Le défi démographique du parti républicain
"Si les latinos pouvaient aller
au-delà de leurs préjugés, ils verraient que nous faisons
attention à eux et à leurs familles". Malgré les
déclarations pleines de bonnes intentions d'Ann Romney,
l'électorat hispanique est loin d'être choyé par le parti
républicain : législation
anti-immigrés, déclarations
à l'emporte-pièce, projets de suppression du Medicare dont
dépend en majorité les populations latino et afro-américaine...
Autant de coups portés à un électorat
pourtant stratégique pour l'avenir politique américain.
En effet, pour la première fois en 2011, il y a eu plus de naissances de bébés "non blancs" aux Etats-Unis que de bébés blancs. D'ici 2050, la population latino devrait même être majoritaire. Mais si le parti démocrate a bien compris l'enjeu politique, la ligne du parti républicain reste blanche tant au niveau de sa base, de ses cadres, que de son programme.
Contre Romney mais pro-Bush
Les latinos pro-Obama [John Moore/Getty Images - AFP]
A l'heure actuelle, l'électorat latino est loin d'être acquis à
la cause républicaine. Alors qu'en 2008, ils ont voté à 67% pour
Barack Obama, en 2010, lors des mid-terms, c'est la seule frange de
l'électorat qui a renforcé le vote démocrate (à hauteur de 68%),
tandis que les chambres passaient sous l'égide des républicains.
En 2012, la tendance risque de se confirmer: les électeurs hispaniques considèrent Mitt Romney comme le candidat le moins en faveur des immigrés.
Pourtant ça n'a pas toujours été le cas. Comme le rappelle Frédérick Douzet, maître de conférence à l'Institut Français de Géopolitique, l'électorat latino a assuré la réélection de George Bush.
« En 2004, Bush a capté 40% de l'électorat latinos avec des campagnes en espagnol, clairement adressées à des électeurs religieux, qui partagent des valeurs conservatrices, explique t-elle. C'est un électorat qui aspire au rêve américain : plus il grimpe l'échelle sociale, plus ses comportements se rapprochent de ceux de l'électorat blanc ».
Rupture
Des milliers de latinos manifestent contre la réforme de la loi sur l'immigration devant le Capitol en mars 2006. [AFP]
La rupture s'opère en 2006 lors de la mise en oeuvre de la
réforme de l'immigration. La
loi Sensenbrenner réserve le même traitement aux sans-papiers
mexicains qu'aux terroristes islamistes : l'immigration
clandestine est criminalisée, le délit de solidarité institué, et
les expulsions systématisées.
La communauté latino descend dans la rue : 500'000 personnes à Los Angeles, 350'000 à Dallas et Chicago. Une rupture politique entérinée par une crise sociale : en 2009, 34% des latinos n'ont pas de couverture sociale ; 20% d'entre eux sont pauvres.
Le vote sanction ne se fait pas attendre, et s'installe comme tendance de fond.
Symboles
Sonia Sotomayor est la première personnalité d'origine hispanique à accéder à la Cour Suprême. [AFP PHOTO/ Jose CABEZAS - AFP]
« Non seulement les républicains n'ont fait aucun effort
législatif pour les latinos, mais ils ont légiféré contre eux »,
commente Pierre-Louis Rolle, rédacteur du site
d'analyses politiques Bully Pulpit.
Les républicains ont en effet radicalisé leurs politiques en votant contre la loi DREAM, qui soutient les diplômés sans papier, mais aussi en attaquant la première juge latino à la Cour Suprême, ou en applaudissant les lois anti-immigrés en Arizona.
Autant de signaux envoyés pour consolider l'assise électorale blanche.
« Leurs efforts n'ont été que symboliques. A long terme, ils risquent l'hécatombe politique », continue Rolle, énumérant les quelques élus latinos qui ont participé à la Convention républicaine à Tampa. Mais les réflexes racistes de la base enterrent les quelques mains tendues à la communauté latino.
Stratégies
Près de 13 millions de personnes sont concernées par les lois "ID". [Spencer Platt/Getty Images - AFP]
Alors plutôt que d'inclure les latinos – ce qui irait à
l'encontre de la nouvelle idéologie du parti fomentée par les
frères Koch et Paul
Ryan, les Républicains ont mis à l'oeuvre une stratégie toute
autre : empêcher les minorités de voter.
En vue des élections de 2012, une vingtaine d'Etats républicain ont modifié leur loi électorale. Pour voter, chaque citoyen devra présenter un document d'identification avec photo. Aux Etats-Unis, cela correspond au permis de conduire et au passeport.
Or, un citoyen pauvre ne va pas voyager ni posséder de voiture. Près de 11% des électeurs potentiels seraient exclus d'office, soit environ 13 millions de personnes. Et une proportion énorme de pauvres et d'électeurs issus des minorités.
L'objectif derrière ces lois : lutter contre la fraude électorale. « Or, depuis 2000, on n'a recensé que 10 cas de fraude, commente Pierre-Louis Rolle. Pour 10 personnes, on va empêcher des millions d'Américains de voter ».
Si certains Etats, comme le Texas, invalident ces "ID Laws", ils n'en dessinent pas moins le pari démographique du parti républicain : rester sur des bases blanches coûte que coûte alors que l'Amérique se colore davantage tous les jours.
Mathilde Carton