Emission du 31 mars 2009
Ondes : vous êtes cernés ! Deuxième épisode
Des antennes partout
[DR]
En Suisse, à l'Office fédéral de la
santé publique, on observe la multiplication des études
scientifiques avec grand intérêt. Mirjana Moser, de l'office,
reconnaît l'existence de certains effets biologiques des ondes
électromagnétiques à des doses faibles : « Des études montrent
quelques effets, par exemple des modifications des courants du
cerveau et des changements au niveau cellulaire. D'autres montrent
des associations statistiques, mais nous n'avons pas encore une
image d'ensemble du problème. Nous ne connaissons pas les
conséquences pour la santé des effets biologiques observés. »
Aujourd'hui, il existe des normes d'exposition admises
internationalement, édictées par une organisation
non-gouvernementale, l'ICNIRP, Commission internationale pour la
protection contre les rayonnements non ionisants. Ces normes sont
basées uniquement sur la capacité des ondes de chauffer ce qu'elles
touchent. Une équipe de l'émission norvégienne « Brennpunkt » a
retracé dernièrement l'histoire de ces normes, qui remontent à la
guerre froide. Ils ont découvert que les normes sont fortement
influencées par les recommandations de l'IEEE (Institut des
ingénieurs électriciens électroniciens). Or, l'institut a déjà été
critiqué parce qu'il accorde peu d'importance aux études montrant
des effets négatifs des ondes sur la santé. En 2006, alors que
l'utilisation du téléphone portable explosait dans le monde, ils
ont recommandé une augmentation des valeurs limites. A noter que
les employeurs des membres de l'IEEE et de son comité ne sont pas
n'importe qui : armée US, Motorola, Alcatel-Lucent, Nokia, France
Telecom, Ericsson, Siemens, Bell... Des mémos secrets des
renseignements militaires américains, datés de 1977, signalaient
d'ailleurs la possible nocivité des ondes, même à basse intensité,
mais les forces américaines admettent que des normes plus strictes
auraient des conséquences sur les opérations militaires. A
l'arrivée, les normes de l'IEEE et celles de l'ICNIRP sont presque
complètement identiques...
[DR]
Des pays ou régions ont tout de
même établi des normes plus basses. Pour l'ICNIRP l'exposition
maximale, pour un rayonnement UMTS par exemple, est de 61 v/m,
alors que la Suisse exige 6 v/m au maximum dans les lieux de vie
sensibles, comme les appartements ou les écoles. C'est encore
beaucoup plus que le Liechtenstein qui s'est fixé comme but
d'arriver à 0.6 v/m seulement en 2013. Qu'en pensent les
opérateurs? Christian Neuhaus, porte-parole de Swisscom : «
Cela a une conséquence pour les opérateurs, voire pour les clients.
Il n'est économiquement plus possible d'exploiter un réseau avec
des valeurs aussi faibles. On n'entretiendra plus du tout le
réseau, et le Liechtenstein n'a d'ailleurs pas d'UMTS. Donc, c'est
les clients qui vont en pâtir. » Ce genre de réflexion qui a
le don d'énerver Madame Rivasi : « Il y des perturbations de
l'influx nerveux dans le cerveau, de la production d'hormones,
notamment la mélatonine, et même des problèmes au niveau de l'ADN,
qui provoquent des cancers. Cela a été démontré. Combien de morts
faudra-t-il pour que les gens bougent, que les politiques prennent
des mesures pour protéger la population ? » Pour l'instant,
pris entre les intérêts stratégiques et économiques, la diversité
des résultats des études scientifiques et nos désirs de
consommateurs avides, nous participons tous à l'expérience grandeur
nature de la communication mobile. Mais jusqu'à quand ? Mirjana
Moser : « Il s'agit de technologie dont nous avons besoin, mais
nous sommes, bien sûr, attentifs à un risque éventuel pour la santé
».
De la cervelle aux ondes
[DR]
Ce que tout le monde attend, c'est
la sortie de l'étude épidémiologique INTERPHONE, coordonnée par
l'OMS depuis 1999 déjà. Elle devrait regrouper des résultats
provenant de 13 pays différents. Sa sortie a été plusieurs fois
repoussée et ce retard a fait naître toutes les rumeurs. « Ils
ont terminé la récolte des informations en 2004. Ce que j'ai
entendu, c'est qu'ils ne s'accordent pas sur ces résultats. Dans le
groupe INTERPHONE, il y a de nombreux pays et de nombreuses
personnes. Tous ne semblent pas avoir apprécié ce qui a été
découvert », nous dit Lennart Hardell. Pour Michèle Rivasi, du
CRIIREM, ce délai n'est pas une surprise : « il y a un lobby
qui diffère, disant qu'il faut encore des études alors que tout est
à disposition. » Christopher Wilde est le nouveau directeur du
Centre International de Recherche sur le Cancer, l'agence de l'OMS
qui a piloté l'étude INTERPHONE. Il affirme qu'une publication très
rapide de l'étude est prioritaire : « cela prend du temps, mais
d'autres études internationales similaires prennent aussi du temps.
Si quelque chose entache la réputation de l'agence, cela me
préoccupe, donc je me suis engagé très vite pour régler ce
problème, et j'attends une conclusion de l'étude dans les mois qui
viennent. »
[DR]
Elisabeth Cardis, coordinatrice de
l'étude, travaille au Centre de recherche en Epidémiologie
Environnementale de Barcelone. Pour elle, avant de publier, il
fallait s'assurer que les résultats complets de l'étude étaient
totalement fiables : « il est vrai que les études nationales ou
combinées des pays nordiques, qui portent sur le plus grand nombre
de gros utilisateurs, semblent indiquer une augmentation du risque
de tumeur du côté de la tête utilisé pour téléphoner. Mais on ne
sait pas si c'est une vraie association : les sujets savent qu'ils
ont une tumeur, ce qui peut les influencer, leur faire dire que
c'est l'oreille qu'ils utilisaient pour téléphoner. » Pour
dépasser ces problèmes, il a fallu des études complémentaires.
Elles sont aujourd'hui terminées et le rapport final devrait
arriver dans un mois ou deux, l'aboutissement d'un processus
difficile : « On est très conscients des enjeux, dans un sens
ou dans l'autre. Si on se trompe, qu'il n'y a pas de risque et que
l'on dit qu'il y en a un, les effets seront très importants. Idem à
l'inverse. » L'étude INTERPHONE sera-t-elle décisive? Rien ne
permet aujourd'hui de le dire, mais elle constituera en tout cas
une pièce importante dans le dossier délicat des liens entre
téléphone portable et santé. Tout cela alors que de nouveaux
réseaux sont mis en place tous les jours, comme si de rien n'était.
Elisabeth Cardis : « Je pense qu'on a réagi beaucoup plus vite
que pour le tabac ou l'amiante. Mais pour agir, il faut savoir.
Aujourd'hui, même si on est pas encore sûr, on peut déjà faire
attention et limiter les expositions, surtout chez les enfants.
»
Précautions conseillés avec Luc Mariot, auteur de l'enquête
Un atelier sans électro-smog
[DR]
Les normes dont on parle ici ne
sont pas les normes fédérales actuelles, mais des valeurs beaucoup
plus faibles, recommandées par des spécialistes suisses-allemands.
Des valeurs déjà utilisées dans des administrations cantonales
d'outre-Sarine. Pour y arriver, rien ne doit être laissé au hasard.
Bruno Boffin, Resp. méthodes de travail : « on a fait un très
gros travail sur la mise à terre des infrastructures, on a bien
vérifié le blindage de toutes nos machines », et pour la
téléphonie, les ateliers sont équipés d'appareils à fil, mais les
téléphones portables fonctionnent parfaitement. La solution:
plusieurs micro-antennes qui minimisent les émissions : « nous
avons équipé notre propre manufacture en GSM- UMTS, avec 5 petites
antennes qui couvrent notre bâtiment. » Résultat final, 0.05
v/m au poste de travail, 0.12 v/m au maximum lorsque quelqu'un
téléphone dans l'atelier, c'est-à-dire 10 fois moins que dans
l'ancien bâtiment, tout cela pratiquement sans surcoûts.
L'intégrale de l'émission
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