LE CONTEXTE
Dans le monde, le trafic de drogue génère un bénéfice annuel estimé à 382 milliards d'euros, soit un peu plus que le chiffre d'affaires des trois géants de l'automobile réunis: Général Motors, Ford-Toyota et Daimler-Benz-Chrysler. Qu'ils s'appellent "cartels" en Amérique du sud ou "mafias" en Turquie ou aux Balkans, une centaine de grandes familles organisées comme des trusts gèrent l'essentiel de cet argent. Seul point faible: le blanchiment de cette énorme masse d'argent illégal.
Les narcotrafiquants ont donc besoin d'intermédiaires complaisants. En dehors des paradis fiscaux (îles Caïman, Nassau, Luxembourg, etc.), la Suisse reste une des terres d'asile préférée de ces capitaux illicites. Malgré les systèmes de contrôle mis en place (compliance), l'argent provenant de la drogue, du trafic d'armes, de la traite des femmes et des dictatures les plus sanguinaires continue d'affluer par dizaines de milliards dans les coffres de très nombreuses institutions bancaires en Suisse et à l'étranger.
NOTE D'INTENTION DU REALISATEUR
LE FOND
Comment j'ai infiltré les cartels de la drogue, de F. Cattaneo [DR]
"DIRTY MONEY, l'infiltré" est tiré d'une histoire vraie, inspirée par le formidable témoignage de Fausto Cattaneo. J'ai été fasciné par certains événements qu'il a vécus et par son analyse stratégique de la situation dans laquelle il se trouve. A chaque fois, il sait faire le choix le plus judicieux pour propulser son enquête en avant. Ce sont ces principaux aspects que j'ai retenus pour écrire l'intrigue et caractériser mon protagoniste, Marc.
L'art du cinéma est aussi l'art de la tricherie et de la manipulation. Et "DIRTY MONEY, l'infiltré" repose sur ce concept dans son fond et dans sa forme. J'ai toujours été fasciné par les thrillers " intelligents" qui abordent des sujets politiques ou financiers, comme le film d'Allan Pakula sur l'affaire du Watergate, Les hommes du président ou le célèbre Chinatown, de Roman Polanski.
Dans "DIRTY MONEY, l'infiltré", aucun personnage n'est vraiment honnête. Chacun essaie de manipuler l'autre pour améliorer sa situation personnelle.
LE GENRE DU POLAR
Le polar est un genre cinématographique riche. Il permet de raconter la vie dans toute sa diversité. On peut y mettre en scène des moralités bafouées, des faits choquants, vulgaires, des tragédies, des amours. Le tout dans un cadre de suspens et de tension.
J'aime me servir d'un genre (thriller, polar) pour raconter l'histoire de mes personnages. Parce que, ce qui m'intéresse, c'est le fait qu'ils se révèlent par l'action et non seulement par les dialogues. Par leurs intuitions personnelles et leurs choix, les personnages font avancer l'intrigue et se trouvent coincés dans des situations souvent difficiles ou même dangereuses. Le "comment vont-ils s'en sortir", est l'instant intéressant où les personnages sont mis à nu et où ils doivent intégrer ce qu'ils ont appris. Là, ils peuvent grandir. Noire, obscure ou perverse, l'intrigue d'un polar se nourrit également de contraste et d'humour. Je tiens à prendre les clichés du genre à bras le corps et à les retourner sur eux-mêmes pour servir un rebondissement final inattendu qui, j'espère, fera sourire le spectateur. Il y a toujours un second degré dans les films de genre, et notamment dans le polar.
Ici, le polar devient un thriller à tiroirs avec une intrigue serrée et obsédante à forte dimension émotionnelle et romantique, entrecoupée de scènes d'action. L'intrigue policière me permet de montrer la réalité quotidienne des agents infiltrés suisses, les dangers, les tensions incroyables auxquelles ils doivent faire face avec en arrière plan les tracas administratifs incessants et les rivalités qu'ils ont à surmonter. Cette intrigue nous donne à voir des personnages divers et passionnants, dont un héros tragique, victime innocente de sa propre histoire familiale: Marc.
L'INTRIGUE POLICIERE : LE BLANCHIMENT D'ARGENT SALE
Nous avons un policier qui s'infiltre en tant qu'avocat de la haute finance dans un puissant et dangereux cartel turc qui transport plus d'une tonne d'héroïne par an vers l'Europe. Nous avons fait le choix de ne pas suivre le chemin de la drogue mais celui de l'argent. Argent sale qui doit être blanchi. Oui, dans le film nous découvrons par quel processus l'argent peut entrer en Suisse pour y être blanchi, mais nous ne nous préoccupons pas de la lourdeur liée à la complexité de ces blanchiments.
Nous avons réalisé un gros travail de documentation sur ce sujet et nous avons pris la décision de ne garder que les grandes lignes et le mécanisme des transferts d'argent. J'ai découvert rapidement que, même pour des experts financiers, le blanchiment d'argent est un vrai casse-tête sur le plan intellectuel comme sur le plan comptable. Je ne tiens donc pas à faire une démonstration de ces mécanismes, mais plutôt à raconter une histoire. Je veux montrer l'évolution émotionnelle des personnages qui sont impliqués dans ces blanchiments.
Marc Girard se cherche et se trouve, au centre du film, avançant à tâtons dans la "forêt obscure". Il ne peut s'en sortir qu'en acceptant d'être sincère et de se montrer tel qu'il est vraiment. Mais peut-il le faire?
Marc Girard a appris dès l'enfance à porter un masque. Il est devenu maître dans l'art d'endosser l'attitude adaptée à la situation. Il est le fils? Le petit-fils? Giancarlo, Patrick...
N'a-t-il pas été trop loin dans ce jeu de rôles si excitant?
N'est-ce pas devenu une drogue pour notre personnage?
Comment peut-il se retrouver? Et trouver la simplicité de l'honnêteté?
"DIRTY MONEY, l'Iinfiltré" est avant tout le voyage d'un homme qui va à sa propre rencontre.