Suite miraculeuse du reportage "Migrants sur la route de l'enfer"

La jeune femme retenue dans des conditions indicibles par les trafiquants libyens et qui appelait à l’aide dans notre reportage vient d’atteindre l’Italie. Elle a pu échapper à ses ravisseurs et a été sauvée en mer par la marine italienne.

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Un appel au secours inquiétant

C’est à Agadez, ville nigérienne aux portes du Sahara où transitent les migrants en route pour l’Europe, que nous avons entendu parler d’elle pour la première fois.

Voyant notre équipement de télévision, un homme dont nous ne pouvons pas donner le nom pour des questions de sécurité s’est approché de nous, paniqué. Il nous raconte que son amie a pris la route de l’Europe, via la Libye, il y a deux mois, qu’il vient de recevoir un message d’elle sur whatsapp et qu’il faut absolument que nous l’écoutions.

"Migrants sur la route de l'enfer", la suite
Temps Présent - Publié le 22 mars 2018

Un témoignage glaçant

La voix de la femme résonne dans nos oreilles, ce qu’elle dit est abominable. Elle a été faite prisonnière par des trafiquants, un groupe de Nigérians et de Libyens qui kidnappent les migrants en route pour l’Europe, les torturent et envoient leurs messages enregistrés à leur famille pour obtenir rançon.

Une situation désespérée?

Trois semaines plus tard, nous débarquons à Tripoli pour poursuivre notre reportage. Sa voix occupe notre esprit. Nous aimerions pouvoir la localiser et l’aider. Nous informons le HCR de sa situation. L’organisation nous informe que n’étant pas détenue dans des centres de détention « officiels » tenus par le gouvernement de Tripoli, la situation de cette femme est désespérée. Ni le HCR, ni l’OIM, l’Organisation internationale pour les migrations, n’a accès à ces centres.

Des semaines d'inquiétude intenables

Grâce à des contacts, nous sommes en mesure de parler à la jeune femme par téléphone. Elle est paniquée. Sa famille n’a pas d’argent pour payer la rançon. Elle est convaincue qu’elle va être vendue à des proxénètes. Elle pense qu’elle ne reverra jamais ses enfants restés au Cameroun.

Depuis, nous sommes restés en contact avec son ami à Agadez et avons fait tout notre possible pour l’aider. En février, nous apprenons que sa famille a versé 250 Euros aux ravisseurs et qu’elle va être libérée. Mais elle ne l’est pas : comme souvent, les trafiquants ne relâchent pas ceux qui paient une rançon dans l’espoir de recevoir encore plus d’argent.

Fin mars, nous apprenons qu’elle a enfin été relâchée. Les trafiquants l’ont remise en mains d’autres criminels qui entassent les migrants sur des bateaux pneumatiques de fortunes qui n’ont pour ainsi dire aucune chance d’atteindre l’Europe.

Suivent des semaines d’inquiétude pour sa famille et son ami à Agadez. Soutenus par les pays européens, les gardes-côtes libyens interceptent les embarcations remplies de migrants et les renvoient en prison ou les revendent aux trafiquants. De nombreux migrants se noient.

Un sauvetage miraculeux

Vendredi dernier, alors qu’il pensait que tout était perdu, l’ami de la jeune femme à Agadez a reçu un appel d’Italie. Son amie venait d’arriver à Nâples. Miraculée, elle a échappé à la noyade. Alors même que le bateau Aquarius de SOS Méditerranée était interdit d’entrée en Italie et faisait route vers Valence, Espagne, elle a été sauvée par la marine italienne en compagnie de dizaines compagnons d’infortune.

La jeune femme se trouve désormais dans un camp pour requérant d’asile. Elle devra attendre des mois avant que sa situation légale soit tranchée par les autorités italiennes et il y a bien des chances, après son effroyable périple, d’être renvoyée chez elle au Cameroun.

Mais au moins, elle a eu la vie sauve. Et c’est un miracle.

Pour revoir l'entier du reportage >>>

Migrants sur la route de l'enfer
Temps Présent - Publié le 22 mars 2018

Un reportage de Xavier Nicol et Anne-Frédérique Widmann