Emission du 02 février 2006

Un fonctionnaire, ça s'achète !

Des visas vendus sous la table, des chantiers attribués contre monnaie sonnante et trébuchante ou encore des militaires soupçonnés de favoritisme... Alors qu'elle fut longtemps un véritable tabou national, voilà que la corruption sévit aussi en terre helvétique. Plusieurs affaires révèlent que la Suisse n'est pas à l'abri de fonctionnaires peu scrupuleux qui utilisent leur position privilégiée pour obtenir des avantages. Temps Présent a enquêté sur ce terrain miné et silencieux.

En 2005, une polémique retentissante a entouré l'achat de 20 nouveaux hélicoptères Eurocopter par l'armée suisse. Diverses zones d'ombre dans la procédure de sélection et son inhabituelle rapidité avaient amené le conseil national à bloquer cet achat, au grand dam du ministre de la défense Samuel Schmid et d'Armasuisse, la centrale d'achat de l'armée. Ce blocage avait fait couler beaucoup d'encre et soulevé divers soupçons de corruption. Une corruption qui se serait immiscée jusqu'à l'EPFL. L'école polytechnique de Lausanne a découvre en 2003 que son responsable des installations techniques aurait mandaté des amis entrepreneurs en échange de pots de vin, une pratique qui aurait duré près de 17 ans ! L'EPFL a porté plainte pénale contre son ancien fonctionnaire et le procès débute le 30 janvier à Bellinzone devant le tribunal pénal fédéral. Ou encore le cas de Reto Meyer, ancien directeur du CRB - le Centre suisse d'études pour la rationalisation de la construction – qui, ayant suspecté des pratiques frauduleuses au sein de l'entreprise et exigeant des éclaircissements, s'est vu désavoué par son conseil d'administration puis licencié. Un exemple qui met le doigt sur le manque de protection de ceux qu'on appelle les « whistle blowers », les personnes qui tirent la sonnette d'alarme et qui mettent généralement leur propre situation en danger. Difficile de parler de corruption en Suisse, car le sujet est un des derniers tabous de notre pays. Pourtant, une vaste recherche menée par Nicolas Quéloz, LE spécialiste de la corruption en Suisse, établit que le phénomène existe bel est bien, même s'il est impossible d'en connaître la véritable ampleur. Tout au long du reportage, Nicolas Quéloz, ainsi que plusieurs autres intervenants – témoins, personnalités politiques, policiers et autorités pénales – permettent de décortiquer l'obscur processus de la corruption.

Générique

Un reportage de Françoise Chuard et Christian Fargues Images : Walter Hug Son : Beat Lambert Montage : Patrick Guignet

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