Emission du 18 novembre 2004

Justice sous hypnose

Au départ, il y a un sordide fait divers, une femme violée par deux inconnus. Mais pour la justice suisse, c'est une première : la victime a retrouvé le visage de ses agresseurs avec l'aide de l'hypnose. Cette technique est-elle fiable dans ce cas ? Un jeune homme clame son innocence depuis des années, mais la victime est convaincue de l'avoir identifié. Tous deux témoignent pour la première fois à visage découvert.

En 1995, Madame R. est agressée par deux hommes. Ils lui dérobent son argent, puis la traînent dans des fourrés pour la violer. Anéantie par ce drame, cette mère de famille s'enfermera dans le silence le plus complet trois années durant. En 1998, elle décide de porter plainte, mais est bien incapable de faire un description des deux agresseurs.



C'est alors que se produit un fait nouveau : lors d'une séance d'h ypnose qu'elle suit régulièrement chez son psychologue, Madame R. est parvenue à se remémorer le visage des deux hommes. Elle se rend à nouveau à la police et permet de constituer deux portraits-robots au moyen desquels les inspecteurs pensent reconnaître un dénommé Sala, soupçonné jusqu'ici de petits délits. Malgré des preuves lacunaires, et sur la base de la seule « certitude » de la victime, cet homme sera accusé de viol avec une de ses connaissances. Tous deux seront condamnés à 4 ans de prison.



Comme si cette histoire ne devait pas en rester là, les avocats des deux hommes font recours au Tribunal fédéral. Ce dernier casse le jugement, mais étrangement n'acquitte qu'un seul des deux prévenus. Sala, a l'incompréhension générale, se retrouve en prison. Il purge aujourd'hui encore sa peine.



Ce reportage de Temps Présent pose deux question fondamentales : quel crédit la justice peut-elle donner au témoignage sous hypnose, d'une part, et pourquoi, dans le cas de deux hommes sur lesquels le dossier de l'accusation est pratiquement identique, le tribunal fédéral rend-t-elle deux jugements différents ? N'a-t-on pas bafoué la présomption d'innocence, le fondement même de notre système judiciaire ? A vous de vous forger votre opinion.

Générique

Un reportage de José Roy Image : Didier Charton Son : Dominique Brandt Montage : Roland Joseph

  • Sur ce thème