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a propos
L'été sur Espace 2. [RTS] Charles Sigel. [RTS] Huit portraits-évocations (Welles, Ophüls, Scorsese, Renoir, Kubrick, Pasolini, Simone Signoret, Tennessee Williams): le récit de leur parcours s'entremêle aux sons de leurs films.
Cette émission s'est terminée le 24 août 2012. |
Le cinéma de l'Humeur
Charles Sigel
du lundi au vendredi de 10h00 à 11h00
lundi 2 juillet 2012Orson Welles ou la traversée du labyrinthe
Une carrière chaotique, entravée. Un cinéaste démiurge. Et humaniste. Le wonderboy d’Hollywood demeure un génie hors normes et incontrôlable.
La seule unité de son œuvre protéiforme, c’est lui-même, son regard, son mystère, son rire d’ogre. Si toute vie est un parcours, le sien reste aussi énigmatique que celui de ses personnages. Sur le même sujet
Sur les photos, il n’est jamais le même. Barbu ou glabre, mince ou corpulent, l’allure d’un vieillard ou d’un éternel enfant. Même chose pour ses films : il n’en est pas deux qui se ressemblent. Il n’y a pas de style-Welles. Regardons Citizen Kane : c’est une mosaïque de styles, de rythmes, de tons, depuis le faux-vrai (la nécrologie aux Actualités cinématographiques du début) jusqu’aux scènes de comédie (la reprise de l’Inquirer), jusqu’aux scènes shakespeariennes (tous ces vieillards…), jusqu’au merveilleux (Rosebud). Et tout se referme sur un mystère non résolu : au centre du personnage de Charles Foster Kane, une énigme. Qu’est-ce que Rosebud ? On ne le saura jamais. Blocs de mystère Kane, comme Monsieur Arkadin, comme Quinlan (de La Soif du mal), comme Charlie Amberson est un character. A la fois un personnage social, une apparence et un bloc de mystère. Une carapace et, au centre, du silence. Pas de psychologie chez Welles. En cela aussi il est shakespearien. Ses personnages sont des forces qui avancent. Le plus souvent maléfiques. Shakespeare d’abord et toujours Cette recherche d’une vérité, à jamais hors de portée, serait donc l’unité d’une œuvre qui n’en a pas. Et qui touche à tous les genres, depuis la saga américaine (La Splendeur des Amberson) jusqu’au thriller. Jusqu’au drame halluciné (Othello). Mais, à la fin de l’enquête, Welles ne porte pas de jugement. "La grande qualité de Shakespeare, dit-il, est de n’avoir jamais été partisan, ni moral, ni politique". Et il ajoute : "Quand je joue le rôle d’un personnage que je déteste, je m’efforce d’être très chevaleresque dans mon interprétation." Orson joue Et il apparaîtra comme acteur dans des dizaines de films, que sa seule apparition parfois transfigure (inoubliable silhouette surgie de l’ombre, dans la Vienne de l’après-guerre dans Le troisième homme, de Carol Reed). L’oreille autant que l’œil C’est qu’autant que du théâtre, Welles vient de la radio. Il en fut une vedette (sur CBS) avant de se lancer dans le cinéma. L’anecdote est fameuse de la panique qu’il créa, dit-on, avec son adaptation de La Guerre des Mondes, la veille d’Halloween 1938, annonçant de façon crédible le débarquement d’un OVNI et de créatures monstrueuses. La légende raconte que certains s’y laissèrent prendre. Le faux-vrai, là encore. Mais la technique n’a qu’un rôle secondaire. Avant elle, il y a les acteurs (fidélité à Joseph Cotten ou Everett Sloane) et les personnages. La traversée du labyrinthe En ce sens, si beaucoup de ses films prennent l’allure d’un procès (voir son adaptation du Procès de Kafka), c’est au sens étymologique d’épreuve : traversée d’un labyrinthe, exploration d’une énigme. Bâtons dans les roues Le wonderboy était à mille lieues des normes des studios. Qui, par exemple, pour contrer La dame de Shanghai lancèrent en même temps Gilda avec la même Rita Hayworth, mais plus conforme à son image glamour. Welles, qui avait si fort le sens du tragique (toute vie est une tragédie) avait aussi, tel Shakespeare, un rire énorme. D’ogre et d’enfant. On ne peut s’empêcher d’évoquer la phrase de Macbeth : La vie est une histoire pleine de bruit et de fureur, racontée par un idiot et qui ne veut rien dire. A lire
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