Au petit matin, discrètement, devant certaines stations services de Lausanne ou de Genève, des travailleurs clandestins sont engagés au jour le jour par des patrons indélicats venus recruter de la main-d’œuvre très bon marché. Leur destination : les chantiers de Suisse romande. Temps Présent a enquêté sur ces nouveaux forçats de la construction, exploités et entassés par dizaines dans des studios en ville.
Leurs conditions de travail et de vie sont indignes de la Suisse : ces travailleurs de l’ombre vivent souvent à 5 ou 6 dans un studio minable, dorment à même le sol et sont renvoyés sèchement quand ils se blessent ou sont malades. Ces ouvriers sur appel sont engagés au jour le jour, réunis au petit matin devant une station service où des patrons viennent «choisir» leur main-d’œuvre bon marché en fonction de leurs besoins. Cela se passe tous les jours en Suisse romande dans des dizaines de «points de ramassage» différents. Payés deux à trois fois moins que les salariés réguliers, au noir, sans couverture sociale, ces nouveaux «damnés de la terre» du XXIe siècle sont de plus en plus demandés. En particulier, dans des métiers comme la plâtrerie-peinture, le ferraillage ou le coffrage.
Ce système repose sur l’existence d’une multitude de petites sociétés de sous-traitance, qui apparaissent et disparaissent selon les aléas de la conjoncture. Elles obtiennent des marchés en cassant les prix; car elles sous-paient leurs travailleurs et ne s’acquittent pas des cotisations sociales. Chaque année, quelque 100 millions de francs de prélèvements sociaux disparaissent ainsi en fumée. Mais ce business profite à de nombreux acteurs de la construction.
Ce reportage spectaculaire a mené l’équipe de Temps Présent au bout des filières de la «sous-traitance sauvage», jusqu’au Kosovo.
Rediffusion le vendredi 13 mai 2011 à 0h20 et le lundi 16 mai 2011 à 15h40 sur TSR2.
Générique
Un reportage de Pietro Boschetti et Gérard Louvin
Image : Jacques Mahrer Son : Giovanni Del Gaudio Montage : Patrick Guignet