Titeuf a donc décidé de faire le grand saut. Sur grand écran et en 3D. Zep, son créateur-dessinateur, a mis deux ans pour aboutir à un film d’1h30 – avec un budget de 20 millions de francs. Deux histoires parallèles se croisent dans cette version cinématographique à l’esprit très proche de la version sur papier glacé: la séparation des parents de Titeuf et l’anniversaire de Nadia, la fille de ses rêves, auquel le blondinet, ô malheur, n’est pas invité. Mais on peut lui faire confiance, il trouvera un moyen de s'y rendre...
Dès les premiers plans, un constat réjouissant: graphiquement, le passage au cinéma apporte une réelle plus-value, surpassant aisément la version télévisuelle très médiocre diffusée depuis 2002. On y voit le travail méticuleux effectué par Zep, qui a tenu à contrôler le processus de création de la première à la dernière pierre. Et qui, à travers plusieurs scènes de rêves qui plongent le spectateur dans l’imaginaire de Titeuf, dépasse les contraintes de la BD pour donner une vraie dimension cinématographique à son oeuvre.
Une histoire racontée sans excès
Autre élément de satisfaction, Zep a su construire un scénario limpide sur 90 minutes sans dénaturer l'univers qu’il a construit en 10 aventures de Titeuf. Une histoire drôle et tendre racontée sans excès: Zep a résisté à la tentation du trop spectaculaire. Seul dérapage: une scène dans laquelle apparaît soudainement un autre "idole des jeunes", Johnny Hallyday. Si le dessinateur genevois a su faire bon usage de ses talents de musicien et de son réseau parisien pour la bande-son – Jean-Jacques Goldman, Alain Souchon, Francis Cabrel, Bénabar interprètent la chanson générique -, la tronche du rocker dans l’imaginaire de Titeuf, garçon de 10 ans, sonne comme un clin d’œil sympathique mais très anachronique destiné aux parents qui accompagneront leurs rejetons dans les salles.
Pour le reste, tant dans les thèmes - la conquête difficile de Nadia, la découverte des difficultés du monde adulte – que dans l’esprit – le dessin, le langage et les blagues -, Zep reste fidèle aux personnages qu’il a créés. Titeuf, ses parents, sa sœur Zizie, Nadia, Manu, Vomito, François, Jean-Claude, Madame Biglon: tous obtiennent leur quart d'heure de gloire. Les lecteurs les plus assidus reconnaîtront même plusieurs scènes cocasses tout droit sorties de la BD. Titeuf ne séduira pas les cinéphiles insensibles à son univers, mais comblera ses fans de la première heure.
Patrick Suhner
Note: le film ayant été diffusé en 2D lors de la séance de presse, nous n'avons délibérément pas porté de jugement sur l'utilisation de la 3D.