"D’où me viendra le secours?", interroge le psalmiste dans la Bible. Une question que l’être humain semble s’être posée de tout temps, et à laquelle les religions ont apporté des réponses diverses. Mais dans toutes ces approches, la dimension de l’altérité est déterminante. Et si la thématique du salut paraît des plus religieuses, elle reste on ne peut plus humaine, au risque de paraître terre à terre, tant le quotidien de l’être humain est empreint de ruptures existentielles et de grandes catastrophes.
"Faire son salut" reste donc une question à la fois d’actualité et problématique, en tout cas dans nos sociétés occidentales sécularisées, issues du christianisme. Dans les Églises et parmi les théologiens, le salut par les œuvres ou le salut comme grâce a largement nourri les débats. Mais la question de savoir si l’on peut se sauver soi-même ou si l’on reçoit le salut d’autrui n’agite pas que les milieux religieux.
Jean-Paul Sartre faisait ainsi dire à l’un de ses personnages de théâtre que "l’enfer c’est les autres", pour interroger l’altérité comme condition de toute liberté, de tout salut. Dans un temps où l’individualisme et le désir de guérison semblent prédominer, il y a de quoi se demander si l’homme moderne se soustrait réellement à l’attente d’un salut ou d’un sauveur.
"A vue d’esprit" propose une semaine de réflexion sur le salut, l’altérité et l’identité, avec deux philosophes. La première, Nathalie Sarthou-Lajus, est rédactrice en chef adjointe de la revue "Études". Elle a récemment publié un ouvrage intitulé "Sauver nos vies". Un essai dans lequel elle propose une réflexion sur le salut née d’une expérience intime de rupture avec autrui. Ses ouvrages précédents s’intéressaient à la question de la dette et de la culpabilité.
Le second, Pierre-André Stucki, a été professeur de philosophie à Lausanne et Neuchâtel. Il a publié de nombreux ouvrages, dont "La promesse de la liberté", qui explore les positions protestantes de Soeren Kierkegaard et Rudolf Bultmann. Son dernier ouvrage, "Les ruines de la chrétienté", se veut une visite guidée dans les décombres du christianisme, pour réveiller l’indignation contre un aplatissement à vaste échelle des valeurs par la statistique et l’économie.
"Sauver nos vies"
La philosophe française Nathalie Sarthou-Lajus a récemment publié "Sauver nos vies", un essai à la fois personnel et universel. Elle y entrecroise en effet des paroles intimes, nées d’une rupture sentimentale, et des réflexions philosophiques, nourries de spiritualité. Si son entreprise part d’une situation personnelle, elle propose une réflexion du salut bien au-delà. Elle y défend la dimension relationnelle du salut, dans un temps où le désir du salut se comprend peut-être d’abord comme un désir de guérison, une obsession du bien-être.