Emission du 04 octobre 2011

Vidéo à la demande: un film chez soi, trop cher?

Regarder un film chez soi demande une certaine faculté d’adaptation. Après la VHS et le DVD arrive la VOD, ou "vidéo à la demande". Les films se louent et se téléchargent directement sur Internet. Mais l'offre est parfois maigre en comparaison du prix des abonnements.

Comment on est passé du ciné au canapé

Avec l’Internet à haut débit, la VoD pour «Video on Demand», explose sur le Web. Il est désormais possible de télécharger des films directement depuis son canapé. Ce marché représenterait pas moins de 4 millards et demi de dollars au niveau mondial. Les fournisseurs de contenus fleurissent en Suisse avec des offres très différentes.

Il y a 30 ans, pour se plonger dans l’enfer d’Apocalypse Now, le spectateur n’avait pas le choix. Il devait se rendre dans les salles obscures. C’était l’ère des bobines et du grand écran.

La VHS, un objet historique [DR] La VHS, un objet historique [DR] Dans les années 80, la cassette VHS fait son apparition. Une révolution pour les cinéphiles dont se souvient le réalisateur Xavier Nicole, un fan de la première heure: « C’était la première fois qu’on pouvait avoir un film chez soi sans avoir beaucoup de matériel.» Sa passion l’a poussé à se procurer cette œuvre dans un grand nombre de formats: « C’est un film que j’ai toujours adoré. Et évidemment, on veut toujours l’avoir sur le meilleur support possible.»

Résultat, depuis 20 ans, Apocalypse Now se décline chez lui  sous tous les formats possibles, même les plus surprenants. Comme, par exemple, le laser disc, l’ancêtre du DVD: « C’était encore pas la panacée, parce qu’on mettait 30 minutes par face. Mais ça a été la venue du son multicanal.»

De bonne qualité et pratique à ranger, le DVD arrive au milieu des années 90 et envahit le marché. Il est rapidement suivi par son cousin haut de gamme, le Blue Ray. Ce nouveau support est « jusqu’à présent le seul moyen de voir de la vraie haute définition à la maison.»

Ultime révolution : la dématérialisation. Le support laisse place au virtuel. Aujourd’hui, pour voir le chef-d’œuvre de Coppola, il suffit d’un clic. On peut visionner le film en direct ou le télécharger sur le support de son choix. Une révolution rendue possible par le développement d’Internet, selon Xavier Nicole: « Ce qui a tout changé, c’est l’internet à haut débit. C’est la grosseur des tuyaux par lesquels passent les données. Internet arrive chez vous comme l’électricité ou l’eau courante. Vous avez juste à ouvrir votre robinet et vous avez votre film.»

Une bande annonce sur youtube, un clip sur facebook, un match ou un journal télévisé sur un site d’info: la vidéo a envahi le net. Et entraîné une nouvelle façon de consommer le 7 art.

Stéphane Laurenceau est spécialiste multimédia sur couleur 3. Il connaît bien le monde virtuel de la VoD: « Concrètement, on oublie le vidéoclub. Au lieu d’aller prendre l’étiquette, aller voir le vendeur et de prendre votre film, vous êtes chez vous, le vendeur il est là. Vous vous connectez avec votre box. Avec un large choix, et  là on regarde toutes les nouveautés du vidéo-club ou tout ce que le vidéoclub a en stock. C’est en réalité un vidéoclub dématérialisé. »

Stéphane Laurenceau nous explique comment cela fonctionne: « Alors une télécommande jusque-là rien d’anormal. Si ce n’est qu’au lieu d’avoir un lecteur DVD ou un magnétoscope, on a un boîtier connecté à Internet et qui va directement se connecter sur le serveur du prestataire de service. Ce dernier  a son catalogue et il va proposer ce qu’il a à nous vendre.»

« J’appuie sur le catalogue VOD. Je clique dessus et il me propose toute la sélection : les nouveautés, la Haute définition, les promos, le box office… On va aller voir sur le discours d’un roi. Un très bon film.»

D’un clic, il ne reste plus qu’à louer le film pour 24 à 48 heures. Selon les opérateurs, il vous en coûtera entre 4 CHF 90 et 8 CHF 40 pour cette nouveauté. Somme à laquelle il faut ajouter le prix du boîtier : une centaine de CHF, ou un abonnement mensuel.

Ils sont près d’une dizaine à s’être lancés sur le marché helvétique à l’instar de Swiss TV, Orange,  DVDfly, ou encore le géant américain Apple. Et les offres varient beaucoup, selon Stéphane Laurenceau: « C’est pas simple. Et si l’on compare les résultats entre différentes box, c’est très parlant. Il y a  des films sur Swisscom, mais pas sur Swiss TV et vice et versa. Le souci, c’est qu’il va falloir choisir son enseigne. On voit qu’il y a un tronc commun, de tout ce qui est gros blockbuster cinématographique, en revanche tout ce qui est un peu spécifique, il faut bien se renseigner car on ne trouve pas la même offre partout, sur tous ces appareils.»

Patrick Savary est un cinéphile averti. Pour lui, le cinéma se consomme en  haute définition, avec un son parfait et si possible en version originale. C’est donc tout naturellement qu’il s’est intéressé à la vidéo à la demande : « La VOD, au départ, c’était surtout pour être hors schéma pirate. Bêtement, c’était juste de dire que le cinéma est un art, donc que ça se paie. Mon idée dans ce sens-là était plutôt de me tourner vers le côté payant de la chose.»

Patrick a testé  plusieurs boîtiers disponibles en Suisse. Très vite il a déchanté. Il nous fait une démonstration avec le système VOD Acetrax intégré à son téléviseur : «On a un choix de films qui est disponible à des prix relativement raisonnables. C’est toujours des blockbusters très moyens, même zéros. Très souvent, si on sélectionne le film, il est à 5 CHF 90, mais il est en allemand. Il est pas en HD, il n’y a pas de sous-titres… Il n’y a rien. Bref, le choix est complètement limité et la qualité d’image franchement pas terrible sur ce type d’application. Dans le cas des box, le choix est généralement meilleur. Mais là encore, le choix reste très limité et est très branché suisse-allemand.»

Comme beaucoup, de guerre lasse,  Patrick a donc opté pour le système D. Pour regarder ses films préférés, il a quitté le marché suisse et se fournit en VOD chez Apple aux Etats Unis et en France. 

« Donc il faut trouver des astuces pour arriver à ce que l’on veut légalement. Le  problème du consommateur, c’est comme la musique il y a 10 ans, tout le monde a sauté sur le piratage. Et on se retrouve dans cette même situation. Ils font les mêmes erreurs. Quand on veut un film, il n’est pas disponible chez un éditeur, il est disponible chez un autre provider. Mais là il ne sera pas disponible en version française partout. En fait, c’est la jungle du marché et il n’y a jamais rien de ce que l’on désire.»

Des offres bien différentes [DR] Des offres bien différentes [DR] Même constat désabusé pour Stéphane Laurenceau. En Suisse, le catalogue des films est plutôt mince et pour les francophones, c’est franchement pas la joie. «Prenons l’exemple de « Bienvenue chez les Ch’tis » Je clique dessus. Donc là, je peux le louer à 3 CHF 40 en allemand, sans sous-titres ou l’acheter 12 CHF 90 en allemand sans sous titres. Ou alors je peux sortir de chez moi et l’acheter en magasin en promotion à 10 CHF ! » Un exemple que Stéphane Laurenceau juge édifiant: « C’est un  très bon exemple. On est en Suisse romande, on veut un film francophone et  voir qu’il n’y a que la version allemande de disponible. On voit tout de suite où vont les préférences, vers quel public en tout cas, à savoir le plus nombreux.»

Et des aberrations comme celle-ci sont nombreuses. Que dire des prix pratiqués? Pour Stéphane Laurenceau, ils sont encore bien trop élevés: «  Dès lors où il n’y a plus de support physique, plus de boîte, plus de frais d’expédition, plus de frais de loyer, je ne comprends pas pourquoi les produits sont encore aussi chers… ! » Peut-être parce que tout le monde veut sa part du gâteau. Un constat que fait Stéphane Laurenceau : « On parle de l’industrie du cinéma. Il ne faut pas oublier que dans industrie du cinéma, il  y a cinéma, culture, mais il y a aussi  industrie, argent. Et voilà, ils veulent faire de l’argent, ces gens-là.»

Des problèmes de langue, de choix, de prix: une situation qui a découragé Stéphane Laurenceau, pour qui la VOD a pour le moment montré plus de faiblesses que de qualités: « Moi, typiquement, je n’ai pas envie d’entrer ma carte de crédit dans ce genre d’appareil. Parce que j’ai le sentiment d’être comme de la viande hachée qu’on fait passer dans un hachoir où, in fine, on se moque un peu de nous. Et on se moque surtout de savoir ce dont on a vraiment envie. Ce dont on a vraiment besoin. C’est sur le marché de niche qu’on pourra faire la différence. Si c’est pour trouver la même chose que partout ailleurs, je vois pas vraiment l’intérêt. »

Opérateurs VoD : les test

Vidéo à la demande: le test 

Les opérateurs VoD se multiplient en Suisse et avec eux l’offre disponible pour les consommateurs. Et les offres varient beaucoup. Mais il faut dire qu’il est très difficile d’évaluer exactement le nombre de films disponible chez chaque fournisseur. Certains comptent le même film plusieurs fois, suivant la langue ou la qualité de la version, HD ou pas. Pour notre comparaison, nous précisons que les prix que nous allons mentionner ne valent que pour la location des films et non l’achat, que certains fournisseurs proposent également.

Swisscom TV Basic [DR] Swisscom TV Basic [DR] Parmi les 1750 films en français, il y a des documentaires, et des concerts, comme c’est le cas chez d’autres fournisseurs.

Seul fournisseur  à proposer un catalogue des films suisses depuis avril 2011. Pour l’anecdote, c’est aussi le seul fournisseur chez lequel  on a trouvé Apocalypse Now en français.

Apple / iTunes Store [DR] Apple / iTunes Store [DR] La page par défaut est en Allemand et l’icône « films en français » n'est pas en évidence.

Précisons que pour nos testeurs, c’est vraiment  l’offre la plus simple d’utilisation.



Swiss TV [DR] Swiss TV [DR] Leur offre totale déclarée est de 1530 films dont 913 en français. Cela peut paraître peu par rapport aux autres, mais ce n’est qu’une apparence, parce que là, c’est vraiment 1530 films différents au catalogue.

DVDfly [DR] DVDfly [DR] C’est l’offre française la plus importante disponible actuellement.

Orange Cinehome [DR] Orange Cinehome [DR] Orange propose le même catalogue de DVDFly, mais les chiffres annoncés diffèrent.

Acetrax [DR] Acetrax [DR] Une offre pour l’instant assez faible et une qualité d’image assez médiocre, selon notre utilisateur.

Xbox / Zune [DR] Xbox / Zune [DR] ZUNE est un magasin en ligne où on  peut louer des films grâce à un système de points gagnés dans les jeux ou achetés sur la console. L’offre annoncée est de 500 films, dont 500 disponibles en français.

A noter que certains des fournisseurs proposent aussi des films à la vente, mais on parle ici de la  vente d’un fichiers protégé que vous ne pouvez pas prêter à un ami, par exemple et non pas d’une vente d’un film sur un support DVD ou autre avec une pochette et une boîte.

Les droits d’auteur en trois langues, un défi pour Swiss TV

Lloyd La Marca  est le patron d’une jeune entreprise qui s’est lancée dans la VOD en Suisse. Avec son associé, ils ont lancé Swiss TV il y a bientôt un  an. Une nouveauté en Suisse qui nécessite encore quelques explications.

L’entreprise pratique le télémarketing. Et une promesse est faite : «Notre catalogue, on le rafraîchit tous les jours puisqu’on rajoute une dizaine de titres par jour. Donc c’est vrai que ça peut être intéressant d’avoir accès à  tout ça directement depuis son salon. »

Arnaud Alves de Souza, des relations commerciales Swiss TV est plutôt satisfait des débuts de l’entreprise: « ça se développe bien. Nous avons plusieurs milliers de clients qui utilisent déjà notre set up box de manière régulière. Et puis nous développons des partenariats avec des cablo-opérateurs et des fabriquants de télé connectées qui vont offrir notre produit d’ici quelques mois.»

Dans les bureaux de Swiss TV [DR] Dans les bureaux de Swiss TV [DR] Pour se démarquer, la start-up genevoise  mise sur un logo identifiable, une technologie de streaming novatrice et un système de location sans abonnement. Il faut compter 3 CHF 40 pour un fond de catalogue, 7 CHF 90 pour une nouveauté HD qui vous coûtera près de 30 frs à l’achat. Cela reste des prix élevés pour des produits virtuels ! Mais Lloyd La Marca , de Swiss TV renvoie la balle aux majors: « Un Harry Potter se négocie facilement à 3000 CHF le film. Une fois que les droits sont acquis et le film mis en ligne, les revenus du film sont répartis à raison de 30% pour nous et 70% pour les ayants droit. Donc on voit qui garde la majeur partie de tous les revenus qui sont générés par la VOD.»

Il y a aussi le fait que nous avons été imposés des prix plancher par les studios et donc il  y a des prix minimums en dessous desquels on ne peut tout simplement pas aller.»

Lloyd La Marca explique facilement le problème de la langue des contenus proposés : «C’est un peu étrange je vous le concède. C’est une question de droits. Parfois, les studios possèdent les droits dans les trois langues. Parfois pas. La distribution est très fragmentée en Europe, donc c’est une représentation suisse qui possède les droits  en allemand, c’est une représentation française qui possède les droits en français. Ce n’est pas la même maison. On doit négocier différemment avec les deux maisons et parfois ce n’est pas possible.»

Contrairement aux vidéo-clubs, les fournisseur VOD négocient les droits des films au cas par cas. Et la physionomie du marché suisse semble compliquer encore la chose. Juan est conscient de cette différence. Il reste toutefois optimiste pour l’avenir : « En France, ils n’ont qu’une seule langue. Donc c’est un marché plus grand, plus facile à exploiter pour les studios. La Suisse est un marché plus petit, peut-être moins intéressant. Et donc, c’est clair qu’on a un petit temps de retard, mais qu’on est en train de rattraper.»

Swiss TV  affiche un catalogue de 1500 films. Mais hormis la croix blanche sur son boîtier, on n’y trouve pas ou peu de contenu spécifiquement suisse. On trouve essentiellement comme partout les même grosses productions, les plus rentables: « Pour l’instant, on voit qu’il  y a plus de visualisation de blockbusters plutôt que de films indépendants. Mais nous essayons de fournir du contenu hors des sentiers battus,  comme des documentaires BBC, dont nous sommes seuls à offrir visualisation en CH. »

Mais pour  Mad Men , Breaking Bad,  ou les Tudors, il faudra repasser. En matière de séries, le choix est encore  plus que  restreint sur les plates-formes légales suisses. Du coup, bon nombre d’internautes se tournent vers le piratage. C’est le cas de Blaise : « Ben là, j’ai envie de regarder Big bang theory, une série qui est extrêmement populaire aux Etats-Unis et qui n’est que très peu diffusée en Europe. En plus la version française est catastrophique. Donc je vais sur un site avec la liste des séries,  les liens pour les télécharger.  On clique et ça met 10 minutes pour un épisode.»

Les Suisses, champions de la piraterie [DR] Les Suisses, champions de la piraterie [DR] Comme des milliers de suisses, Blaise télécharge ses films et ses séries favorites sur des sites spécialisés. Des plates-formes où les internautes partagent leurs vidéos et leur musique en toute illégalité. De l’obscur navet des années 70 au dernier épisode des Experts diffusé la veille aux Etats-Unis, le catalogue est  infini, sans cesse réactualisé et surtout gratuit. Blaise n’y voit que des avantages : « C’est beaucoup plus simple, c’est beaucoup plus rapide. Il y a beaucoup plus de possibilités. En plus, des fois, on voit une série. On se dit, pourquoi pas ? On m’en a parlé. Un clic et c’est fait. La VOD, je suis obligé de payer. Si ça ne me plait pas, je regrette. Là, on regrette pas. On efface, on met à la poubelle et puis c’est bon.»

Vite téléchargé, vite vu, vite jeté. Blaise ne semble pas réfréner ses envies : « Ma consommation, ça dépend : journalier pour la musique et quatre à cinq séries par semaine.» Blaise a voulu garder l’anonymat pour des raisons professionnelles, mais il assume ses pratiques sans aucune mauvaise conscience. Selon lui, « La possibilité est offerte. Alors pourquoi se priver ?»

« Internet, pour moi, c’est censé être la gratuité. Surtout qu’au début, les majors ont fait énormément de profits avec tout ce qui était film et musique. Un cd à 30 CHF, un dvd à 49 CHF, si vous les accumulez parce que vous êtes collectionneur, le budget en prend un sacré coup. Là, c’est clair qu’on économise un petit peu et pis on se dit, on a assez payé par le passé.»

L’industrie du cinéma évalue à 7 milliards ses pertes mondiales résultant de la piraterie. 100 millions de CHF rien que  pour la Suisse. Mais que risque-t-on exactement en téléchargeant des films sans payer ?

Selon Sébastien Fanti, avocat spécialiste du net «rien… Si vous téléchargez à titre privé et pour votre usage privé… vous ne risquez rien. C’est le fait de diffuser qui va rendre votre comportement illicite.»

Sébastien Fanti, avocat spécialiste du net [DR] Sébastien Fanti, avocat spécialiste du net [DR] Et diffuser, beaucoup d’internautes le font sans même le savoir. « Si vous téléchargez, pour télécharger rapidement, souvent vous devez partager. Donc techniquement, c’est assez délicat.» Or partager  un film sans en avoir obtenu les droits est tout de même passible de 100'000 frs d’amende et de poursuite pénales et civiles!

Jusqu’à l’année dernière, des sociétés spécialisées pouvaient même surveiller les réseaux  et dénoncer les pirates à la justice. Une pratique désormais interdite, comme le rappelle Sébastien Fanti: « Il y avait une société qui traquait les internautes. Ca n’est plus possible. Là, c’est une compétence de la justice pénale et civile. Vous devez déposer une plainte et c’est ensuite la police qui, sur ordre du procureur, va essayer d’identifier qui sont les auteurs. Simplement, la surveillance des réseaux n’est pas possible pour les infractions qualifiées de mineures dans les violations du droit d’auteur. Donc ça devient difficile même pour la police d’identifier les gens qui violent le droit d’auteur.» 

En Europe, 60 % des moins de 24 ans téléchargent illégalement. Pour enrayer le phénomène, nos voisins français ont choisi la répression avec la loi HADOPI. Les sanctions vont du simple avertissement à des peines de prison.

Sébastien Fanti plaide pour d’autres pistes: « Moi je pense qu’on doit maintenant faire de la prévention sur les jeunes et simplifier leur accès aux œuvres et leur expliquer dès leur plus jeune âge que ce n’est pas gratuit.

Parce qu’aujourd’hui on a une culture du tout gratuit  et cette culture là, elle déteint chez les jeunes. Et si vous leur donnez pas l’éducation pour leur dire, vous voyez il a fallut tant de temps pour faire cette chançon, et bien ils ne comprendront pas. Et on va avoir une génération de fraudeurs. Et c’est pas le but, le but c’est de trouver un équilibre entre les droits de chacun.»

Entretien avec Hélène Cardis, Directrice de la société de distribution Pathé Films SA

La fin des vidéoclubs?

Ramener son DVD au vidéo-club est un geste de plus en plus rare. Avec Internet et de la VoD, c’est toute une profession qui tremble. Francisco Garcia, propriétaire du Golden Sunset observe cette tendance: « Au jour d’aujourd’hui, sur la place de Genève, on est huit vidéo-clubs. Huit ou neuf. Il y a une vingtaine d’année on était une bonne cinquantaine ou une soixantaine de vidéo-clubs.»

Francisco Garcia, propriétaire du Golden Sunset [DR] Francisco Garcia, propriétaire du Golden Sunset [DR] Francisco Garcia, 25 ans de métier, est le patron de deux vidéo-clubs à Genève. Depuis 2 ans, son chiffre d’affaire dégringole: « 20% de pertes sèches, au jour d’aujourd’hui.» Ce sont surtout les gros films commerciaux qui se louent moins bien. Alors pour résister à l’érosion, Francisco Garcia n’a pas vraiment le choix: «On coupe dans le personnel, dans les frais superflus et ma femme et moi même, il est évident qu’on ne compte pas les heures. On fait 12-13-14h par jour, week-ends compris.”

Autre lieu, même constat. Le Cinoche, un vidéo-club de référence à Genève. Ici aussi on n’échappe pas à la nouvelle concurrence du net. Selon Pierre-Alain Beretta, propriétaire Le Cinoche a remarqué une baisse: « on a un petit peu perdu sur les 20-35 ans.»  «Par rapport à Internet, sur les blockbusters, on a effectivement une baisse de chiffre entre 18 et 24 %. Ca dépend les mois. Par contre, tout ce qui est un peu plus recherché, ce qui est cinéphile, films d’auteurs, qui ne sont pas sur le net, là il y a une petite augmentation.»

Car la force du Cinoche, c’est son choix. Plus de 30 000 films sont disponibles. Et il y en a pour tous les goûts et de tous horizons géographiques. Les clients viennent aussi au vidéoclub pour préserver « le plan de l’humain, d’avoir un service de personne à personne.» Mais il n’y a pas que cela qui attire. La qualité des films est aussi en cause: «Ben déjà les films sur Internet sont pas spécialement de bonne qualité. La plupart du temps ils sont en VO. Et il y a des fenêtres qui s’ouvrent avec le film et on chope souvent des virus.»

Le Cinoche peut compter sur un noyau de clients fidèles encore prêts à débourser 6 CHF pour se faire plaisir. Heureusement, car il n’y a pas que le secteur des blockbusters qui soit à la peine. Les films pornos suivent la même tendance, selon Pierre-Alain Beretta: «Ca marche plus, avec Internet on est dépassé. C’est gratuit, il n’y a pas droits d’auteur et c’est beaucoup plus discret, beaucoup plus simple ! »

Un manque à gagner non négligeable pour  certains vidéo-clubs. Résultat, pour survivre, beaucoup ont dû chercher des revenus complémentaires.

Pour Pierre-Alain Beretta, les offres des concurrents se diversifient : « J’ai pas mal de collègues qui non seulement, à part les bonbons, les boissons, font des tas d’autre choses comme par exemple des postes internet disponibles pour les clients ou des contrats de téléphone, des choses comme ça. Pour l’instant ce n’est pas notre but.»

Chez Sunset, on trouve bien quelques glaces et du pop-corn. Mais rien de plus que dans une salle obscure. On trouve surtout du choix, du conseil et de l’humain. Bref, tout ce qui ne se télécharge pas encore sur Internet. Alors, quel avenir pour les vidéos-clubs ? Francisco Garcia est optimiste: «Moi, je pense qu’on aime ce qu’on fait, on aime le cinéma. Je suis vraiment très confiant dans l’avenir.»

Des vendeuses sous surveillance

La chaîne de  bijouteries Christ appartient à la COOP depuis 5 ans. Ce sont deux vendeuses de l’une des 83 filiales de Suisse qui nous ont contacté. Ce qu’elles racontent sur leur quotidien dans l’entreprise est assez édifiant. Une personne de la vente de Coop est venue dans leur magasin et a équipé les vendeuses de micros voilà une année. Après chaque vente, un débriefing est mené sur la qualité de l’accueil et de l’argumentation des vendeuses. Plus tard, il est demandé aux vendeuses de s’attribuer respectivement des notes. Des jeux permettent de proposer des scénarios et de donner les bons comportements à observer selon les situations.

Les vendeuses doivent également pousser à la consommation. Il ne faut pas laisser partir une personne les mains vides. Et si un client repart avec un collier, la vendeuse doit tout faire pour lui vendre le bracelet assorti. Une situation que certaines vendeuses considèrent comme déplacée. Forcer un client, qui repart avec un collier à 1000 CHF, à acheter le bracelet à 500 CHF qui va avec n’est en effet pas anodin pour la majorité des budgets.

Jean-Marc Cuany, Secrétaire syndical à UNIA [DR] Jean-Marc Cuany, Secrétaire syndical à UNIA [DR] Que penser de cette formation et de ces consignes de vente plutôt musclées ? Nous sommes allés prendre l’avis du syndicat UNIA, à Lausanne. Jean-Marc Cuany, Secrétaire syndical à UNIA considère la méthode « limite. Une entreprise, quelle qu’elle soit est en droit de donner des directives, mais dans la mesure du raisonnable. Les personnes sont là pour faire leur travail mais pas pour vendre à l’arrache. L’employeur doit avoir le respect de ses employés.»

Les vendeuses doivent encore s’observer et se noter cinq fois dans le mois. Elles jugent si leurs collègues ont bien accueilli le client, lui ont proposé les différents catalogues ou la participation à différents concours, si elles ont fait une vente complémentaire ou encore si elles ont félicité le client avant de lui dire au revoir. Les notes vont de 1 à 4. Certaines vendeuses ont eu des remontrances car elles ne voulaient pas noter leurs collègues. Toutes ont peur des risques encourus si elles refusent. Mais elles considèrent toutes que cela ne fait pas partie de leurs attributions que d’espionner leurs collègues.

Jean-Marc Cuany juge le procédé illégal : «Au niveau de la loi, ce n’est pas admissible. Ce n’est pas aux employés de s’évaluer. L’auto-évalutation peut amener à la délation, ce qui est particulièrement dérangeant. Il y a certaines dispositions, en l’occurrence l’Art 328 du Code des Obligations: l’employeur protège et respecte la personnalité du travailleur, il manifeste les égards voulus pour sa santé et veille au maintient de la moralité. Ce qui en dit long. Je pars du principe que les employés pourraient refuser d’agir de la sorte, soit en discutant de vive voix avec leur employeur, soit en envoyant une lettre. Et si l’employeur en venait à licencier l’une ou l’autre qui ne se plierait pas ces exigences, on pourrait avancer un motif de licenciement abusif. »

Extrait de la réponse de la direction de Coop Suisse concernant les questions posées par ABE sur le mode de formation des vendeuses chez Christ :

Extrait :

A la question : pourquoi utiliser l’auto-évaluation entre collègues plutôt que de demander aux cadres du magasin de le faire, Coop répond :

« L’avantage de ce type de formation et d’évaluation réciproque est que les 2 collaborateurs profitent l’un de l’autre et en tirent quelque chose. La méthode bénéficie autant à celui qui évalue qu’à celui qui est évalué. »

Coop poursuit «Pour la 2 phase [de formation] qui se terminera à la fin du mois d’octobre 2011, nous sommes allés plus loin en impliquant les collaborateurs dans un processus d’auto-responsabilisation.»

A la question : avez-vous conscience de la difficulté pour les vendeuses de supporter ce type d’évaluation qui risque d’entraîner de la délation en collègues…

Coop se dit conscient de ses responsabilités et conclut en disant prendre ces déclarations très au sérieux et qu’ils resteront vigilants.

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