Emission du 02 novembre 2010

Médicaments sans ordonnance : prudence !

Attention, l'automédication comporte des risques. Savez-vous que l'on peut devenir "accro" aux vasoconstricteurs ? Que les analgésiques, à la longue, peuvent déclencher des maux de tête ? Que certaines pilules contre les brûlures d'estomac, prises sur longue durée, ont des effets délétères ? Afin de comprendre pourquoi se déclenche cette dépendance aux vasoconstricteurs, ABE a sondé l'intérieur du nez.

L’automédication et les risques de dépendance 

Le rhume, une maladie assez banale. La visite du nez commence par son  vestibule et plus loin, la fosse. Le Dr Jean-Pierre Brupbacher, spécialiste en oto-rhino-laryngologie nous accompagne :  « Ici,  un réseau vasculaire assez marqué. Il y a des mucosités blanches et transparentes. Donc ce n’est pas bactérien, c’est viral. C’est le premier jour ou le deuxième jour d’un rhume.»

Une image assez différente de l’intérieur d’un nez sain. Le rhume, c’est pas juste un coup de froid, c’est une infection virale !

Dr Philippe Pasche [DR] Dr Philippe Pasche [DR] Dr Philippe Pasche, Prof. associé, Service ORL, CHUV
« C’est une inflammation de la  voie aérienne supérieure. Cette voie supérieure est constituée de la muqueuse nasale et de toutes les structures avoisinantes ; les sinus maxillaires et frontaux ainsi que le rhinopharynx. »

Dr Jean Silvain Lacroix [DR] Dr Jean Silvain Lacroix [DR] Dr Jean Silvain Lacroix, Médecin adjoint, resp. Unité de rhinologie,  HUG
«  Quand il fait froid, les petits cils qui bougent à la surface des cellules respiratoires et qui nettoient le nez battent moins vite et sont donc moins performant. Les bactéries et les virus restent beaucoup plus longtemps.»

Et  le risque d’infection  augmente. Les virus du rhume  adorent se développer dans un petit nid bien chaud au fond du nez comme nous l’explique le Dr Lacroix : « Ce qu’il y a d’étonnant avec le rhinovirus humain, c’est qu’il se développe préférentiellement dans cette région. Car il a besoin d’une température idéale de 33 degrés.  Même s’il fait zéro degré à l’extérieure, si vous respirez par le nez, l’air qui arrive au fond du nez a 33 degrés et c’est justement là que le rhinovirus pousse. »

Visite d'un nez [DR] Visite d'un nez [DR] Ensuite s’installe la gêne respiratoire, phénomène que nous résume le Dr Philippe Pasche  «  Sur votre muqueuse, vous allez avoir une première réaction, une vasodilatation et un œdème. Qui dit œdème dit grosse dilatation, donc une obstruction nasale et vous allez avoir du mal à respirer.»

Et le symptôme le plus caractéristique de la rhinite aiguë, c’est la rhinorrhée, ou plus simplement, votre nez coule !  Alors vous n’avez qu’une envie : respirer à nouveau normalement. L’industrie pharmaceutique a pensé à vous : des gouttes et des sprays vasoconstricteurs vendus sans ordonnance. En voici les plus courants pour adultes, y compris  des génériques.  Femmes enceintes s’abstenir !

Ces produits fonctionnent selon un principe simple, comme nous l’explique le Dr Jean Silvain Lacroix :  « Le vasoconstricteur va pénétrer à l’intérieur de la muqueuse et va rencontrer ce qu’il y a de plus abondant dans ce tissu, des vaisseaux sanguins. Et il va les rétrécir. Ils vont se ratatiner et tout le sang qui était dedans sort. »

Dr Philippe Pasche: « c’est ce qui entraîne la décongestion. C’est à dire la diminution de l’œdème et la réduction de la muqueuse qui permet de mieux respirer. »

Mais si ces produits aident à mieux respirer, il faut résister à la tentation d’utiliser des  vasoconstricteurs plus de 5 à 7 jours maximum. C’est indiqué sur les modes d’emploi ; dans le cas contraire, ils  vous entraînent  dans un cercle vicieux infernal.

Carine Tschalaer témoigne de son accoutumance à ces sprays : « Je ne peux pas m’en passer, sinon je ne suis pas bien. J’ai cette sensation d’étouffer, de ne plus pouvoir  respirer, de chercher mon air. Et puis j’ai la sensation de ne penser qu’à ça ! A ma respiration.»

 Et ça fait treize ans que ça dure, Carine Tschalaer est devenue dépendante des vasoconstricteurs : «  Je vais dans différentes pharmacies. Non pas parce que c’est illégal. Mais je suis gênée d’aller tout le temps dans la même parce que je sais et que c’est bien spécifié : pas au-delà de trois jours. Je sens physiquement au niveau de la tête qu’il y a quelque chose. J’ai des pressions dans le nez, sous les yeux. Je me dis que c’est quand même dû à ça. Quand on va se promener et qu’il fait froid, par exemple, ça me fait mal.»

En usage chronique, les vasoconstricteurs risquent, en effet, d’altérer votre muqueuse. Ils provoquent en tous cas un effet contrariant de vasodilatation. Ainsi, selon le Dr Philippe Pasche « les vaisseaux vont s’ouvrir complètement, ce qui va entraîner un œdème de la muqueuse nasale et à nouveau une congestion. »

Et ça recommence : nez bouché de plus en plus souvent, vasoconstricteur de moins en moins efficace.

Mirco Bontempelli a gardé des séquelles de son usage de spray nasal : « Ca a  commencé à l’âge de 18 ans, par un banal rhume que j’ai attrapé en montagne. Je suis allé en pharmacie, j’ai demandé un spray nasal, pour pouvoir respirer et surtout dormir la nuit. Ensuite, j’ai continué parce que c’était tout simple. Je n’allais pas aller chez le médecin pour un rhume. Maintenant, j’en paye les conséquences. J’ai une perte de l’odorat de presque 50%. Et j’ai ma fosse nasale qui s’est asséchée, ce qui entraîne des problèmes de croûtes. Ca me pose problème la nuit. J’ai des problèmes pour trouver une position pour pouvoir dormir correctement. »

Des exemples comme ceux-ci, le Dr Jean-Pierre Brupbacher, Spécialiste oto-rhino-laryngologie en rencontre tous les deux ou trois jours dans son cabinet. « Ce qui est énorme » de son propre aveu.

Dr Jean Silvain Lacroix : «  En Suisse, c’est toujours un médicament en vente libre. Alors que depuis 1985, en France, il faut une ordonnance médicale. Ce qui diminue les dommages collatéraux. »

Petits extraits des messages que vous nous avez envoyés : 

« Ma hantise,  c’est que ces gouttes deviennent en vente que sur ordonnance…»

« J’en suis accro depuis plus de 20 ans ».

«  Ne plus en avoir dans ma pharmacie me serait psychologiquement intolérable »

Dr Jean Pierre Brupbacher [DR] Dr Jean Pierre Brupbacher [DR] Le Dr Jean-Pierre Brupbacher remarque une certaine corrélation entre certains troubles et la prise de gouttes nasales : « Ce qui est étrange, c’est que l’on voit beaucoup de gens qui consultent pour des vertiges et qui mettent des gouttes nasales. Si on arrête les gouttes nasales, elles n’ont plus de vertiges. On voit passablement de gens qui ont des mots de tête, des céphalées ou qui dorment mal et qui prennent des gouttes nasales. Si on arrête les gouttes nasales, elles vont mieux. On voit pas mal de gens aussi qui sont traitées pour de l’hypertension,  et quand on arrête les gouttes nasales, on peut diminuer les médicaments de l’hypertension, voir les supprimer. Moi qui suis un clinicien je n’ai pas de chiffres à vous mettre sur la table. Mais j’ai des observations sur plus de 25 ans, où je me dis que souvent si l’on supprime ce médicament, on va mieux après.»

Carine Tschalaer aimerait sortir de cette dépendance. Mais comment ?

Selon le Dr Jean Silvain Lacroix : « Le premier traitement, c’est de prendre la bouteille et de la mettre à la poubelle.» Ensuite, il faut de la volonté, comme le rappelle le Dr Philippe Pasche : « Comme  tout sevrage, c’est difficile, ça demande des efforts des patients ». Enfin, il faut se soigner avec des moyens simples selon le Dr Jean-Pierre Brupbacher : « Un  nez sain, c’est un nez humide. Un nez brillant, comme la truffe d’un chien qui est en bonne santé. Donc pour le laver, il faut utiliser une solution saline toute simple.»

Solution pour ramollir les croûtes et laver les poussières sur la muqueuse:

vous trouvez sur le marché des jets d’eau, la plupart d’eau de mer traitée et parfois enrichie. Etablissons une comparaison: si vous avez besoin d’un litre de ces solutions saline, vous payez de 105,90.- à 240,50.- , prix variables selon les points de vente!

Mais il n’est pas nécessaire de dépenser autant, comme nous l’explique le Dr Jean Silvain Lacroix : « C’est pas la peine de dépenser des centaines de francs dans des produits qui sont fabriqués alors que l’on peut se le faire soi-même. Vous prenez un litre d’eau tiède du robinet dans lequel vous mettez une cuillère à café de sel de cuisine. Vous mettez ça dans une seringue et vous vous lavez le nez et  l’effet est garanti.»

Mais attention à ne pas mettre trop de sel, sinon vous allez vous brûler les muqueuses ! Ces lavages du nez risquent de ne pas suffire si vous avez utilisé des vasoconstricteurs pendants des mois ou des années. En admettant que la cause de l’obstruction nasale est bien claire, le traitement peut différer d’un médecin à l’autre :

un traitement à base de trois médicaments pour Philippe Pasche :

« C’est le vasoconstricteur par voie générale, que l’on prend pendant une période limitée. Avec un peu les mêmes effets que les gouttes nasales. Mais qui n’a pas une action locale. Un désinflamateur puissant comme la cortisone, que l’on peut donner en gouttes nasales à long terme. Et à court terme, de la cortisone par voir générale, sur une période limitée. »

Il ne prescrit pas de cortisone, Jean-Pierre Brupbacher, mais si les croûtes contiennent des bactéries, il faut agir :

 « Là, il faut intervenir de manière plus extensive en rajoutant au liquide de lavage un shampoing pour bébé, pour casser le film microbien. On ajoute 1/30 de shampoing pour bébé. Et on ajoute après le lavage, une crème antibiotique sur une très courte période. »

Après avoir jeté son vasoconstricteur, se laver le nez, puis le Dr Jean-Silvain Lacroix  recommande un 2 traitement :

« Des sprays anti-inflammatoires, qui sont de la famille des corticostéroïdes. Donc ce n’est pas de la cortisone, mais ça ressemble à de la cortisone. Ca va avoir les mêmes effets sur la muqueuse. Mais ça ne rentre pas à l’intérieur du corps. Donc ça n’a pas d’effet secondaire au niveau des os ou de l’estomac. Mais ça va diminuer  l’inflammation et on aura de moins en moins de gouttes nasales pour déboucher le nez. »

Selon les cas, il faut compter un bon mois pour un sevrage réussi !

Comment lutter contre le rhume ?

Une crèche, même très propre, est un vrai bouillon de culture. Nous avons visité la crèche du Petit-Lancy, qui accueille des enfants de 1 à 3 ans. Et elle n’est pas épargnée par le phénomène. Le rhume se transmet par les mains et  par voie aérienne ;  la promiscuité, on le sait, favorise aussi la   propagation des virus. 

Ce soir-là, il y avait des « grands »  à la crèche des Clochetons: des parents venus écouter Brigitte Zirbs Savigny , médecin et homéopathe : comment faire de la prévention en famille, comment faire face aux maladies courantes, et justement : le rhume.

Dr Brigitte Zirbs Savigny , Médecin interniste, homéopathe

«  Dès les premiers symptômes, il faut soutenir les mécanismes de défense naturelle. Il faut maintenir un écoulement fluide. »  Ce qui peut se faire avec des extraits de plantes, du fluimucil ou du solmucol, entre autres…

Et le Dr Brigitte Zirbs Savigny est intransigeante avec les sprays :

« Personnellement, j’interdis les sprays vasoconstricteurs chez les enfants. Même quand on me dit que c’est une forme pédiatrique. Quand je le permets, c’est le soir. Car quand on est petit, dormir avec le nez bouché, c’est très difficile».

Il vaut donc mieux soutenir le système immunitaire, se reposer, liquéfier les sécrétions, en humidifiant l’air, par des inhalations chez  les adultes, laver les croûtes dans le nez. Mais chez les enfants, attention au lavage du nez avec des sprays à l’eau salée.  Selon le Dr Brigitte Zirbs Savigny : « Ce que l’on risque de faire si on utilise des sprays sous pression, c’est d’envoyer des mucosités et de l’eau salée par la trompe d’eustache derrière les tympans et on leur crée une petite otite.»

Les petits sprays à l’eau de mer ou au sel marin ne manquent sur le marché. Certains contiennent en plus du dexpanthénol, qui présente un intérêt selon le Dr Jean-Pierre Brupbacher : « l’avantage c’est que ça va laisser un film brillant, un surfactant dans votre nez. Ca va avoir un effet protecteur et régénérateur.»

Les petits sprays à l’eau de mer ou au sel marin [DR] Les petits sprays à l’eau de mer ou au sel marin [DR] Reste que ces petits sprays ne sont pas donnés, même si ça ne saute pas aux yeux ! Ces mini-sprays les plus courants coûtent entre 7,80.-  et 12,30.- si vous les achetez à l’unité, ils ont des contenances différentes. Alors pour établir une échelle de comparaison, nous avons fait le calcul suivant : si vous deviez  en utiliser un litre, il vous faudrait débourser une jolie somme :

390.- pour le moins cher ;

820.- , pour le plus cher, si vous deviez en acheter l’équivalent d’un litre !

Des composants en plus [DR] Des composants en plus [DR] Dans ce spray :  du dexpanthénol, des extraits d’huiles essentielles, du sel de la Mer morte.

Sérum physiologique en monodose [DR] Sérum physiologique en monodose [DR] Sans sel, votre muqueuse va s’épaissir,  mais il y a une solution moins coûteuse : le sérum physiologique. Il s’agit d’eau distillée et de 0,9% de  chlorure de sodium. Vous pouvez  les trouver en monodoses : si vous en achetez l’équivalent d’un litre en petits flacons,  vous paierez pour les plus courantes de 31,70.- à 125,50 .- . Un prix qui peut varier d’un point de vente à l’autre.

Selon le Dr Jean Silvain Lacroix : « Aucune étude sérieuse n’a pu montrer une différence dans l’efficacité du sérum physiologique ou de l’eau de mer. Se laver le nez, c’est bien. Maintenant, on a pas encore trouvé la méthode optimale.»

Du sérum physiologique au litre [DR] Du sérum physiologique au litre [DR] Une solution encore  moins chère : un grand flacon de sérum physiologique stérile. Et la méthode est simple, comme nous le résume le Dr Jean-Pierre Brupbacher : «  Vous avez probablement chez vous un petit verre de vin. Vous mettez trois cuillères à soupe dans votre verre. Vous refermez votre bouteille pour que cela reste propre. Vous remplissez votre seringue avec le sérum, vous prenez un mouchoir à la main, vous remplissez vos poumons d’air puis vous expulsez ce que vous avez dans le nez » 

Le litre vous coûte seulement : 6.95.- ou 8,60.- , dans ces deux exemples de sérum physiologique en bouteille.

Le sel Emser et sa douche nasale [DR] Le sel Emser et sa douche nasale [DR] Enfin, vous pouvez opter pour  un rinçage nasal intensif avec des petits sachets de sel Emser, sa douche nasale en plastique et de l’eau: pour 24,90.- , vous pourrez préparer un litre de solution salée. 

Paracétamols [DR] Paracétamols [DR] S’il est au même dosage que dans les liquides de notre organisme,  le sel n’a pas de rôle décongestionnant. Une solution dite  isotonique favorise  progressivement une dilution naturelle des sécrétions, donc notre conseil: restez au chaud, soyez patient, si vous avez des douleurs associées, vous pouvez prendre du paracétamol, et  si ça dure,  pourquoi ne pas aller voir votre médecin.

L’automédication et ses risques

L’automédication, ou le fait d’utiliser un médicament qui n’a pas été prescrit par son médecin, a certains avantages. on se prend en charge, on évite une facture de médecin. Et les offres sont nombreuses. Les magazines gratuits distribués dans les pharmacies sont pleins de médicaments sans ordonnance. Nous achetons pour plus d’un milliard de francs de médicaments sans ordonnance en Suisse. Mais se soigner seul n’est pas toujours sans risque, même pour des personnes qui ne souffrent pas de maladie graves ou chroniques.

Les brûlures d’estomac:

Les brûlures d'estomac [DR] Les brûlures d'estomac [DR] Vous avez des brûlures d’estomac, par exemple : les causes les plus graves peuvent être un ulcère ou un cancer.  Si heureusement vous n’avez aucune lésion, vous souffrez d’une inflammation de la muqueuse due à l’acidité présente dans votre estomac. Pour soulager les brûlures gastriques, nous consommons chaque année des quantités d’inhibiteurs de la pompe à protons.

Dr Thierry Buclin, Médecin adjoint, pharmacologie et toxicologie cliniques, CHUV

«  Dans l’estomac, il règne une acidité très profonde. Et cette acidité est constituée par une pompe à protons qui va sécréter de l’acide chlorhydrique dans l’estomac. Et cette pompe va être bloquée par les inhibiteurs de la pompe à protons.»

Les modes d’emplois annoncent : ne  prenez pas ces anti-acides en continu pendant plus de 15 jours. Il faut savoir qu’une prise prolongée en automédication pose plusieurs problèmes : des hormones vont apparaître pour inciter l’estomac à sécréter encore plus d’acide.

Ainsi, comme nous l’explique le Dr Thierry Buclin, un cercle vicieux s’installe : « Au moment où la personne interrompt le traitement, cette hyper stimulation de sécrétion d’acide va se dévoiler. L’estomac va commencer à sécréter massivement de l’acidité. La plupart des gens vont alors avoir des symptômes d’hyper acidité. »

Inhibiteurs de la pompe à protons [DR] Inhibiteurs de la pompe à protons [DR] Le médicament peut donc provoquer les symptômes qu’il est censé supprimer. Et selon le Dr. Thierry Buclin, les risques ne s’arrêtent pas là : «  D’une part il y a une augmentation de la colonisation bactérienne des voies digestives qui a été associée à un risque accru de pneumonie. D’autre part, on a besoin de l’acidité gastrique pour assimiler toutes sortes de sels minéraux. Et la neutralisation à long terme de l’acidité gastrique à été associé à une augmentation du risque d’ostéoporose ».

Les douleurs

Les douleurs [DR] Les douleurs [DR] Imaginons  maintenant que vous avez : des maux de tête, de la fièvre, un refroidissement ou des règles douloureuses,  musculaires, peut-être ligamentaires. La grande famille des anti-inflammatoires non stéroïdiens vendus sans ordonnance est là pour vous soulager. Plein de médicaments et plusieurs principes actifs :

  ibuprofène

Ibuprofène [DR] Ibuprofène [DR]  

  acide acétylsalicylique

Acide acétylsalicylique [DR] Acide acétylsalicylique [DR]  

  diclofénac

Diclofénac [DR] Diclofénac [DR]  

  naproxène

Naproxène [DR] Naproxène [DR]  

Au-delà de plusieurs jours consécutifs, en automédication, on augmente les risques d’effets secondaires.

Dr Jean-Blaise Montandon, Pharmacien cantonal, NE

 «  Les effets secondaires connus pour cette classe de médicaments c’est avant tous des risques d’ulcération de l’estomac ou du duodénum, avec des hémorragies qui peuvent perdurer.   Il y a aussi un risque de toxicité pour les reins qui peut conduire à une diminution de la fonction rénale avec en cas d’abus graves, l’irréversibilité de cet effet. Il y a aussi des effets dermatologiques, des réactions sur la peau. Et il y a aussi des interactions possibles chez des personnes qui seraient en traitement chroniques pour d’autres maladies, comme l’hypertension.»

En revanche, dans la famille des paracétamols, les effets indésirables sont moins importants. Ils ont l’avantage de pouvoir être utilisés pendant la grossesse. Reste que les analgésiques ne sont  pas des bonbons : en usage prolongé, ils peuvent induire eux-mêmes des maux de tête ! Et attention:  si vous souffrez en même temps de différents soucis de santé, il faut éviter d’additionner des médicaments qui contiennent des substances actives similaires, sinon les effets secondaires vont se potentialiser !

Troubles du sommeil :

Vous dormez mal, et ça vous tombe sur le moral. Rassurez-vous, vous n’êtes pas le ou la seule. Les somnifères les plus puissants sont vendus sur prescription médicale, mais vous pouvez acheter sans ordonnance des sédatifs chimiques : des gouttes ou comprimés, à ne pas utiliser de manière prolongée.

Dr Philippe Kehrer, Médecin- répondant, Centre de Médecine du Sommeil, GE

« Ces médicaments appartiennent tous à la même famille des antihistaminiques. Dans notre cerveau, nous avons un système qui nous maintient réveillé, qui utilise l’histamine comme produit stimulant. Et quand on empêche ce produit d’agir, on a envie de dormir. Donc les antihistaminiques nous font dormir »

Sur une courte durée, dans le cadre d’un voyage par exemple, ces somnifères sans ordonnance ne sont pas dangereux, si on respecte bien sûr la posologie.   Mais au- delà ? Dr Philippe Kehrer: « Je dirais que le plus grand risque, c’est que l’effet diminue avec le temps, que vous perdiez le bénéfice du médicament. Et soit vous augmentiez les doses pour avoir le même effet, soit  votre insomnie soit plus forte que l’efficacité de médicament.» Dr Thierry Buclin : « l’interruption du médicament va générer des troubles qui ressemblent aux troubles que l’on cherche à traiter avec le médicament.

Donc si vous souffrez d’insomnie chronique, que faire ?  Le Dr Kehrer prescrit rarement des médicaments. Il  va d’abord s’assurer qu’il n’y a pas de cause médicale ou  pathologique, comme le syndrome des jambes sans repos, par exemple :

« Et quand ces causes-là ont été raisonnablement exclues, on rentre dans une tranche d’insomnies qui sont vraiment liées à des troubles du comportement, par rapport à l’hygiène du sommeil. Ce sont des gens qui ont développé toute une série d’attitudes contre-productives par rapport à leur sommeil. On fait une rééducation».

Et que dire des plantes ? En restant dans le domaine des pilules, vous trouvez des somnifères à base de  valériane seule, de valériane additionnée de cônes de houblon ou de mélisse, forte ou non… On ne jugera pas ici de leur efficacité, les études cliniques comparables et dupliquées manquent. Quid alors des effets secondaires ? 

Selon Muriel Cuendet, Professeur associée Pharmacognosie, Uni GE: « Il semblerait que le lendemain de la prise, il n’y ait pas d’effets secondaires qui seraient dus à un endormissement ou à une mauvaise concentration. Par contre, au niveau chronique, une prise de longue durée, les effets secondaires ne sont pas connus.»

La toux :

Sirops contre la toux [DR] Sirops contre la toux [DR] Les effets des sirops contre la toux qui contiennent de la codéine, eux sont connus,  sont connus. Vous toussez, mais restez concentrés: ne dépassez pas les dosages indiqués, parce que  même si  la codéine est faiblement dosée, il y a un risque.

Pour le Dr Jean-Blaise Montandon, Pharmacien cantonal, NE,  le risque de dépendance est important : « Le patient peut lui-même augmenter ses doses s’il se rend compte que la cuillère à café ne suffit pas. Il va forcément essayer d’en boire deux, trois. Et là, on entre dans un cercle infernal qui peut conduire à une dépendance, si on la prend trop longtemps.» 

Un problème de dépendance qui peut aussi toucher des personnes qui n’ont pas forcément la toux. Certaines s’adressent directement au Service de la Santé Publique, selon le Dr Jean-Blaise Montandon : « C’est presque des appels au secours de gens qui sont très fortement accros à la codéine ou à d’autres dérivés de l’opium, des gens qui cherchent à s’en défaire et nous demandent de les interdire de pharmacie. C’est vraiment dramatique de voir ça. Et en mettant ces médicaments sur ordonnance, on limite l’accessibilité au produit. Il est vraisemblable que l’on diminue aussi la dépendance au produit. Ce serait préférable. »

L’automédication, Thierry Buclin n’y est pas fondamentalement opposé. Mais il faut que les consommateurs soient informés des dérapages possibles. « L’automédication risque, d’une part, de retarder un diagnostique et une prise en charge appropriée dans des situations où ce n’est pas adéquat de recouvrir des symptômes. Là c’est un peu dommage. Et puis, derrière l’automédication, il y a aussi la notion que tout dans la vie est prétexte à prendre un médicament. Or la réponse médicamenteuse est inappropriée face à énormément de problèmes où il faudrait se poser la question d’un changement de style de vie et d’habitude ».

Répondre à une maladie réelle ou imaginaire par des médicaments, que vous avez peut-être déjà dans votre pharmacie personnelle, ce n’est pas toujours le bon réflexe. La décision vous appartient, même si vous êtes soumis à des contraintes économiques, des influences publicitaires ou familiales.

Un autre point à retenir : lorsque vous demandez un médicament sans ordonnance en pharmacie ou droguerie, il est important de signaler les autres médicaments, prescrits ou non, que vous prenez déjà, pour éviter des interactions problématiques. Les pharmaciens et les droguistes sont là, normalement, pour vous conseiller !

De leur côté,  les fabricants de médicaments aimeraient bien que la liste des médicaments vendus sans ordonnance s’élargisse. Un  distributeur comme  Migros voudrait pouvoir en vendre aussi davantage, avec la promesse que ce sera moins cher. Il faut dire que pour un grand distributeur, c’est un marché très alléchant! Mais c’est une décision politique qui ne peut pas être prise à la légère, vous avez compris pourquoi !!

La semaine prochaine 

Le « Cassis de Dijon » était la promesse de produits européens moins chers. Question prix, c’est trop tôt pour juger. Mais pour ce qui est de la qualité des denrées alimentaires, les normes européennes promettent de drôles de recettes,  du fromage à l’amidon, du jambon gorgé d’eau ou des sirops avec un minimum de fruits !

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