Emission du 23 octobre 2001

Test tabac : cigarette et dépendance, le rôle des additifs ?

ABE a mandaté un laboratoire indépendant pour analyser le tabac de différentes marques de cigarettes et dresser la liste des additifs qu’il contient. Pourquoi les ingrédients figurent-ils sur les emballages des aliments mais pas sur les paquets de cigarettes? L’occasion aussi de faire le point sur le tabagisme en Suisse.

On va parler des cigarettes. Pas pour faire la morale aux fumeurs, on sait depuis longtemps que le produit nuit gravement à la santé, mais pour s’intéresser tout simplement à ce qu’il y a dans le tabac, à part les goudrons et la nicotine.

Analyser le contenu des produits, c’est finalement ce que nous faisons presque chaque semaine dans cette émission, et curieusement, on en connaît infiniment moins sur la composition de la cigarette que sur celle des yoghourts ou des lasagnes surgelées. Surprenant, pour un produit dont l’OMS affirme qu’il tue un consommateur sur deux, c’est en effet la dure réalité statistique : un fumeur sur deux, meurt d’une maladie liée au tabac.


Alors, comme on le fait pour n’importe quel produit consommable, nous avons tout d’abord voulu connaître la recette de la cigarette.

Au commencement était le tabac. Une plante cousine de la tomate et de la pomme de terre et, comme elles, originaire d’Amérique du Sud.

Pour repousser les parasites et les herbivores, l’évolution a doté le tabac d’une substance très amère et fortement toxique : la nicotine.

Mais l’homme ne réagit pas toujours comme les autres créatures biologiques, surtout un briquet à la main.

La suite de l’histoire est connue. Découvert à Cuba par Christophe Colomb, le tabac fait partie des curiosités botaniques que les conquistadors ramènent en Espagne. Le succès ne tarde pas, essayer le tabac, c’est être adopté par lui. Depuis 5 siècles, tous les fumeurs ont eu l’occasion de s’en rendre compte.

Pour développer ses arômes, le tabac doit être soigneusement séché, processus au cours duquel la feuille subit une certaine fermentation. Par ailleurs, la recherche du goût a conduit peu à peu à y ajouter d’autres substances : des sucres, mais aussi des épices, comme le cacao. On sait aujourd’hui que ces substances peuvent également avoir un effet adoucissant ou broncho-dilatateur. Bref, qu’elles aident à fumer plus.

Mais le tabac n’aurait probablement pas connu un tel succès sans l’invention de la cigarette. L’usage du petit cylindre se généralise à partir de 1860 et, avec lui, naissent les premières marques.

Dès lors, le tabac devient une industrie. Toutes les compagnies qui se partagent aujourd'hui le marché sont apparues au tournant du siècle. Rapidement, les ventes de cigarettes s'envolent.

A la fin de la seconde guerre mondiale, l’Europe libérée découvre le goût américain. En une génération, les brunes aux saveurs âcres cèderont la place aux blondes aromatisées des GI’s. Et c’est ici que commence le secret le mieux gardé de l’industrie du tabac : la composition de la sauce.

Dans les usines européennes qui fabriquent sous licence, la sauce est acheminée directement des Etats-Unis, et nul n’en connaît la recette.

Aujourd’hui, la seule information que l’on possède est la liste des additifs autorisés dans les cigarettes. Une liste d’environ 600 substances chimiques (cf. la liste complète des additifs est disponible sur le site d'Indiana Prevention Resource Center).

Hormis les fabricants eux-mêmes, nul ne sait quels additifs sont employés dans chaque marque, en quelle quantité, et surtout dans quel but.

A toutes ces questions, l’industrie répond qu’il s’agit de substances autorisées, servant uniquement à donner un goût inimitable à leurs produits.

Plus de 600 additifs autorisés...

Pour être admise sur la liste des additifs autorisés dans toute l’Europe, il suffit que la substance soit acceptée dans un seul pays de l’Union. Et dans ce cas, la Suisse s’incline aussi.

Chaque additif est évalué sur la base de sa non-toxicité alimentaire. C'est-à-dire qu’il doit être inoffensif quand il est mangé et, à notre connaissance, ce n’est pas exactement l’usage le plus répandu de la cigarette.

En Suisse, ce sont les chimistes cantonaux qui sont chargés de vérifier que les cigarettes ne contiennent pas de substances non autorisées. De leurs propres aveux, jamais ce type de vérification n’est effectué. Seules les teneurs en goudron et en nicotine sont périodiquement mesurées. En fait, à notre connaissance, jamais personne en Europe n’est allé voir de près la composition exacte d’une cigarette. C’est ce que nous avons fait. Et ça n’a pas été facile de trouver un laboratoire qui accepte de mettre ses éprouvettes dans les affaires de l’industrie du tabac.

Pour ce test, nous nous sommes adressés à l’Institut de médecine légale de l’Université de Berne, plus précisément au département de chimie judiciaire.

L’activité principale de ce laboratoire consiste à analyser les stupéfiants saisis par la police, notamment les nouvelles drogues de synthèse qui apparaissent sur le marché.

Mais, si le labo est coutumier des substances les plus psychotropes, il n’avait encore jamais songé à analyser les cigarettes, le produit étant légal.

Nous lui avons donc soumis les marques suivantes : Select Ultra, Stuyversant Ultra lights, Muratti Ambassador, Marlboro Lights, American Spirit, un produit garanti sans additifs, Philip Morris Super Lights, Camel Mild, Marlboro, Parisienne Mild, Camel Filtre, Mary Long et Barclay Ultra Lights.

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Dans une première phase, on a extrait les substances volatiles contenues dans les tabacs. Ensuite, un spectromètre de masse s’est chargé de soumettre les échantillons à la question.

La réponse apparaît sous cette forme : une série de pics qui correspondent chacun à une substance précise. Pour les identifier, on les compare ensuite à des banques de données. Un peu comme lorsque l’on identifie un individu grâce à ses empreintes digitales.

Et dans une cigarette, la recherche s’avère pour le moins fructueuse. Le directeur du laboratoire, Werner Bernhardt, n’avait encore jamais été confronté à une telle diversité : "Dans l’héroïne, par exemple, on trouve de cinq à sept substances, plus les diluants, mais normalement, même dans les échantillons des drogues synthétiques, on ne trouve pas un mélange aussi complexe."

Au total, pas moins de 50 substances différentes ont été identifiées, dont 35 pourraient avoir été ajoutées au tabac. Mais quant à expliquer le pourquoi de leur présence, le chimiste ne peut émettre que des hypothèses : "En tant que toxicologiste, le plus important, à mes yeux, ce sont les amines, parce qu'elles peuvent aider à libérer la nicotine, et faire que la nicotine soit plus disponible. Cela veut dire qu'une cigarette avec une teneur plus faible, si des amines sont ajoutées, on peut augmenter la quantité de nicotine qui est à disposition du consommateur."

Autre classe de produits : les menthols, les alcools, les glycols ou encore les cétones. Ces substances sont employées en parfumerie pour leur pouvoir aromatique et adoucissant. Elles pourraient rendre la fumée moins irritante, bref plus facile à inhaler.

Par ailleurs, d’autres substances jouent probablement le rôle d’agents conservateurs du tabac.

Et enfin, certains produits pourraient être des impuretés. Les tests révèlent aussi que des résidus d'herbicides ou de solvants ont été trouvés dans certains échantillons. Mais on ne sait pas ce qui est additifs ou ce qui est accidentellement dans la plante.

Reste une inconnue : comment se transforment ces substances lorsqu’elles sont brûlées ? La braise d’une cigarette atteint 850 degrés, de quoi transformer le cylindre en véritable réacteur chimique.

Au vu de ces premières analyses, le laboratoire compte bien poursuivre l’investigation.

Nos analyses montrent qu’il existe des différences d’une marque à l’autre. Mais comme personne ne sait avec certitude à quoi les substances que nous avons trouvées peuvent servir, on ne peut pas dire qu’une marque est plus dangereuse qu’une autre.

Les seuls à connaître le rôle exact de ces additifs, ce sont les chimistes qui travaillent pour l’industrie du tabac.

Les chimistes indépendants auxquels nous avons soumis ces résultats ont fait plusieurs commentaires :

Au vu de l’incroyable complexité chimique d’une cigarette, il est fort possible que plusieurs substances agissent ensemble pour obtenir un effet particulier.

D’autre part, ces substances ne sont pas ingérées tel quel, mais brûlées avant d’être inhalées. Cela multiplie les possibilités d’actions et de combinaisons. Pour les connaître, il faudrait procéder à des analyses tellement sophistiquées et coûteuses que, pour le moment, même les gouvernements ne les ont pas faites.

De notre côté, nous avons posé la question du rôle des additifs aux représentants de l’industrie du tabac en Suisse. Ils ont refusé de nous laisser filmer la fabrication des cigarettes et nous ont dit que les additifs avaient pour seul but de donner au produit son goût, son aspect, sa texture et son arôme particulier.

En fait, depuis 40 ans, l’industrie essaye de nous faire croire que la cigarette n’est rien d’autre qu’un aliment. Et ça, c’est un mensonge.

Le produit idéal pour vendre de la nicotine

L’industrie du tabac l’a compris depuis les années 60, la cigarette est avant tout un moyen extrêmement efficace de vendre de la nicotine.

Comme toutes les substances qui créent la dépendance, la nicotine active des centres dans le cerveau que l’on appelle les centres du plaisir ou de la motivation. Une fois stimulés, ces centres poussent l’individu à répéter les comportements qui ont conduit à la sensation de plaisir. Ainsi, peu à peu, la dépendance s’installe à la manière d’un apprentissage.

Daniele Zullino est responsable de l’unité de sevrage à l’Hôpital psychiatrique universitaire de Cery. Tous ses patients sont fumeurs : "La nicotine est un produit qui peut être appliqué une centaine, et même plus, de fois par jour, ce qui fait que le comportement de dépendance s’installe assez rapidement. Par exemple, l’héroïne, vous l’appliquez 4 fois par jour au maximum, alors vous voyez déjà la différence. Chaque fois que l'on active ce centre de motivation, on renforce ces comportements."

Donc, plus les applications sont nombreuses, plus la dépendance augmente.

Pour les médecins, chaque bouffée est une dose de nicotine qui agit sur le cerveau. Au rythme de 10 bouffées par cigarette, un fumeur régulier répète le geste 70 000 fois par année. Ainsi, le besoin de s’administrer de la nicotine est peu à peu associé à tous les comportements quotidiens. En matière de conditionnement, on ne pourrait pas inventer mieux.

Mais, pour les marchands de tabac, la cigarette présente encore un autre avantage : "C’est un excellent moyen pour administrer de la nicotine. L’administration par voie respiratoire est le moyen le plus rapide pour administrer la nicotine dans le cerveau. La nicotine, quand elle est fumée, passe dans les poumons, dans une partie du cœur, et après quelques secondes, elle arrive dans le cerveau, ça prend au maximum 10 secondes. Ce laps de temps très court a une grande influence sur le développement de la dépendance. On sait que plus une substance addictive est rapide par rapport à l’arrivée dans le cerveau, plus elle crée de dépendance, plus le risque est grand."

Le marché du tabac est avant tout le marché de la dépendance à la nicotine. De ce point de vue, la cigarette est un produit idéal. Les fabricants en sont conscients depuis 40 ans. On sait qu’ils ont étudié de près les mécanismes de la dépendance. Et on les soupçonne fortement d’avoir mené des recherches sur les additifs pour rendre la cigarette encore plus performante.

L’idée selon laquelle le fumeur est libre de consommer une cigarette ou non est totalement fausse. En plus, on n'est pas tous égaux devant la nicotine. Une minorité d’entre nous a cette chance de ne pas développer de dépendance. Pour tous les autres, arrêter demande un immense effort de volonté. Et si on échoue, ce n’est pas par faiblesse, mais justement à cause de la manière dont la cigarette provoque la dépendance à la nicotine.

Pour une industrie, un produit comme la cigarette est une aubaine. On peut difficilement rêver mieux pour fidéliser ses clients.

De la même manière que l’industrie agro alimentaire utilise des arômes pour améliorer l’attrait de ses produits, on peut imaginer que les fabricants de tabac utilisent des additifs pour augmenter la dépendance à la cigarette, puisque c’est ça qui la fait vendre. C’est du marketing chimique en quelque sorte.

De nombreux indices vont dans ce sens, c’est ce qu’affirment des organisations anti-tabac comme ASH, en français la cendre.

La cendre contre les additifs...

Installée au cœur de la city londonienne, le quartier des affaires, ASH (Action on Smoking and Health - lien du site internet disponible dans la colonne de droite) est un peu à l’industrie du tabac ce qu’Amnistie Internationale est aux régimes dictatoriaux. Depuis 30 ans, l’association étudie et dénonce sans relâche tout ce que les cigarettiers voudraient cacher au public. Pour Clive Bates, directeur de l’antenne anglaise, les additifs constituent l’un des principaux chevaux de bataille: "On a mis à jour un grand nombre d’informations à propos des additifs, dans les documents internes et confidentiels qui sont sortis de BAT et d’autres multinationales du tabac. Ils ont été forcés de rendre publiques plus de 30 millions de pages suite à un procès tenu aux Etats-Unis. Nos recherches se sont appuyées sur ça, et donnent un aperçu de ce qui se trame en matière d’additifs dans le tabac.

Ces archives ont été saisies en 98 sur décision d’un tribunal du Massachusetts. Une grave défaite pour les fabricants. A leur lecture, on découvre peu à peu tout ce que l’industrie a voulu cacher durant 30 ans. Une véritable anthologie du mensonge et une mine d’informations pour tous ceux qui suspectaient les fabricants d’ajouter autre chose que du goût à leurs cigarettes. "Il y a un grand nombre de faits choquants et édifiants à propos des recherches faites sur les additifs dans les cigarettes. Premièrement, on voit l’addition de substances chimiques pour rendre la nicotine plus addictive. On voit aussi l’ajout d’adoucissants pour rendre la cigarette plus agréable au goût des jeunes. Et on voit des produits qui dilatent les bronches dans le but de rendre le produit plus facile à fumer.(...) Notre sentiment est que la cigarette est un applicateur de nicotine extrêmement sophistiqué en termes d’ingénierie chimique. Ce n’est pas seulement du tabac sec enroulé dans du papier, c’est bien plus intelligent et bien plus sinistre que ça."

Des exemples, Ash en dénombre plusieurs : l’ammoniac, qui augmenterait la quantité de nicotine transportée par la fumée jusqu’aux poumons; la glycyrrizhine, un broncho-dilatateur; l’acide lévulinique, qui modifierait la sensibilité des récepteurs à la nicotine; ou encore la pyridine, une amine aux effets proches de la nicotine.

Bref, depuis 40 ans, l’industrie ne s’intéresse pas qu’au goût. Pour Clive Bates, "...il n’y a aucun doute à propos du fait que l’usage d’additifs et les modifications chimiques de la fumée sont réellement une part centrale du marketing des cigarettes. C’est l’essence même du produit. Des grands budgets de recherche y sont consacrés, et un grand nombre de tests consommateurs ont lieu pour être certains que les fumeurs l’acceptent. Donc, je pense qu’au regard de ce qu’est le produit, il est clair comme de l’eau de roche que toujours plus d’additifs différents sont employés dans le but d’augmenter la compétitivité de chaque marque. (...) Les gouvernements devraient vraiment interdire tous les additifs et demander ensuite à l’industrie du tabac de justifier la présence de chacun en prouvant que cela ne rend pas la fumée plus addictive, que cela n’aide pas les jeunes à apprendre à fumer, et que cela n’augmente pas le dommage général causé par le tabac. La cigarette est déjà un produit incroyablement dangereux, et l’idée que l’industrie puisse y ajouter des choses pour la rendre encore plus dangereuse est tout simplement inacceptable. Et les autorités doivent s’en préoccuper et arrêter de laisser les compagnies s’en tirer comme cela."

Comment renouveler sa clientèle...

Bien sûr l’industrie nie. Elle réfute les accusations selon lesquelles des additifs sont utilisés pour renforcer la dépendance des fumeurs.

Ces dernières années, les fabricants ont perdu de nombreux procès et ont dû admettre que la cigarette est nocive et crée une dépendance. Ce qu’ils ont nié longtemps.

La question des additifs est l’un des derniers remparts, l’autre étant celui des enfants. L’industrie du tabac nie chercher à inciter les mineurs à fumer. Ce qui est certain, c’est que les adolescents fument, et en Suisse, même de plus en plus, malgré les millions investis dans les campagnes de prévention. En 15 ans, la consommation de tabac chez les moins de 18 ans a doublé, en particulier chez les jeunes filles. On enregistre aujourd’hui le chiffre de 38% de fumeuses régulières mineures.

C’est même la plus forte augmentation enregistrée parmi les pays occidentaux.

Au CHUV, à Lausanne, Jacques Cornuz dirige la consultation anti-tabac. Pour lui, la progression de la fumée chez les plus jeunes obéit à une stratégie centrale de l’industrie du tabac : "Le raisonnement est relativement simple. Chaque année, des milliers de fumeurs quittent le marché de la cigarette, soit parce qu’ils arrêtent et c’est tant mieux, soit parce qu’ils décèdent et c’est dramatique. Il faut donc, chaque année, des nouveaux clients. Or, on sait maintenant que la grande majorité des fumeurs commence à fumer avant l’âge de 18 ans, voire même 16 ans. Donc, dans une logique de marché, il faut des nouveaux clients, et c’est chez les jeunes que l’on va trouver ces nouveaux consommateurs de cigarettes."

Bref, pour l’industrie, la prochaine génération de fumeurs semble assurée. Ceci d’autant plus qu’actuellement rien ne laisse à penser que la progression puisse s’infléchir. Pour Jacques Cornuz, c'est un cercle vicieux : "...plus les jeunes fument, plus la norme devient la consommation de cigarettes chez les jeunes. On doit absolument casser ce cercle vicieux, notamment dans les écoles, en expliquant que l’enfant ou l’adolescent a le droit de dire non, qu'il a le droit de dire stop, je ne veux pas fumer pour m’intégrer dans votre groupe."

Mais manifestement, pour l’instant, le message peine à être entendu. Porte d’entrée dans le monde des adultes, ou au contraire rébellion. Moyen de perdre du poids chez les jeunes filles, anti-stress... Les raisons qui poussent l’adolescent à allumer ses premières cigarettes sont multiples et résistent solidement aux messages de prévention.

A Londres, le docteur Martin Jarvis est expert auprès de l’OMS pour les questions relatives aux motivations des fumeurs : "D’une manière ou d’une autre, l’image est attirante, donc ils commencent à fumer parce qu’ils veulent être tel type de personne, et avoir tel genre d’image. Mais cet aspect est très rapidement dépassé par la dépendance. Ils apprennent à inhaler la fumée, la nicotine de la cigarette est diffusée dans leur cerveau et avant même de comprendre où ils en sont, un an ou deux après avoir commencé, ils ne fument plus pour l’image psychologique, ils fument parce qu’ils sont crochés à la nicotine."

En Angleterre, des études récentes ont montré que question choix des marques, les jeunes optent pour les marques les plus vendues auprès des adultes. En d’autres termes, celles dont le marketing est le plus efficace. Et concernant les mesures qu'il faudrait prendre : "...la chose la plus importante qui devrait être accomplie immédiatement, dans ce pays et dans toute l’Europe, serait une interdiction de la publicité et de la promotion, afin d’empêcher les compagnies de diriger délibérément leurs efforts de marketing en direction des jeunes. Si l'on pouvait rendre l’image de la fumée moins attractive auprès des jeunes, ce serait probablement l’élément le plus important."

La Suisse est l’un des pays où la cigarette est la moins taxée donc la moins chère. C’est un pays où l’on tolère beaucoup de publicité par rapport aux voisins européens, c’est l’un des pays où l’on ne se préoccupe manifestement pas beaucoup de la question des additifs. Enfin, le numéro un mondial du tabac a récemment installé son siège social en Suisse.

C'est Thomas Zeltner, directeur de l’Office fédéral de la santé publique, interviewé par Isabelle Moncada, qui répond à ces différentes questions concernant la position de la Suisse. (Interview uniquement disponible en vidéo)

Du côté de la Communauté européenne, on envisage sérieusement d’obliger, d’ici fin 2003, les fabricants à rendre publique la composition détaillée de leurs cigarettes. Un premier pas avant d’exiger qu’ils justifient la présence de chaque additif.

Par ailleurs, il est fort probable que l’on interdise les appellations light et ultra light, car elles induisent les fumeurs en erreur quant à la nocivité du produit.

Quant à la Suisse, elle se contentera, comme elle le fait habituellement sur ce dossier, de suivre avec retard, les mesures prises par ses voisins.

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