
Oxmo Puccino lors des Victoires de la musique en 2010. [Lionel Bonaventure - AFP]
"Le mal que je n'ai pas fait" et "Parfois, avec leur ligne de guitare, sortent du lot. Et sur "Pam-Pa-Nam", Oxmo se prend pour Renaud qui fait du rap: très réussi. "La danse couchée", ode pétique à l'acte sexuelle, figure également parmi les meilleurs morceaux de l'album.
D'autre titres, en revanche, sont bien moins aboutis, comme "Les gens de 72" ou "Le sucre pimenté". Une autre version - bien meilleure - de ce dernier titre, avec notamment Orelsan et Youssoupha, a cependant été publiée par Oxmo Puccino sur YouTube. (à voir ci-dessous)
Avec "Roi sans carrosse" comme avec les précédents albums, la force de l'art d'Oxmo, davantage rap d'auteur que rap blockbuster, ne saute pas aux yeux. Mais plusieurs écoutes permettent de rendre justice au rappeur-poète.
"Le sucre pimenté", version remixée:
Didier Kottelat