"Même disparue, ma grand-mère est comme un tissu rêche". Elias a la trentaine démotivée. Au début du récit, il apprend que sa grand-mère s’est suicidée, le jour de Yom Kippour, le jour du Grand Pardon ! La corvée des funérailles lui incombe malgré lui. Trois, quatre jours tout au plus. Le temps de mettre l’urne en terre. Bien assez de temps pour convoquer les nombreux fantômes qui rôdent autour du cadavre. Assez de temps pour boucler un roman.
Samuel Doux réussit ici un tour de force. Son récit tourne autour d’Elias, Elias pour qui le temps se dilate. Elias que l’on suit quasiment en temps réel dans le combat qu’il mène contre sa famille, pour se dépêtrer du poids du passé.
Hors de lui, acculé, Elias convoque les acteurs du passé. Les voix de ses aïeux se mêlent à la sienne.
Marionnettiste talentueux, l’auteur de Dieu n’est même pas mort porte ces voix et s’en sert pour revisiter un siècle d’histoire juive. Depuis l’occupation russe de la Pologne, en passant par les deux guerres, il laisse même filtrer le vent de Mai 68.
Samuel Doux est réalisateur de documentaires et de fictions.
Par : Marlène Métrailler
Lecture : Guillaume Prin
A lire : Samuel Doux : Dieu n’est même pas mort, Editions Julliard