Bron et Bideau en vedette au festival du film français
15.09.2010 18:56Pour sa 6e édition, qui est parrainée par l'acteur Vincent Perez, le Festival du film français d'Helvétie annonce un total record de 33 films et 33 invités du 15 au 19 septembre. Les organisateurs biennois espèrent attirer plus de 10'000 cinéphiles, dont un tiers de germanophones, car la plupart des films sont sous-titrés expressément pour l'occasion.
Parmi les longs-métrages attendus figure en premier lieu "Cleveland contre Wall Sreet" du Vaudois Jean-Stéphane Bron, ovationné à Cannes et adoré par le public français. Le réalisateur viendra en débattre après la projection.
Le festival, dont le budget s'élève à 1,2 millions de francs, offre également 14 films en première mondiale ou européenne et 17 en première suisse. "Sauvage", de Jean-François Amiguet avec Jean-Luc Bideau, et "Les petits mouchoirs", dernière réalisation de Guillaume Canet, en font partie (voir la programmation complète sur le site du festival).
Interview du directeur du festival Christian Kellenberger
Le FFFH cherche une rencontre entre deux langues, deux sensibilités, deux cultures. [RTS]
Un festival francophone à Bienne, une sinécure à organiser dans une ville majoritairement alémanique?
Christian Kellenberger: Pas du tout, nous sommes un rendez-vous encore jeune, avec un potentiel de développement. En tant que seul festival de Suisse dédié au cinéma francophone, nous avons un positionnement clair, nous voulons contribuer à la bonne image du cinéma français, suisse et même biennois. On veut rendre ce type de films accessibles pour les deux langues et ainsi faire se rencontrer les deux sensibilités. Même si nous rencontrons un succès grandissant, nous manquons encore de tradition et de visibilité, mais nous y travaillons.
Justement, arrivez-vous à attirer l'attention du public et des médias qui ne sont pas de la région? Notamment de Zurich ou de l'Arc lémanique, pour qui Bienne est assez éloigné.
Christian Kellenberger: Il est vrai qu'au début nous n'attirions presque que des Biennois et des gens de la région. Un autre public est difficile à conquérir, surtout à Bienne. A Genève ou à Lausanne, on peine à se déplacer jusqu'ici et à Zurich c'est presque encore pire. Mais la plupart des films sont sous-titrés et on réussit à décrocher des avant-premières, ce qui nous fait gagner en renommée. Cette année, c'est le cas de "Sauvage", de Jean-François Amiguet avec Jean-Luc Bideau, une grande première mondiale.
Quelle est la place du cinéma romand dans toute cette dynamique?
Christian Kellenberger: Nous tenons à offrir une plateforme de qualité à la production suisse. Le cinéma romand vit une période exceptionnelle avec le succès de "Complices" de Frédéric Mermoud ou de "Cleveland contre Wall Street" de Jean-Stéphane Bron. Ces films prouvent à l'étranger, et notamment en France, qu'une production de qualité existe en Suisse, même s'il s'agit souvent de co-productions franco-suisses.
Et votre coup de coeur 2010?
Christian Kellenberger: C'est impossible de répondre! Mais disons "Les petits mouchoirs" de Guillaume Canet. On a eu de la peine à le faire venir, mais ce film me touche énormément.
Interview de la programmatrice Edna Epelbaum
Pouvez-vous nous en dire plus sur la programmation 2010 du festival?
Pour la programmatrice, il est important d'éliminer le cliché que tout ce qui est francophone est conçu à Paris. [RTS]
Edna Epelbaum: Nous recherchons tant la diversité que la qualité. Nous présentons ainsi quatre film récompensés cette année à Cannes (dont "Copie conforme" de Abbas Kiarostami, qui a valu un prix d'interprétation à Juliette Binoche). Nous proposons des comédies ("Donnant, donnant" d'Isabelle Mergault), de l'action ("L'avocat" de Cédric Anger), des documentaires ("Solutions locales pour un désordre global" de Coline Serreau), des films familiaux ("Oscar et la Dame rose" d'Eric-Emmanuel Schmitt) et même de la 3D ("Le voyage extraordinaire de Samy" de Ben Stassen).
Peut-on parler de regain de forme du cinéma francophone, notamment par rapport au cinéma anglophone?
Edna Epelbaum: Absolument. L'important, c'est de sortir du cliché que tout ce qui est francophone est conçu à Paris. Au contraire, les réalisateurs français tournent maintenant en Islande ou en Australie. Ils dirigent des acteurs étrangers qui s'expriment dans d'autres langues, par exemple le géorgien dans "Chantrapas" d'Otar Iosseliani. Même si certains films demeurent "classiques", tournés en France avec des acteurs français ("Les petits mouchoirs" de Guillaume Canet en est l'illustration), le cinéma francophone est devenu plus international, et donc plus visible dans le monde anglophone.
Comment vous y prenez-vous pour faire venir des films de qualité?
Edna Epelbaum: On commence à travailler au festival de Cannes, où j'ai vu 50 films, dont 35 longs métrages francophones. De là, on discute avec les distributeurs. On a de bons contacts avec eux, car ils savent que le festival peut être une bonne plateforme. On parvient même à négocier avec eux, par exemple pour repousser la date de sortie d'un film après le FFFH.
Et votre coup de coeur?
"Rubber", de Quentin Dupieux. C'est le film le plus novateur, le plus original. Il est inclassable, ni action, ni comédie, mais il attire l'attention.
Frédéric Boillat