Lana del Rey pas à la hauteur des attentes
09.02.2012 10:04Première étape, la jeune Lizzy Grant enregistre un CD qui révèle de réelles capacités vocales. Mais l'album reste dans les tiroirs, la blonde effacée ne convainc pas les producteurs et semble déjà promise à l'oubli.
Deuxième étape, avec l'aide d'un père millionnaire selon certains, l'Américaine de 25 ans se lance dans une opération marketing fulgurante. Elle crée le personnage de Lana del Rey, sulfureuse rousse aux lèvres définitivement trop pulpeuses et elle poste la chanson "Video Games" sur le web, un titre pop vraiment sympa, un brin vintage, où sa voix sensuelle fait merveille.
Troisième étape, deux chansons à la qualité inégale sont dévoilées pour alimenter le buzz soulevée par Lana: "Born to die", digne de la bande originale d'un James Bond, et un "Blue Jeans" vaporeux.
Un album qui joue les montagnes russes
Quinze titres qui partent un peu dans tous les sens et une déception générale. [RTS]
Quatrième étape, après six mois de mystère, il faut lever le voile. Le CD "Born to die" distille 15 titres qui ne rivalisent pas avec les premiers. Ainsi, "National Anthem" prend un virage R&B aussi inattendu que décevant, "Summertime Sadness" n'a aucun intérêt. Seul le grisant "Dark Paradise" sort quelque peu du lot.
Cinquième étape, la critique: on reproche à Lana del Rey d'avoir trompé le public et en outre de jouer les starlettes. L'icône est déjà égratignée. Surtout que ses performances dans les médias ne sont pas à la hauteur.
Sixième étape, et après? Vite écoutée, vite oubliée? Pas forcément, Lana del Rey n'en est qu'à ses débuts. La voix est là, reste une musique et des paroles trop lisses, une personnalité à affiner. Affaire à suivre...
Leonard Cohen, un bâtard en costume
De vieilles idées mais des chansons poétiques magnifiquement ciselées pour Leonard Cohen. [RTS]
"J'aime parler avec Leonard, c'est un sportif et un berger, un bâtard paresseux vivant dans un costume". Entame du nouvel album de Leonard Cohen, "Going home" sent autant l'autodérision que le bilan personnel, à 77 ans et après une longue tournée de 250 concerts.
Il faut dire que le Canadien devait renflouer les caisses après avoir été ruiné par sa manager. Mais avec 45 ans de carrière, Cohen a su utiliser ce malheur pour repartir encore grandi. Et d'offrir "Old Ideas", CD évidemment sombre et mélancolique, dépouillé et riche à la fois. Avec dix chansons minutieusement ciselées par ce vrai poète, auteur notamment du fameux "Hallelujah" il y a près de 30 ans.
Voix sombre et choeurs en contrepoids
A l'écoute de Leonard Cohen, on a envie de poser sa tasse de café et son journal, de se coucher et d'écouter. La voix caverneuse qui plonge dans le grave sans tressaillir sonne comme une autorité. Lui, le vieux sage comme il se décrit dans ce 12e album studio.
Des chansons presque parlées qui font frémir et des choeurs féminins qui rassurent servent des textes sur la mort, la croyance ou la passion. Comme dans ce "Show me the place", un hymne aux chaînes et aux servitudes de l'amour. Toutefois, à l'image de "Darkness", qui s'appesantit longuement sur un homme sans avenir, gare à la déprime!
Liz Green, une inclassable conteuse
Liz Green, un premier album surprenant mais plutôt agréable. [RTS]
Liz Green fait penser à une gentille Anglaise qui va vous offrir le thé et un gâteau. Et puis on la voit gratter sa vieille guitare avec un sourire, on prête l'oreille et... quelle voix!
L'excentrique Liz Green sort à 29 ans un très british "O Devotion", au son folk, blues ou jazz, inclassable. On est ici dans un cabaret des années 30 et là à l'avant-garde musicale. Ces jolies ballades passent sans crier gare de la douleur à l'insouciance juvénile. Ecoutez le single "Bad Medicine".
Et les paroles? Souvent sans queue ni tête et remplies d'animaux étranges! Mais cette conteuse à la voix douce et prometteuse s'en moque éperdument.
Frédéric Boillat