Emission du 30 avril 2011

Sourds et fiers de l'être

Lorsqu’en 1950, Louis Gaudin, un Sourd natif de la commune d’Ayent en Valais, épouse Esther, une jeune Sourde de son village, le couple ne peut se douter que leur surdité va se transmettre de père en fils jusqu’à la quatrième génération actuelle. En 2011, leur arrière petit-fils Lorcan a trois ans et demi et il est sourd lui aussi.

Et comme Louis et Esther avaient chacun plusieurs frères et sœurs sourds qui ont eu à leur tour des descendants frappés du même handicap, il n’est pas étonnant que la Langue des signes soit la langue naturelle de la grande famille Gaudin.

Pour l’émission SIGNES, plusieurs membres de cette dynastie, Sourds et entendants confondus, ont accepté de se rassembler autour de la raclette et de nous livrer des témoignages concernant leur passé et leur sentiment d’identité.

Rolande, Rémy et Nadine, Aline, Fabrice et sa femme Nicky, les cousines Mireille, Christine et Marie-Paule, Jocelyne et Céline :  tous, ils racontent à leur manière la façon dont ils perçoivent et vivent la surdité, la leur ou celle de leur parent. Et ils font part d’un sentiment largement incompréhensible pour les entendants : la fierté d’être Sourd et même le désir d’avoir un enfant sourd.

Cette fierté, exprimée le plus naturellement du monde, peut paraître surprenante. Mais lorsque l’on prend le temps d’y réfléchir, elle finit par renvoyer tous ceux qui sont nés avec des oreilles entendantes  vers le questionnement de l’image du handicap. Comment peut-on être Sourd et fier de l’être ? À travers le portrait de la famille Gaudin sur plus d’un demi siècle, SIGNES propose de retracer un pan de la vie des Sourds de ce pays.

 

LA FAMILLE GAUDIN

Après leur mariage en 1950, Esther et Louis GAUDIN eurent en tout quatre enfants, tous sourds. C’est le début d’une lignée de Sourds qui s’étend aujourd’hui sur quatre générations. Une famille où la langue, les valeurs, une certaine culture sourde se transmettent de génération en génération. Et surtout, une grande fierté de défendre l’identité sourde. S’il y a bien sûr aussi des entendants dans cette famille, la langue naturelle est bien la Langue des signes.

Esther et Louis GAUDIN en 1950 [DR] Esther et Louis GAUDIN en 1950 [DR]  

Esther et Louis et leurs trois enfants [DR] Esther et Louis et leurs trois enfants [DR]  

 

LA COMMUNE D’AYENT, VS

Niché sur le flanc droit de la vallée du Rhône, la commune d’Ayent a depuis longtemps compté de nombreux Sourds. Leur présence est attestée depuis le 17e siècle et a suscité beaucoup de curiosité. Juste après la Seconde Guerre Mondiale, on dénombrait 3% de Sourds dans la commune, soit 30 fois plus que dans le reste du pays.

Consanguinité, causes génétiques ? On ne sait pas trop bien, mais pour Rolande, la quatrième fille sourde du couple Gaudin, les mariages inter-familiaux avaient pour but d’empêcher le morcellement des terres lors des héritages.

En famille [DR] En famille [DR]

La commune d'Ayent [DR] La commune d'Ayent [DR]

 

L’EDUCATION DE LORCAN

Lorcan a trois ans et demi. Il est sourd et représente la quatrième génération de Sourds de la famille. Ses parents, Nicky et Fabrice, déplorent la pression des médecins pour la pose d’un implant cochléaire sur leur fils, une technique qui permet aujourd’hui de réparer en partie  l'ouïe déficiente. Pour eux, la surdité de Lorcan est une fierté et représente tout sauf un handicap. Mais l'inquiétude plane sur l'avenir car la majorité des enfants sourds est déjà  implantée.

Lorcan sera-t-il un des derniers Sourds ?

Quatre générations [DR] Quatre générations [DR]  

Rolande et ses élèves sourds [DR] Rolande et ses élèves sourds [DR]  

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