Emission du 08 décembre 2011

Derrière le mur, l’Eldorado

C’est un projet fou : construire un mur long de 12 kilomètres entre la Grèce et la Turquie, afin de stopper l’exode des migrants vers l’Europe. Comme aux frontières des Etats-Unis et du Mexique, l’Europe se blinde. C’est qu’ici, aux confins de l’espace Schengen, près de 9 migrants sur 10 entrent illégalement en Europe, par voie terrestre. Et chaque jour, aidés par des passeurs, enfants, femmes et hommes venus d’Afrique et d’Asie arrivent en Grèce, avant d’être entassés dans des centres de rétention, bien loin du « paradis européen » tant convoité.

Dans le nord-est de la Grèce, aux confins de l’espace Schengen, se joue une tragique partie de cache-cache. Dès l’aube, comme surgis de nulle part, de jeunes hommes, et même des femmes avec enfants, passent illégalement la frontière gréco-turque. Ils fuient la guerre ou la misère, venant d’Asie, du Proche-Orient ou d’Afrique. Tous sont portés par le même rêve : obtenir une vie meilleure, quelque part en Europe.

Sur dix migrants arrivés en Europe, neuf ont emprunté ce chemin, guidés par de puissantes organisations de passeurs.

A leur arrivée, ils se trouvent confrontés à la police grecque et à Frontex, l’agence européenne de gardes-frontières, venue à la rescousse d’une Grèce dépassée par l’ampleur du phénomène et en butte à l’une des pires crises économiques de son histoire.

Certains sont arrêtés, d’autres se livrent d’eux-mêmes à la police. Ils sont ensuite entassés, parfois jusqu’à 6 mois, dans des centres de rétention unanimement critiqués par les ONG, tant les conditions de vie y sont mauvaises. Nourriture parfois insuffisante, hygiène déplorable, transmission de maladies et durées injustifiées de détention ont valu à la Grèce une condamnation de la Cour européenne des droits de l’Homme.

Pour décourager la migration illégale, l’Etat a donc décidé d’ériger, d’ici fin 2011, un mur. Cette barrière anti-migrants devrait couvrir une portion terrestre de 12 kilomètres et demi, sur les 160 marquant la frontière avec la Turquie, constituée par le fleuve Evros. Souhaité par les uns, jugé choquant ou inutile, car facilement contournable, par les autres, le mur n’apparaît guère comme une solution durable à un problème global appelant des résolutions d’ordre politique et une amélioration des conditions de vie dans les pays de provenance des migrants.

Rediffusion le vendredi 9 décembre 2011 à 1h20 et le lundi 12 décembre 2011 à 15h sur TSR2.

Générique

Un reportage de Marie-Laure Widmer Baggiolini et Jean-Daniel Bohnenblust Image : Jeanne Gerster Son : Philippe Combes Montage : Roland Joseph

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